La kabbale et ses forces psychothérapeutiques

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Une proposition pour dialectique, de Bruno Jacopé-Fouchereau : bruno.fou32@gmail.com

Ce texte n’aurait pu voir le jour sans l’aide de mon épouse Florence Jacopé-Fouchereau (Psychologue, psychodramatiste…). Il est grandement le fruit de nos échanges et regards croisés qui ont mis nos pratiques en dialogues.

Pour la version en anglais : https://lun-deux.fr/kabbalah-and-its-psychotherapeutic-forces/ 

Herméneutique Sacrée et Clinique de l’Inconscient :

Éléments pour une épistémologie des convergences entre les pratiques mystiques de la kabbale et de la mystique chrétienne avec certaines psychothérapies. Analogies, transpositions et bases de réflexions pour l’expérimentation de modélisations thérapeutiques.

L’histoire de la psychothérapie moderne est sous-tendue par une tension permanente entre le désir d’émancipation vis-à-vis des dogmes religieux et la réutilisation non avouée de leurs structures fondatrices. En cherchant à fonder une clinique rationnelle, la psychiatrie et la psychanalyse se sont érigées en disciplines séculières. Toutefois, la réévaluation historique et conceptuelle des origines de l’approche psychodynamique révèle une « dette » profonde envers les traditions contemplatives, au premier rang desquelles figure la Kabbale (קַבָּלָה: « réception » ou « tradition »). Plusieurs chercheurs ont démontré que les modèles théoriques, notamment de Sigmund Freud et de Carl Gustav Jung transposent sous une forme laïcisée, des représentations mystiques de la psyché et du langage. Jung reconnaissait[1] lui-même que la théosophie juive avait anticipé l’architecture de sa psychologie analytique, notamment les concepts d’archétype, d’intégration de l’ombre[2] (ce qui n’est pas exploré) et les dynamiques de l’individuation.

Dans le champ contemporain de la psychologie clinique, de l’anthropologie et de la philosophie, les travaux du psychologue Sanford Drob (voir encadré à la fin de l’article) ont formalisé la « Nouvelle Kabbale » [3]. Drob démontre que les symboles de la mystique juive ne constituent pas seulement des objets d’études historiques, mais fournissent une matrice herméneutique capable d’éclairer et de structurer diverses pratiques psychothérapeutiques[4]. Loin d’être de simples spéculations ésotériques, les méthodes kabbalistiques proposent une sémiotique de l’inconscient, une ontologie de la souffrance et des dispositifs de transformation qui préfigurèrent la psychanalyse lacanienne, la psychogénéalogie, la musicothérapie ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales, notamment celles axées sur la pleine conscience[5].

La proposition de ce texte vise un début d’analyse comparative dans les milieux francophones, entre les pratiques kabbalistiques traditionnelles et les modalités thérapeutiques utilisées dans les institutions médicales et en milieu libéral. Il s’agit de dégager quelques mécanismes psychologiques sous-jacents à ces techniques afin d’ouvrir des perspectives pour la recherche empirique. Le projet est d’aboutir à des ateliers d’expérimentation pluridisciplinaire qui pourraient naître via des temps de conférences et d’études alimentées par diverses ressources (à définir). Il s’agirait aussi de concevoir et modéliser l’utilisation de l’hébreu biblique dans les processus thérapeutiques comme puissance d’activations d’archétypes et d’imaginaires de la sphère culturelle judéo-chrétienne. Sachant que l’apprentissage des rudiments d’hébreu pour pratiquer, peut être considéré comme une thérapeutique elle-même, du moins, si l’hébreu biblique est instruit par une pédagogie constituée des techniques mystiques de la kabbale : gestualisations, souffles, vocalisations et chants. Autant de techniques qui entrent dans la nomenclature de l’Anthropologie du Geste inventée par l’anthropologue et père Jesuite Marcel Jousse[6]. A ce sujet j’invite le lecteur à lire mon article : « Le chant des voyelles hébraïques… » : https://lun-deux.fr/le-chant-des-voyelles-hebraiques/

1. La déconstruction textuelle et la métaphorisation : Guematria, Tzérouf,… l’inconscient structuré comme un langage…

La tradition kabbalistique appréhende l’univers comme une réalité intrinsèquement linguistique, dont la matière première est constituée par les lettres de l’alphabet hébraïque de 22 consonnes, qui forment elles même un champ symbolique créatif qui s’anime par les voyelles. Le texte sacré n’est donc pas considéré comme un récit figé, mais comme un organisme vivant, plastique et doté d’une infinité de sens en cohérence avec ce qui est humainement incompréhensible « l’intelligence divine ». Pour accéder à ces dimensions cachées et s’en faire les réceptacles en un but prophétique, les kabbalistes ont élaboré des techniques exégétiques et extatiques d’une grande sophistication sémiotique, qui trouvent un écho puissant dans la théorie de l’inconscient et le post-structuralisme[7].

Sémiotique mystique et dé-automatisation cognitive

L’herméneutique kabbalistique s’appuie sur quatre méthodes principales de mise en pensées des lettres/consonnes (22), de leur vocalisation par les 5 principales voyelles, et des textes. La Guematria (גְמַטְרִיָּה, « calcul numérique ») associe une valeur chiffrée à chaque lettre, établissant des ponts sémantiques entre des termes de même somme numérique pour faire émerger des équivalences cachées. Le Tzérouf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») consiste à permuter la séquence des lettres d’un mot et de ses voyelles afin de démanteler sa coque formelle et d’en dégager de nouveaux signifiants. Le Notarikon (נוֹטָרִיקוֹן, « acronyme »/« scribe ») extrait les lettres initiales ou finales d’une série de mots pour former un terme synthétique, ou inversement, développe un mot unique en une phrase complexe (il existe d’autres pratiques). Enfin l’analyse des racines[8] (principalement trilitère) à partir desquelles sont construits tous les mots de l’hébreu biblique.

D’un point de vue clinique, ces pratiques semblent pouvoir agir comme des vecteurs de désautomatisation sémantique. Le sujet névrotique se caractérise fréquemment par un enfermement dans un récit rigide, un réseau de représentations pétrifiées qui alimentent la rumination et le symptôme. L’application des techniques kabbalistiques évoquées plus haut, forcent la pensée à se détacher du sens manifeste pour explorer la fluidité des signifiants. Cette décomposition textuelle semble pouvoir libérer la parole des automatismes conscients et permettre l’émergence d’associations libres, processus fondamental de la phase analytique d’une cure.

L’instance de la lettre chez Lacan et la métaphorisation freudienne

Cette conception de l’univers régie par les lois du langage rejoint la thèse de Jacques Lacan selon laquelle l’inconscient est structuré comme un langage. Dans son séminaire sur l’instance de la lettre dans l’inconscient[9], Lacan démontre que les formations de l’inconscient (rêves, lapsus, mots d’esprit, symptômes) opèrent selon deux glissements sémiotiques fondamentaux : la métaphore, qui relève de la substitution d’un signifiant à un autre, et la métonymie, qui s’appuie sur la connexion de signifiant à signifiant.

Ce processus de métaphorisation est la reprise directe des mécanismes conceptualisés par S. Freud du travail du rêve, à savoir la condensation (Verdichtung) et le déplacement (Verschiebung).

Le Notarikon opère, lui, comme une condensation linguistique où plusieurs termes sont réduits à une seule structure, tandis que le Tzérouf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») applique un déplacement le long de la chaîne alphabétique en faisant tourner dans un même mot ou phrases des consonnes et des voyelles. Le Notarikon (acronymes) permettent de faire émerger le sens profond d’une phrase. L’étude des racines déploie la sémiologie d’un mot… Ces techniques, si elles étaient utilisées en psychothérapie pourraient augmenter la flexibilité sémantique du patient pour l’amener à restructurer la métaphore de son symptôme et à produire de nouvelles significations existentielles.

La déconstruction derridienne et le Tzimtzum lurianique, un autre champ de réflexions des forces thérapeutiques de la kabbale.

Sur le plan philosophique, les techniques kabbalistique ont été mises au service du déconstructivisme théorisée par Jacques Derrida[10]. Derrida remet en cause le mythe d’un sens ultime ou d’une présence originelle figée, affirmant que le texte produit un jeu infini de renvois et de différences. La pensée derridienne entre en résonance étroite avec le concept kabbalistique de Tzimtzum (צִמְצוּם, « retrait » ou « contraction »), formulé par Isaac Louria au XVIe siècle. Selon ce mythe cosmogonique, l’Absolu divin, le Ein Sof (אֵין סוֹף, « sans fin » ou « l’Infini »), s’est retiré de lui-même pour créer un vide primordial, espace nécessaire à l’émergence de l’altérité et de l’univers temporel.

En transposant cette même dynamique du Tzimtzum[11] à la clinique, Sanford Drob souligne que le Ein Sof agit dans le cadre thérapeutique comme un conteneur infini. Le thérapeute, en pratiquant une forme de Tzimtzum—c’est-à-dire en réprimant son désir de maîtrise, d’interprétation dogmatique ou de clôture du sens—ouvre un espace vide au sein duquel le patient peut déployer la pluralité de son récit personnel. La psychothérapie devient alors un processus herméneutique indéfiniment ouvert où aucune interprétation ne vient sceller définitivement la vérité du sujet.

2. Ontologie nominale et psychogénéalogie : L’analyse kabbalistique du nom du sujet et la clinique transgénérationnelle

Au sein du système kabbalistique, le prénom (ou les prénoms) et les noms propres (Shem / שֵׁם, « nom » mot/racine de l’hébreu évoquant aussi l’écoute) d’un individu n’est en aucun cas une convention arbitraire ou une simple étiquette sociale. Ils constituent (une fois hébraïsé pour les personnes dont le nom n’est pas juif) la structure vibratoire, l’empreinte ontologique et le programme spirituel de l’individu; conditionnant, paradoxalement, son individuation. Le Sefer Yetzirah[12] (סֵפֶר יְצִירָה, « Livre de la Structuration ») enseigne que les Noms divins et les noms des créatures, sont les canaux par lesquels l’énergie créatrice s’incarne dans le monde matériel. L’analyse des lettres composant le nom d’une personne, les valeurs guimatriatiques qui en découlent et le souffle des voyelles qui l’animent, offrent ainsi une grille de lecture des tensions, des héritages et des potentiels qui traversent l’existence du sujet. Il est important de noter que l’analyse kabbalistique du nom d’une personne est une pratique traditionnelle rabbinique, visant à soigner une personne souffrante, et/ou à l’aider à s’harmoniser avec le « plan divin »…

La psychogénéalogie et le mandat inconscient du prénom et du nom

Cette conception d’une puissance régénératrice, souffle divin de cohérence et d’harmonie, logée dans le nom de chaque être vivant, trouve son pendant contemporain dans les travaux de psychogénéalogie développés notamment par Anne Ancelin Schützenberger[13]. À travers l’élaboration du génosociogramme—un arbre généalogique commenté intégrant les événements de vie, les traumatismes non dits, les maladies et les dates anniversaires—la clinique transgénérationnelle démontre que les individus sont souvent pris dans des réseaux de loyauté familiale invisible. Au cœur de ce dispositif figure l’étude minutieuse du prénom. Le choix d’un prénom par les parents n’est jamais le fruit du hasard ; il matérialise le « projet-sens », c’est-à-dire l’ensemble des désirs inconscients, des deuils non faits, des attentes ou des doutes transmis par le lignage… La psychogénéalogie met donc en évidence la présence dans les prénoms, de cryptogrammes, dont les sonorités ou les syllabes codent des drames familiaux sous-jacents.

Possibles convergences méthodologiques : Du décodage kabbalistique à la libération généalogique

L’intégration de la grille de lecture kabbalistique à la clinique transgénérationnelle pourrait permettre de croiser le décodage symbolique des lettres et l’investigation des secrets de famille en libérant des forces imaginatives et conceptuelles. En décomposant le nom et le prénom « hébraïsé » d’un patient à l’aide des racines sémantiques ou des équivalences numériques, le thérapeute formé aux techniques de la kabbale, pourrait aider le sujet à identifier la charge inconsciente qu’il transporte à son insu. La mise en lumière de ces réseaux de significations pourrait permettre aussi au patient de se dégager des répétitions névrotiques et de transformer un destin subi en un choix de vie conscient.

Dimension d’analyse Herméneutique nominale kabbalistique Psychogénéalogie (Ancelin Schützenberger)
Statut du Nom et Prénom Matrice ontologique et structure vibratoire de l’être (Shem / שֵׁם, « nom »/« écoute »). Réceptacle du « projet-sens » et du mandat inconscient.
Outils méthodologiques Guematria (גְמַטְרִיָּה, « calcul »), Tzerouf (צֵרוּף, « permutation »), décomposition en racines (hébraïque). Génosociogramme, analyse des syllabes, étude des homonymies.
Source du conflit Déconnexion entre le nom incarné et l’archétype spirituel. Loyauté familiale invisible, traumatismes non élaborés.
Objectif thérapeutique Tikkun (תִּקּוּן, « réparation ») du nom, réalignement spirituel. Chants de Noms divins (technique des Shem Hamephoresh,…) Désactivation des répétitions, réappropriation du destin.

3. Dimension sonore, musicothérapie et restructuration cognitive : Le Nigoun et la quête de la Nekoudat Ha-Tov

Le développement du mouvement hassidique[14] au XVIIIe siècle a opéré une démocratisation de la Kabbale en plaçant l’affect, la musique et l’enthousiasme émotionnel au centre de la vie spirituelle. Deux pratiques h’assidiques de cet ordre offrent des analogies particulièrement fécondes avec la musicothérapie et la 3ème vague des thérapies cognitivo-comportementales : le chant du Nigoun (נִגּוּן, « air » ou « mélodie ») et la recherche de la Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »).

Le Nigoun comme modalité musicothérapeutique

Le Nigoun est une forme de chant mystique sans paroles, fondé sur la répétition de syllabes répétitives et rythmiques (lettres vocalisées). Cette pratique, en son degré le plus abouti, associe la verbalisation de « noms divins » (Shem Hamephoresh[15]) et finalise le cheminement d’analyses kabbalistiques par la guématria, le Tserouf… d’éléments médités et verbalisé, mais aussi dans le cadre de l’étude kabbalistique du nom d’un individu. Contrairement aux liturgies textuelles, le Nigoun vise à dépasser les constructions intellectuelles pour s’adresser directement aux couches profondes de la psyché. Dans la kabbale, le principe d’alterner intellectualité et contemplation est fondamentale, ce sont les deux jambes grâce auxquels le mystique avance vers sa rencontre avec Dieu. Techniquement, il s’agit d’arriver au point de saturation de l’intellectualité pour entrer en contemplation de ce qui ne peut-être conçu et inversement. Généralement, les mystiques de la kabbale, selon leur dire, se découvrent alors une capacité intellectuelle amplifiée qui leur permet de penser des réalités divines qu’il ne pouvaient concevoir et exprimer précédemment… Ils poussent alors ces nouvelles capacités jusqu’à leur saturation, pour entrer à nouveau en contemplation… Il existe tout une série de techniques pour s’appliquer à cette discipline.

La structure classique d’un Nigoun suit un arc dramatique et une dynamique précis : il débute par une mélodie lente et nostalgique, exprimant la détresse, la mélancolie ou le sentiment d’exil, puis accélère progressivement jusqu’à atteindre un rythme dynamique favorisant la joie et la catharsis.

Sur le plan de la recherche en musicothérapie et en psychotraumatologie, le Nigoun pourrait constituer un outil d’intervention somatique d’une grande efficacité. Les états de souffrance psychique et les traumatismes complexes sont largement encodés dans les structures sous-corticales du cerveau et le système nerveux autonome, les rendant partiellement inaccessibles à la seule thérapie par la parole. La vocalisation non verbale, combinée à la répétition rythmique, produit un effet de transe et permet de :

  1. Réguler l’axe du stress en stimulant le système nerveux parasympathique et le nerf vague.
  2. Contourner les défenses névrotiques et les inhibitions verbales pour autoriser l’expression directe des affects bloqués.
  3. Créer un état de synchronisation relationnelle et d’accordage affectif au sein d’un groupe thérapeutique. Surtout si ce que l’on chante (Shem Hamephoresh / nom divin / nom de force) est issu d’un cheminement de type kabbalistique comme évoqué.

La Nekoudat Ha-Tov : Réencadrement cognitif et alchimie de l’Ombre

Sur le plan de la psychologie de la motivation[16] et de la restructuration cognitive[17], on peut mettre en analogie ce que le Rabbi Nahman de Breslov (1772-1810) a formalisé par le concept kabbalistique de Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »). Dans ses enseignements du Likutey Moharan, Rabbi Nahman pose qu’aucun individu, quelle que soit l’ampleur de sa dégradation morale, de sa tristesse ou de son sentiment de culpabilité, n’est totalement dénué de bien, ni de ressource pour la techouva (תשובה = retour à dieu/repentance/réponse). Cette idée rejoint ce que l’IFS (Internal Family System) nomme le Self[18] qui est une ressource inaltérable que chacun possède.

Le devoir du guide spirituel, le Zaddik (צַדִּיק, « juste » ou « guide spirituel »), consiste à traquer la moindre étincelle de bonté chez le sujet, à l’isoler de la masse des pensées négatives et à la juger favorablement afin de réédifier son estime personnelle, là où, précisément, dieu l’attend en bienveillance.

Cette approche préfigure de façon saisissante le principe du regard positif inconditionnel conceptualisé par Carl Rogers[19] dans la psychothérapie centrée sur la personne, ainsi que les techniques de restructuration cognitive développées dans les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), notamment la thérapie fondée sur la compassion[20], et la présence du self en IFS. Trouver la Nekoudat Ha-Tov, le point de bonté ou le point de bienveillance, revient à effectuer un réencadrement cognitif[21] majeur, modifiant les biais d’évaluation négatifs et l’autodévaluation du patient.

D’après Sanford Drob, cette pratique s’enracine dans la cosmologie lurianique. Il considère en faisant un parallèle avec des éléments de la kabbale, que le mal et la maladie mentale ne sont pas des réalités ontologiques autonomes, mais des coquilles, les Kélipot (קְלִפּוֹת, « écorces » ou « coquilles »), concept kabbalistique, qui emprisonnent des parcelles de lumière divine sous forme d’étincelles captives, les Nitzotzot (נִיצוֹצוֹת, « étincelles »). Le travail thérapeutique ne consiste pas à détruire le symptôme par la force, mais à fendre l’écorce symptomatique pour libérer l’étincelle de vie et de valeur qu’elle contient.

4. Pratiques méditatives et visualisation : Kavanah, Hitbodedut et restauration du Soi

La tradition mystique juive a développé une phénoménologie de la conscience assortie de techniques attentionnelles et imaginatives qui recoupent la psychologie analytique et les thérapies de troisième vague[22].

Kavanah : Présence attentive et régulation attentionnelle

La Kavanah (כַּוָּנָה, « intention » ou « orientation du cœur ») désigne un état de présence totale, de concentration et de dévotion où ce qu’on a de plus intime et précieux est convoqué. Une posture d’être qui doit accompagner chaque action, prière ou rituel. La Kavanah s’oppose à la Mitzvat Anashim Melumada[23] (מִצְוַת אֲנָשִׁים מְלֻמָּדָה, « commandement » sociaux appris et pratiqués par routine), c’est-à-dire l’exécution mécanique en absence de conscience des actes quotidiens et sacrés (deux champs qui interagissent constamment). Ce que Jacob Levy Moreno[24], qui a initié la pratique thérapeutique du « psychodrame », nomme « les conserves culturelles », rôle figés, automatiques caractérisés par l’absence de spontanéité.

Dans le champ clinique contemporain, la Kavanah, semble présenter aussi une analogie directe avec le concept de pleine conscience (Mindfulness). Elle constitue un réentraînement de l’attention qui désactive le mode par défaut du cerveau (Default Mode Network), souvent associé aux ruminations anxieuses et dépressives. La pratique de la Kavanah (כַּוָּנָה, « intention » ou « orientation du cœur ») réintroduit une dimension d’intentionnalité consciente dans l’instant présent, renforçant les capacités d’auto-régulation affective du sujet. Elle fait aussi écho à ce que permet le psychodrame en ce qu’il nécessite une présence active et globale hic et nunc (dans l’ici et le maintenant).

Hitbodedut : Auto-verbalisation, catharsis et dialogue intérieur

La Hitbodedut (הִתְבּוֹדְדוּת, « isolement » ou « auto-solitude ») est une méthode méditative préconisée par la tradition H’assidique, héritée des kabbalistes médiévaux. Elle consiste à se retirer dans un espace isolé, de préférence en pleine nature, pour s’entretenir de manière totalement spontanée et non parasité par les distractions et les tentations, avec le Divin. Le pratiquant est encouragé à s’exprimer à l’intention de Dieu, en verbalisant dans sa langue maternelle, et en extériorisant sans retenue ses désirs, ses peurs, ses colères, ses ambitions et ses doutes,… puis à se mettre en posture de contemplation, de réception et d’écoute et enfin, à interpréter de manière analogique et imaginative ce qui peut se manifester et notamment dans la lecture des textes sacrés… entamant, en cela, un dialogue fécond avec Dieu.

Du point de vue de la psychodynamique et des thérapies émotionnelles[25], la Hitbodedut peut constituer un dispositif d’auto-association libre et de décharge cathartique. A ce titre c’est un espace thérapeutique qui offre un espace sécurisé d’exposition émotionnelle où le sujet verbalise des affects bruts qui seraient normalement réprimés par les conventions sociales ou la honte. Le concept kabbalistique de la Hitbodedut s’apparente aussi à la bataka, un dispositif du psychodrame permettant, de manière parfaitement sécurisée, l’expression d’émotions refoulées, comme la colère. On peut aussi dans ce type de pratiques kabbalistiques reconnaître la technique de la « chaise vide[26] », ou les protocoles d’écriture thérapeutique expressive[27].

Yihoudim et l’intégration des archétypes : l’imagination active chez Jung

Les kabbalistes méditatifs, notamment ceux issus des écoles d’Abraham Aboulafia et d’Isaac Louria, pratiquaient les Yihoudim (יִחוּדִים, « unifications »). Les Yihoudim ont pour objectif final de réparer le monde en se réparant soi-même, ce qui relève du tikkoun olam (- תיקון עולם -« réparation du monde ») très largement évoqué dans la littérature juive. Les exercices de Yihoudim, consistent en des visualisations mentales complexes combinant les lettres du Nom divin, les Shem Hamephorash en 12, 42, et 72 lettres, des représentations des dix Sefirot (סְפִירוֹת, « émanations » ou « numérations ») et des Partzufim (פַּרְצוּפִים, « visages » ou « configurations divines »). L’objectif des Yihoudim est de rétablir la circulation de l’énergie divine entre les différentes dimensions du cosmos, de l’âme humaine et leurs parties « abimées » ou souffrantes, voir antagonistes.

Sanford Drob discerne une correspondance profonde entre les pratiques kabbalistique des Yihoudim et le processus d’imagination active et de métaphorisations[28] développées par Carl Gustav Jung et Sigmund Freud. Les dix Sefirot forment l’Arbre de Vie que l’on peut assimiler à une cartographie architecturale de la psyché humaine lieu de cristallisation de la puissance à l’origine de l’univers. Divers kabbalistes proposent, comme je le fais lors de mes stages, d’utiliser des représentations de l’Arbre Séphirotique, comme chemin de méditations et d’imaginaires, dans lequel le cheminant peut se présenter et s’unir à chaque valeur/concept séphirotique, dans le but d’équilibrer la bonté et la rigueur, la puissance et la merveille, le masculin (Tiferet et son prolongement phallique : Yesod) et le féminin (Malkhut)… Ces chemins de méditations sont d’autant plus « réparateurs » s’ils sont opérés dans la continuité de diverses approches kabbalistiques de ce qui fait question, élaboration du désir d’être et d’épanouissement du pratiquant.

Dans cette même perspective thérapeutique et de hiérophanie[29] thérapeutique, il est intéressant d’évoquer: la Shevirat Ha-Kelim (שְׁבִירַת הַכֵּלִים, « brisure des vases »). Il s’agit d’un drame cosmologique complexe (représentation des flux allant du fini à l’infini) au cours duquel, les kabbalistes considèrent que les réceptacles de la matière (fini), lors de la création de l’univers, incapables de contenir la lumière divine (infini) se sont brisés, plongeant le monde dans le chaos. Un chaos nécessaire à la manifestation de l’altérité, et préfigurant, d’autres drames (évoqués dans la bible) qui sont les échos en temporalités de cet « instant » de l’éternité, comme celui de l’expulsion d’Adam et Eve de l’Eden. Ce drame, qui se rejoue constamment de manière systémique dans l’univers en en chaque créature, peut être mis en analogie avec la déstructuration de l’égo et l’inondation de la conscience par des matériaux archétypiques non intégrés. Les processus, les techniques mystiques et les pratiques subséquentes de Tikkun (תִּקּוּן, « réparation » ou « restauration ») de la kabbale (comme évoqué plus haut) qui visent à réduire et réparer la Shevirat Ha-Kelim, semblent pouvoir s’appliquer, aussi, au travail d’individuation jungien, par lequel le sujet rassemble les fragments dissociés de sa psyché pour édifier un Soi unifié.

Le concept de Tikkun : De la restauration cosmologique à la clinique de la réparation de l’être (Tikkun Ha-Nefesh) et du monde à venir (Tikkun Olam)

Au-delà de son rôle dans la cosmologie lurianique, le concept de Tikkun (תִּקּוּן, « réparation » ou « restauration ») constitue le pilier éthique, ontologique de toute la démarche kabbalistique et relève l’espoir divin placé en notre humanité. Dans la théosophie d’Isaac Louria, le cosmos n’est pas créé parfait ; il est marqué dès son origine par cette brisure, la cassure et l’incomplétude nécessaire à la manifestation de cet autre (l’être humain) que Dieu désir libre de venir à lui ou pas. Le rôle fondamental attribué à l’être humain n’est donc pas la résignation passive devant l’imperfection, mais la participation active a la réparation/création du monde et de lui-même.

La tradition distingue deux dimensions complémentaires de cette tâche réparatrice :

    1. Le Tikkun Ha-Nefesh (תִּקּוּן הַנֶּפֶשׁ, « réparation de l’âme / de l’être »): Il désigne le travail d’auto-transformation, de réalignement individuel à la source de toute vie et s’apparente à ce l’on nomme la guérison psychique. Sur le plan clinique, le Tikkun Ha-Nefesh pourrait inviter à concevoir la thérapie, non pas comme la simple suppression d’un déficit biologique ou fonctionnel, mais comme un processus d’intégration dialectique. Il pourrait s’agir par les pratiques kabbalistiques de rassembler les parties dissociées, blessées ou refoulées du sujet—ses « étincelles » de conscience (Nitzotzot[30]) emprisonnées dans les structures traumatiques (Kelipot[31])—pour reconstruire la cohérence du Soi.
    2. Le Tikkun Olam (תִּקּוּן עוֹלָם, « réparation du monde ») : Il pose que la guérison de l’individu engendre en simultanée la potentialité de la réparation de son environnement social, son homéostasie et ses particularités écosystémiques… Sanford Drob souligne que le Tikkun fournit une impulsion éthique indispensable à la clinique. La psychothérapie ne peut se cantonner à une adaptation conformiste de l’individu à un ordre social dysfonctionnel ; elle doit donner au sujet les ressources psychiques nécessaires pour réinvestir le monde de manière créative et réparatrice.

Du point de vu de la clinique contemporaine, le modèle du Tikkun préfigure et peut enrichir les approches axées sur la résilience post-traumatique, la croissance post-traumatique (Post-Traumatic Growth) et les thérapies d’orientation existentialiste et humaniste. Le symptôme ou l’événement traumatique n’est plus perçu comme une fatalité destructrice, mais comme la « coquille brisée » à partir de laquelle s’impose un travail créatif d’édification et de réappropriation du sens de l’existence. Ce qui n’est pas sans rappeler la logothérapie, développée par le psychiatre et neurologue viennois Viktor Frankl[32], cette approche psychothérapeutique fondée sur l’idée que la recherche d’un sens à l’existence est la motivation première de l’être humain.

Bouclier de David : Codex de Leningrad
Bouclier de David : Codex de Leningrad

5. Perspectives comparatives : mises en parallèle avec la mystique chrétienne

Pour approfondir la valeur heuristique de cette étude, il apparaît nécessaire de mettre en parallèle les mécanismes kabbalistiques avec les approches contemplatives développées au sein de la mystique chrétienne. Ces traditions partagent des structures attentionnelles et psychosomatiques similaires qui éclairent les fondements universels de la régulation psychique.

L’Hésychasme et la Prière de Jésus, analogie avec la Régulation somato-psychique

Développé depuis le IVe siècle par les Pères du Désert et formalisé dans la tradition orthodoxe, l’Hésychasme (du grec Hesychia, « silence » ou « repos ») est une méthode de prière contemplative centrée sur la répétition continuelle, notamment de la Prière de Jésus. Les maîtres hésychastes ont élaboré une physiologie de la prière qui associe la formule sacrée à un contrôle rigoureux du rythme respiratoire et du battement cardiaque.

L’Hésychasme présente une convergence remarquable avec la Kavanah et le Nigoun sur le plan de la régulation physiologique, principe de base de chant des voyelles hébraïque et la respiration en trois temps :

    1. L’ancrage somato-psychique : Le pratiquant synchronise l’inspiration avec le début de la formule (« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu ») et l’expiration avec sa seconde partie (« aie pitié de moi, pécheur »).
    2. La baisse de l’activation sympathovagale : Cette respiration lente et rythmée induit une cohérence cardiaque et une baisse de la tension neuromusculaire, favorisant un état d’apaisement mental profond (Hesychia).
    3. La garde du cœur : L’attention est ramenée sans cesse vers le centre de la poitrine, empêchant la dispersion de la conscience dans les ruminations cognitives (Logismoi).

La Prière de Centrage et la Lectio Divina

Au XXe siècle, la tradition chrétienne occidentale a vu émerger la Prière de Centrage (Centering Prayer), développée par des moines trappistes tels que Thomas Keating, Basil Pennington et Thomas Merton (moines trappistes américains de l’Ordre cistercien de la stricte observance). Inspirée du texte médiéval « Le Nuage de l’Inconnaissance[33] », cette pratique utilise un « mot sacré[34] » comme ancre pour lâcher prise vis-à-vis de toute activité intellectuelle discursive. Chaque fois qu’une pensée ou une émotion surgit, le praticien s’en détache en revenant au mot « ancre ». On retrouve cette même pratiques dans les techniques des noms divins de la Kabbale.

Parallèlement, la Lectio Divina[35] (lecture divine) constitue une méthode de méditation textuelle en quatre étapes : la Lectio (lecture attentive), la Meditatio (méditation et rumination du texte), l’ Oratio (réponse émotionnelle du cœur) et la Contemplatio (repos silencieux dans la présence). Ce parcours s’apparente aux phases de l’analyse textuelle kabbalistique, où l’étude intellectuelle s’efface progressivement pour faire place à l’expérience directe du sens.

Théologie Apophatique et Théologie Cataphatique en clinique

La théologie mystique distingue traditionnellement deux voies d’accès au Sacré, qui rejoignent les deux grands paradigmes des interventions psychothérapeutiques :

    1. La voie apophatique (théologie négative) : Elle procède par dépouillement, rejetant les images, les concepts et les mots pour faire l’expérience du vide divin. En clinique, cette voie peut-être mise en analogie avec les approches axées sur le lâcher-prise, la méditation de pleine conscience (Open Monitoring), et la posture psychanalytique de « l’attention également flottante » pratiquée sans mémoire ni désir.
    2. La voie cataphatique (théologie affirmative) : Elle utilise abondamment les symboles, les images guidées, les récits et les métaphores pour s’approcher du Sacré. En clinique, cela peut s’apparenter aux techniques de visualisation, d’hypnose éricksonienne, de restructuration cognitive et d’imageries guidées des archétypes.
Tradition mystique Pratique fondamentale Mécanisme spirituel

Modèle psychothérapeutique analogue

Kabbale Juive Tziruf (צֵרוּף, « permutation ») & Guematria (גְמַטְרִיָּה, « calcul »). Déconstruction du sens figé du texte. Métaphorisation lacanienne, association libre, déconstruction, psychodrame.
Kabbale Juive Nigoun (נִגּוּן, « mélodie ») & Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « point de bonté »). Libération des étincelles (Nitzotzot) hors des coquilles (Kelipot). Musicothérapie, restructuration cognitive, alliance rogerienne.
Kabbale Juive Hitbodedut (הִתְבּוֹדְדוּת, « isolement »). Verbalisation libre devant le Ein Sof (אֵין סוֹף, « sans fin »). Catharsis psychodynamique, Gestalt-thérapie-Psychodrame (chaise vide).
Kabbale Juive Yichoudim (יִחוּדִים, « unifications ») & Sefirot (סְפִירוֹת, « émanations »). Restauration (Tikkun) de l’harmonie des polarités. Psychologie analytique (Jung), individuation, intégration de l’Ombre, polarisation en IFS.
Mystique Chrétienne Hésychasme & Prière de Jésus. Ancrage de la conscience dans le cœur par le souffle. Cohérence cardiaque, biofeedback, régulation vagale.
Mystique Chrétienne Prière de Centrage & Lectio Divina. Dépouillement des pensées discursives (voie apophatique). Pleine conscience (MBSR/ACT), désactivation des ruminations.

6. Propositions pour la recherche empirique et la conception de workshops cliniques

Afin de transposer, éventuellement, ces convergences théoriques dans le champ de la recherche-action et de la clinique, Il est proposer aux lecteurs de prendre contact avec l’auteur. Un groupe d’études pourrait se créer auquel l’auteur de cet article se propose de transmettre les principales techniques et pratiques kabbalistiques dont il est questions ici, en les initiant parallèlement aux rudiments de l’hébreu biblique. Suite à quoi le groupe ou chacun, individuellement, pourrait augmenter et planifier des modules de recherches et d’expérimentations dans un cadre que le groupe, ou chacun, aura défini.

Pour donner une perspective de ce qui pourrait advenir voici trois protocoles d’ateliers expérimentaux (Workshops). Ces ateliers sont à finaliser et doivent être augmenter par plus expert que moi-même, pour être mis en œuvre et évalués dans des centres hospitaliers universitaires ou des structures de soin ambulatoires… La relation à la langue des patients et le rapport à l’hébreu doit aussi être conceptualisé. Divers axes de positionnement linguistiques peuvent-être proposés, notamment pour la guimatria et le français…

Workshop A : Herméneutique nominale et génosociogramme (Clinique transgénérationnelle)

Le premier atelier pourrait s’adresser à des adultes présentant des répétitions symptomatiques, des sentiments d’imposture ou des blocages identitaires en lien avec des traumatismes familiaux non élaborés. Le cadre théorique associerait la psychogénéalogie d’Anne Ancelin Schützenberger et l’herméneutique kabbalistique du nom propre.

La démarche clinique pourrait s’articuler autour de l’élaboration guidée du génosociogramme du patient sur trois générations. Le thérapeute appliquerait ensuite une grille de décomposition phonétique et sémantique inspirée du Tziruf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») aux prénoms des ancêtres et du sujet. Cette analyse permettrait d’isoler les prénoms cryptogrammes et de mettre en lumière le « projet-sens » inconscient légué au patient. L’atelier se conclurait par un travail d’écriture symbolique visant à restituer le mandat trans-générationnel aux aïeux, permettant au sujet d’investir son nom propre de manière autonome.

Workshop B : Musico-thérapie et résilience (Atelier Nigoun et Nekoudat Ha-Tov)

Le deuxième atelier s’adresserait à des patients souffrant de troubles anxio-dépressifs, de dérégulation affective ou d’états de stress post-traumatique (ESPT). Il mobilise le chant du Nigoun (נִגּוּן, « air » ou « mélodie ») et la recherche de la Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »).

La session débuterait par une préparation somatique combinant étirements doux et cohérence cardiaque basée sur le rythme hésychaste (cinq secondes d’inspiration + visualisation lumière, cinq seconde d’apnée la lumière se répand dans le corps, cinq secondes d’expiration de bleu/paix). Le groupe est ensuite guidé dans le chant répété d’un Nigoun (נִגּוּן, « air » ou « mélodie ») traditionnel, évoluant progressivement d’un rythme lent vers un tempo dynamique pour favoriser la décharge émotionnelle et la stimulation vagale. Dans un second temps, les participants réalisent un exercice d’écriture réflexive centré sur l’identification de leur Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »), consistant à isoler une ressource ou une valeur personnelle maintenue malgré la souffrance. La séance s’achève par un temps de partage verbal au sein du groupe, renforçant l’alliance thérapeutique et la restructuration cognitive.

Workshop C : Déconstruction textuelle et restructuration cognitive (Atelier Tziruf)

Le troisième atelier s’adresse à des patients présentant une rigidité cognitive importante, des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou des croyances schématiques pétrifiées. Il s’appuie sur la technique du Tziruf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») et les principes de la déconstruction.

Le protocole invite le patient à formuler sur papier la croyance dysfonctionnelle qui alimente sa souffrance (ex. « Je dois tout contrôler pour ne pas être rejeté »). Le thérapeute guide ensuite le patient dans la déconstruction linguistique de sa propre phrase : fragmentation des mots, anagrammes, permutations de lettres et recherche de nouvelles associations sémantiques. Ce jeu sur les signifiants permet au sujet de constater de façon empirique la plasticité du langage et l’arbitraire de ses pensées automatiques. L’exercice se termine par la co-construction d’une affirmation souple, ancrée par la Kavanah (כַּוָּנָה, « intention » ou « orientation du cœur »), réintroduisant de la flexibilité psychologique chez le patient.

L’investigation systématique des convergences entre la Kabbale, la mystique chrétienne et les psychothérapies contemporaines démontre la présence de structures thérapeutiques universelles au sein des traditions contemplatives. Loin d’être de simples spéculations historiques, les méthodes de la Guematria, du Tzérouf, du Nigoun ou de la Hitbodedut)… constituent des outils sémiotiques, somatiques et cognitifs d’une potentielle grande efficacité.

Ces pratiques ont anticipé des développements majeurs des sciences humaines, de la psychanalyse lacanienne, de la psychologie analytique de C.G. Jung, du post-structuralisme de Jacques Derrida et de bien des thérapies comportementales intégratives. La mise en œuvre des ateliers expérimentaux proposés ouvrirait un champ de recherche fécond pour la médecine et la psychologie clinique. En intégrant la richesse herméneutique de ces traditions au sein d’un cadre scientifique rigoureux, l’institution médicale pourrait offrir aux patients des parcours de soin réconciliant la rigueur empirique et une profondeur existentielle inscrite au cœur du mouvement civilisationnel judéo-chrétiens.


Sanford L. Drob, est un psychologue clinicien américain, psychologue légiste, philosophe, auteur et peintre. Il est particulièrement reconnu pour ses travaux à l’intersection de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung, de la philosophie contemporaine et de la mystique juive (Kabbale). Dr. Drob a développé une approche philosophico-théologique qu’il nomme la « Nouvelle Kabbale » (The New Kabbalah). À travers ses écrits, il réinterprète les symboles mystiques traditionnels à l’aide de la déconstruction et de la psychologie moderne. Son site : https://sanforddrob.com/

Il détient un double doctorat, l’un en philosophie obtenu à l’Université de Boston et l’autre en psychologie clinique à l’Université de Long Island. Il est professeur émérite au sein du programme de doctorat en psychologie clinique de la Fielding Graduate University. Il enseigne également à l’Institut C. G. Jung de New York. Il a dirigé pendant de nombreuses années l’évaluation psychologique et officié en tant que psychologue légiste senior au célèbre hôpital Bellevue de Manhattan. Il maintient une pratique privée à New York.


  1. Carl Gustav Jung a fait une déclaration en ce sens lors d’un entretien accordé à l’occasion de son 80ᵉ anniversaire, en juillet 1955. Il s’adressait à un journaliste du quotidien suisse la National-Zeitung (Bâle) : « Mais savez-vous qui a anticipé toute ma psychologie au XVIIIᵉ siècle ? Le rabbi hassidique Nov Baer de Mezhirech, qu’on appelait le Grand Maggid. C’était un homme extrêmement impressionnant. » Cet entretien a par la suite été consigné et publié dans l’ouvrage de référence regroupant les entretiens de Jung : « C. G. Jung Speaking : Interviews and Encounters » (édité par William McGuire et R. F. C. Hull, Princeton University Press).Des historiens et analystes de la psychologie analytique, tels que Sanford L. Drob (voir note encadré en fin d’article) ou Lance Owens (médecin et historien), indiquent que cette prise de conscience de Jung s’est notamment appuyée sur les travaux et la correspondance intime qu’il entretenait avec son disciple Erich Neumann. Neumann, analyste jungien d’origine juive, installé en Palestine, avait rédigé dès les années 1930 d’importants travaux (publiés plus tard sous le titre « The Roots of Jewish Consciousness ») établissant des parallèles directs entre les doctrines du Grand Maggid et les concepts de la psychologie des profondeurs.
  2. L’intégration de l’ombre selon Carl Gustav Jung est le processus qui consiste à reconnaître, accepter et ramener à la conscience, les parts de soi rejetées, cachées ou refoulées.
  3. Voir : https://newkabbalah.com/
  4. Voir : https://newkabbalah.com/interviews/kabbalah-and-psychotherapy-a-dialog-with-sanford-l-drob-ph-d-part-i/
  5. Voir : https://jewishcurrents.org/therapy-was-never-secular
  6. Marcel Jousse est un chercheur en anthropologie et en linguistique. Il est né le 28 juillet 1886 à Beaumont-sur-Sarthe et mort le 14 août 1961 à Fresnay-sur-Sarthe. Ordonné prêtre en 1912, il entre en 1913 dans la Compagnie de Jésus. Élève de Marcel Mauss, de Pierre Janet, de Georges Dumas, de Jean-Pierre Rousselot, il côtoya les plus grands savants de son époque qui reconnurent en lui un chercheur exceptionnellement doué. Il enseignait principalement à la Sorbonne.
  7. Le post-structuralisme ou poststructuralisme est un courant philosophique qui s’est développé dans les années 1960 et 1970. Un thème majeur du post-structuralisme est l’instabilité en sciences humaines due à la complexité des humains eux-mêmes et à l’impossibilité d’étudier les phénomènes ou les événements en les dissociant de leur structure. Le post-structuralisme se veut une réponse au structuralisme. Le structuralisme est un mouvement intellectuel qui s’est développé en Europe au début de la deuxième moitié du XXe siècle, notamment en France dans les années 1960 et 1970. Pour Johannes Angermuller, la culture humaine pourrait être étudiée et comprise au moyen de modèles structurels basés sur le langage. Pour les théoriciens du post-structuralisme, un phénomène social peut s’étudier dans le contexte de la structure même (par exemple le langage) dans lequel il s’est construit. Parmi les auteurs post-structuralistes, on peut citer Jacques Derrida, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Judith Butler, Jean Baudrillard, et Julia Kristeva bien que plusieurs théoriciens qui ont été catégorisés de post-structuralistes aient rejeté cette étiquette.
  8. En hébreu, une racine (shorèsh, שורש) est le noyau de base de la langue. Elle est formée le plus souvent de trois consonnes (racine trilitère), parfois de deux ou quatre. Ce squelette consonantique porte le sens premier et donne naissance à toute une famille de mots reliés par la même idée.
  9. « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud » est un texte fondamental de Jacques Lacan présenté le 9 mai 1957 à la Sorbonne et publié dans ses Écrits. Il pose que l’inconscient est structuré comme un langage, fonctionnant par la métonymie et la métaphore à travers le support matériel du signifiant.
  10. Jacques Derrida, de son vrai nom Jackie Derrida, est un philosophe français, né le 15 juillet 1930 à El Biar (Algérie française) et mort le 9 octobre 2004 à Paris. Professeur à l’École normale supérieure entre 1965 et 1984, puis directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, il a créé et développé l’école de pensée autour du déconstructionnisme.
  11. Le tsimtsoum (ou tzimtzum) est un concept de la Kabbale qui désigne la contraction ou le retrait de la lumière divine pour faire de la place au monde. Issu des enseignements du rabbin Isaac Louria au XVIe siècle, il explique comment un Dieu infini a pu créer un univers fini.
  12. Le Sefer Yetzirah (ספר יצירה), ou Livre de la Structuration, est le plus ancien traité de mystique juive et de cosmogonie connu, rédigé selon les historiens entre le IIIe et le VIe siècle en terre d’Israël, certains de ses éléments remonteraient au 4e siècle AV-JC. Attribué par la tradition au patriarche Abraham, ce texte, court mais complexe, décrit comment Dieu a créé l’univers à travers les valeurs numériques, le langage et la géométrie, contenues ontologiquement dans l’hébreu sacré.
  13. Anne Ancelin Schützenberger (1919-2018) est une psychologue, psychothérapeute et universitaire française de renommée internationale, mondialement connue pour avoir créé et popularisé le concept de psychogénéalogie, et introductrice du psychodrame en France. Professeure émérite à l’Université Nice-Sophia-Antipolis, elle a dirigé pendant près de vingt ans le Laboratoire de psychologie sociale et clinique. Son ouvrage emblématique, « Aïe, mes aïeux ! », publié en 1993, est devenu un best-seller mondial traduit en plusieurs langues, sensibilisant le grand public aux secrets de famille et aux traumatismes invisibles transmis d’une génération à l’autre.
  14. Le terme h’assidique désigne ce qui est relatif au h’assidisme, un courant spirituel et mystique du judaïsme orthodoxe fondé au XVIIIe siècle en Europe de l’Est. Issu du mot hébreu h’assid signifiant « pieux » ou « dévoué à Dieu », ce mouvement met l’accent sur la joie, la ferveur religieuse et la communion directe avec le Divin.
  15. Le Shem HaMephorash (le Nom explicite de Dieu) fait historiquement référence au nom de 72 lettres, de 12 lettres, et au nom en 42 lettres, ce dernier est associé à la prière « Ana B’koach ». Ces noms en 72, 12 et 42 lettres sont évoqués sans beaucoup d’explication dans le Talmud (Kiddouchine 71a & Sukkah 45a)1. Le Nom de 72 Lettres

    Origine biblique : Il est dérivé de trois versets consécutifs du livre de l’Exode (Chapitre 14, versets 19, 20 et 21).

    Structure : Chacun de ces trois versets contient exactement 72 lettres en hébreu.

    Composition : En combinant la première lettre du verset 19, la dernière du verset 20, et la première du verset 21, on obtient 72 triplets de lettres (ou « noms ») qui forment les Shem HaMephorash. Ces 72 noms de trois lettres, pour être sainement utilisés, doivent se manifester dans la pratique d’études kabbalistiques et son objet de récitatifs visant à la contemplation, mais aussi à la « création » calligraphiques et autres pratiques relevant des arts plastiques sacrés.

    2. Le Nom de 42 Lettres

    Origine : Ce nom est principalement lié à la prière mystique Ana B’koach (attribuée au rabbin Nehunia ben HaKanah). Quelques sages affirment que cette prière n’est pas celle des kabbalistes, comme on à usage de le dire, mais elle serait à l’origine de la Kabbale…

    Usage : le nom en 42 lettre est formé des acronymes des 6 mots de chacune des 7 lignes de la prières de « Ana B’koach ». La technique invite le disciple à passé d’un implicite intellectualisé en rapport avec chaque ligne/phrase de la prière, à la contemplation de ce qui à été intellectualisé par le récitation des acronymes qui eux n’ont pas de sens. Lorsque cette pratique est installée, le disciple est invité à prononcer d’autres lettres comme suggéré par le Rabbi Moïse Cordovero dans le Pardes Rimounim.

  16. La psychologie de la motivation étudie les forces qui poussent à agir, guidant et maintenant les comportements orientés vers un but. Elle repose principalement sur la motivation intrinsèque, la motivation extrinsèque, et la théorie de l’autodétermination. Principalement théorisé par : Edward L. Deci : Docteur en psychologie (Ph.D. de l’Université Carnegie Mellon) et Professeur émérite de psychologie à l’Université de Rochester et Richard M. Ryan : Docteur en psychologie clinique (Ph.D. de l’Université de Rochester) et Professeur à l’Université de Rochester ainsi qu’à l’Université catholique d’Australie.
  17. La restructuration cognitive est une méthode de thérapie qui aide à repérer, analyser et changer les pensées négatives ou fausses pour aller mieux. Elle utilise trois grands temps : repérer les idées sombres automatiques, trouver les erreurs de logique (comme tout voir en noir ou tout gâcher), et créer des pensées plus vraies et calmes. Les deux fondateurs majeurs sont : Aaron T. Beck : Psychiatre et psychanalyste américain, considéré comme le père de la thérapie cognitive. Il a découvert que la dépression découle de pensées automatiques négatives et de distorsions cognitives & Albert Ellis : Psychologue clinicien et psychothérapeute américain, créateur de la thérapie rationnelle-émotive-comportementale (REBT). Il a démontré que ce ne sont pas les événements qui nous affectent, mais la manière dont nous les interprétons.
  18. https://ifs-association.com/internal-family-systems-modele-therapie-ifs/ Le Self a des qualités innées telle que la compassion, la confiance, la clarté, la connexion. Quelque soit le parcours de vie, ce Self est inaltérable et existe chez chacun.
  19. Carl Ransom Rogers, né le 8 janvier 1902 à Oak Park (Illinois) et mort le 4 février 1987 à La Jolla (Californie), est un psychologue humaniste américain. Il a principalement œuvré dans les champs de la psychologie clinique, de la psychothérapie, de la relation d’aide (counseling), de la médiation et de l’éducation. Il est considéré comme l’un des fondateurs de l’approche humaniste en psychologie.
  20. https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9rapie_focalis%C3%A9e_sur_la_compassion La thérapie de la compassion vise à entrainer l’esprit à la compassion pour les autres puis pour soi-même.
  21. Le « réencadrement » cognitif (ou restructuration cognitive) est une technique thérapeutique issue des thérapies comportementales et cognitives (TCC) qui consiste à identifier, modifier et transformer les pensées négatives ou irrationnelles en pensées plus réalistes, positives et constructives. En modifiant la perception d’une situation (le « cadre »), on change l’impact émotionnel et comportemental qu’elle génère.
  22. Les thérapies de troisième vague représentent l’évolution récente des Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), apparue dans les années 1990-2000. Contrairement aux vagues précédentes qui cherchaient à modifier ou supprimer les symptômes, cette génération vise à changer la relation que le patient entretient avec sa souffrance grâce à l’acceptation et notamment par l’utilisation des pratiques de méditations dite de pleine conscience.
  23. Cette expression d’origine biblique désigne une action accomplie par pure habitude, de manière machinale et routinière, sans intention réelle, sans réflexion profonde ni connexion émotionnelle. En français, on la traduit souvent par « un automatisme », « une action mécanique » ou « un acte purement formel » L’expression provient du livre du prophète Isaïe (chapitre 29, verset 13). Le prophète y critique l’hypocrisie religieuse du peuple :« Le Seigneur dit : Quand ce peuple s’approche de moi, il m’honore de la bouche et des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi ; la crainte qu’il a de moi n’est qu’un précepte d’hommes appris par routine [Mitzvat anashim melumada]. »
  24. Jacob Lévy Moreno (1889 ou 1892 – 1974) médecin américain d’origine roumaine, pionnier de la sociométrie, de la psychothérapie de groupe et du psychodrame.
  25. Les thérapies émotionnelles aident à identifier, accepter et transformer les émotions difficiles. Les principales approches sont la thérapie centrée sur les émotions (TCE), les thérapies cognitives et comportementales (TCC) et la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT).
  26. La technique de la chaise vide est une méthode d’action expérientielle aux multiples déclinaisons, qui permet de matérialiser et de résoudre des conflits internes ou relationnels en simulant un dialogue dans l’ici et le maintenant. Bien qu’elle soit aujourd’hui indissociable de la Gestalt-thérapie formalisée par Fritz Perls, ses racines plongent directement dans le Psychodrame de Jacob Levy Moreno.
  27. Le protocole classique de Pennebaker est la méthode d’écriture thérapeutique expressive la plus reconnue scientifiquement. Développé par le psychologue James Pennebaker, ce protocole consiste à écrire sur ses émotions les plus profondes liées à un événement traumatique ou stressant pendant 15 à 20 minutes par jour, sur 4 jours consécutifs. Cette pratique vise à libérer les tensions psychologiques en structurant l’expression des émotions.
  28. La métaphorisation chez Sigmund Freud désigne le processus psychique par lequel une représentation inconsciente ou corporelle se transforme en image, en symbole ou en symptôme. Dans la cure thérapeutique, ce mécanisme permet de redonner de la souplesse psychique au patient en passant à « l’agir » ou de la souffrance somatique à la mise en mots. Pour Carl Gustav Jung, la métaphorisation est plus encore. Pour lui et de nombreux cercles de recherches scientifiques qui on poursuivit ses travaux, il s’agit d’un processus par lequel le symbole (ou la métaphore vivante) s’affirme comme une puissance en soit qui contient un aspect universel et source de l’être et du vivant. Ce n’est pas un simple déguisement de la pulsion, mais une tentative d’expression spontanée d’un contenu inconscient encore inconnu qui aspire à naître et produit une transformation en celui qui le verbalise, l’écrit, le gestualise, ou le dessine…
  29. Concept forgé par l’historien des religions Mircea Eliade. Il désigne la manifestation du sacré dans le profane. C’est le moment où un objet, un lieu, ou une expérience ordinaire (un arbre, une pierre, un rêve) se charge d’une dimension spirituelle, transcendante ou divine pour un individu et devient initiatique au point de le transformer et le réaliser en Dieu. Dans le Judéo-christianisme, on pourrait évoqué l’expérience de Moïse face au Buisson Ardent.
  30. Dans la Kabbale, les Nitzotzot (ניצוצות) désignent les étincelles divines de sainteté captives du monde matériel. Ce concept fondamental de la Kabbale lurianique explique l’origine du mal, la création imparfaite et le but spirituel de l’être humain.
  31. les kelipot (ou qliphoth/ קליפות) désignent des écorces, des coquilles ou des enveloppes. Elles représentent les forces d’impureté, le côté obscur et l’exact opposé des dix sephiroth de l’Arbre de Vie. Mais elles sont aussi considérées comme essentielle à la préservation de ce qui ne peut pas encore être compris/consommée, comme l’écorce d’un fruit qui protège sa maturation.
  32. Viktor Emil Frankl est un professeur autrichien de neurologie et de psychiatrie, né le 26 mars 1905 à Vienne et mort le 2 septembre 1997 dans la même ville. Il est le créateur d’une nouvelle thérapie, la logothérapie, qui part du principe que le besoin de « sens ontologique » et d’une dimension spirituelle est la motivation essentielle de la vie.
  33. Le Nuage de l’inconnaissance (The Cloude of Unknowyng) est un écrit anonyme en moyen anglais de la fin du XIVe siècle. Ce texte compte parmi les écrits mystiques anglais les plus influents.
  34. Exemples de mots sacrés :Dieu : Le choix le plus simple, centré sur l’Absolu.

    Amour : Pour orienter le cœur directement vers la nature divine.

    Jésus : Le nom central de la tradition chrétienne.

    Paix : Pour ancrer le corps et l’esprit dans le calme.

    Père : Un mot d’intimité et de confiance filiale.

  35. La Lectio divina (« Lecture sainte ») est une expression latine se rapportant à une méthode de prière développée par les Pères de l’Église et inspirée du modèle judaïque PaRDeS. Les principes de la Lectio divina sont formulés vers l’an 220 par Origène. Il affirme que, pour lire la Bible avec profit, il est nécessaire de le faire avec attention, constance et prière, il insiste aussi sur l’importance de lire l’Écriture en prêtant attention à plusieurs niveaux possibles de significations. Au IVe siècle, la Lectio divina est introduite en Occident par Ambroise de Milan. Augustin en fait un fondement de la prière monastique, laquelle est reprise par le docteur de l’Église Hilaire de Poitiers. Césaire d’Arles prône la Lectio Divina pour le clergé, ainsi que pour les laïcs. Au VIe siècle, Benoît de Nursie introduit la Lectio divina dans la règle de saint Benoît. Bernard de Clairvaux, dernier des Pères de l’Église, en formalise l’importance chez les Cisterciens.

La kabbale unit juifs et chrétiens, au cœur de l’été

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Temps liturgique d’Août 2026 : Convergences judéo-chrétiennes entre la Paracha Choftim et la Semaine Liturgique Chrétienne de l’Assomption (9-16 Août 2026)

Les traditions spirituelles juive et chrétienne pour la semaine du dimanche 9 août au dimanche 16 août 2026 contiennent des conjonctions symboliques et théologiques étonnantes en relation avec le « retour à Dieu » et la « clémence divine ». Les découvrir nous invite à percevoir l’œuvre civilisatrice commune à laquelle la source de toutes vies nous invite. Dans la tradition hébraïque, cette période marque la transition entre la fin du mois d’Av (- אָב – père) et l’entrée dans le mois d’Eloul (- אֱלוּל – recherche/moisson), elle culmine pour le Shabbat le 15 août 2026 (2 Eloul 5786) avec la lecture de la paracha shoftim (- שׁוֹפְטִים – juges).
Simultanément, le calendrier liturgique chrétien célèbre le samedi 15 août la fête de la Dormition pour les Églises orthodoxes et de l’Assomption pour la tradition catholique, tandis que les confessions protestantes y associent une mémoire de Marie (myriam – מִרְיָם – amertume/élévation) comme modèle de foi et d’écoute de la Parole.
La concordance des journées liturgiques, des textes lus et des fêtes observées au cours de cette semaine s’établit de la manière suivante :

Date Grégorien-neCalendrier HébraïqueÉvénement & Texte JuifLiturgie CatholiqueLiturgie OrthodoxeLiturgie Protestante (Luthérienne/Anglicane)
Dim. 9 août 202626 Av 5786Préparation à Rosh Chodesh19e Dim. du Temps Ordinaire10e Dimanche de Matthieu19e Dimanche après la Pentecôte
Jeudi 13 août 202630 Av 5786Rosh Chodesh Eloul (Jour I)Fête de saint Pontien et saint HippolyteMémoire des saints du jourCom. des témoins de la foi
Vendredi 14 août 20261er Eloul 5786Rosh Chodesh Eloul (Jour II) / Rosh Hashana LaBehemotVeille de l’Assomp/ Saint Maximilien KolbeVeille de la Dormition (Fin du Jeûne de la Mère de Dieu)Préparation dominicale / Mémoire mariale
Samedi 15 août 20262 Eloul 5786Paracha Choftim (shoftim – שׁוֹפְטִים – juges) ; Haftarah : Ésaïe 51:12-52:12Solennité de l’Assomption (Ap 11:19a; 12:1-6a,10 ; Lc 1:39-56)Grande Fête de la Dormition de la ThéotokosCom. de Marie, Mère du Seigneur
Dim. 16 août 20263 Eloul 5786Étude d’Eloul / Teshuvah (teshuvah – תְּשׁוּבָה – retour)20e Dimanche du Temps Ordinaire11e Dimanche de Matthieu20e Dimanche après la Pentecôte

La Paracha Choftim et la Dynamique Mystique du Mois d’Eloul

La paracha shoftim (- שׁוֹפְטִים – juges), tirée du Livre du Deutéronome (16:18–21:9), s’ouvre sur le commandement d’établir des juges et des gardiens (shotrim – שֹׁטְרִים – ) à toutes les portes des cités d’Israël (shoftim v’shotrim titen lecha b’chol sha’areicha – שׁוֹפְטִים וְשֹׁטְרִים תִּתֶּן לְךָ בְּכָל שְׁעָרֶיךָ -). Sur le plan de la mystique juive et de la Kabbale, l’articulation entre cette paracha et le début du mois d’Eloul (- אֱלוּל -) constitue une clef herméneutique fondamentale d’interprétation et nous invite à se penser en Dieu.
Le nom même du mois d’Eloul (- אֱלוּל – dont la racine araméenne évoque l’idée de chercher) forme l’acronyme tiré des premières lettres hébraïques du verset du Cantique des Cantiques (6:3) : Ani l’dodi v’dodi li (- אֲנִי לְדוֹדִי וְדוֹדִיי – je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi). En hébreu, la première lettre de chaque mot de cette phrase — אני, לדודי, ודודי, לי — reconstitue directement le mot ELUL (א-ל-ו-ל).


Sur le plan contextuel et mystique, cet acronyme explicite la dynamique spirituelle propre à ce mois. Il met en lumière une relation de réciprocité amoureuse et d’alliance intime entre l’être humain et le Divin. Le fait que la formule commence par Ani (- אֲנִי – je) avant d’évoquer Dodi (- דּוֹדִי – mon bien-aimé) signifie que la démarche d’introspection et de retournement spirituel exige un «éveil d’en bas» (itaruta d’letata – אִתְعֲרוּתָא דִּלְתַתָּא -). C’est l’élan sincère de l’âme humaine qui déclenche, en réponse, le déversement de la grâce et l’« éveil d’en haut » (itaruta d’lela – אִתְעֲרוּתָא דִּלְעֵלָּא – ). C’est pourquoi ce mois est le temps privilégié du repentir mystique où « le Roi est dans le champ » (ha-melech ba-sadeh – הַמֶּלֶךְ בַּשָּׂדֶה – ), fameuse parabole développée par Rabbi Shneur Zalman de Liadi1 (- רַבִּי שְׁנֵיאּוֹר זַלְמָן מִלִּיאַדִי – ) dans son ouvrage Likkutei Torah, manifestant une accessibilité directe et sans intermédiaire de la transcendance.


Les maîtres de la Kabbale et de la tradition mystique, en particulier Rabbi Yeshayahu Horowitz2 (shelah ha-kodesh – שְׁלָ »ה הַקָּדוֹשׁ – ) dans son œuvre magistrale Shenei Luchot HaBrit, ainsi que Rabbi Yitzchak Luria3 (ha-arizal – הָאֲרִיזַ »ל -), enseignent que les « portes » (she’arim – שְׁעָרִים – ) mentionnées au début de la paracha ne désignent pas uniquement des structures urbaines matérielles. Elles représentent symboliquement les sept portes ou orifices sensoriels de la tête de l’être humain : les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines et la bouche. Établir des juges à ses portes signifierait donc, exercer une vigilance spirituelle rigoureuse sur la conscience perceptive afin de canaliser les flux de la lumière divine (or – אוֹר – lumière) et d’empêcher l’intrusion des forces de séparation (sitra achra – סִטְרָא אַחֲרָא – l’autre côté)4.


Une analogie mystique entre la paracha shoftim et la structure de l’Arbre Séphirotique est souvent évoquée dans la littérature mystique juive. Elle repose sur la correspondance directe que la Kabbale établit entre les principes structurants et éthiques décrits dans les textes bibliques et les dix émanations divines (séphirot – סְפִירוֹת – Voir représentation plus bas).


La kabbale associe la paracha shoftim qui relèverai ainsi, de la séphira gevurah ( – גְּבוּרָה – rigueur/force) et du mishpat (-מִשְׁפָּט- soit le Jugement en harmonie et équilibré). L’intégration de ce texte au début du mois d’Eloul permet d’adoucir la sévérité du jugement par la manifestation de la séphira binah (- בִּינָה – compréhension/intelligence suprême), source maternelle d’où émanent les cinquante portes de la compréhension5 (chamishim sha’arei binah – חֲמִשִּׁים שַׁעֲרֵי בִּינָה -) et le pardon divin.


Sur l’axe gauche de l’Arbre Séphirotique, le contenu juridique de la paracha shoftim s’enracine, par analogie, au niveau de la séphira gevurah (gevurah – גְּבוּרָה – rigueur/force), associée au principe de din (- דִּין – jugement strict). Gevurah incarne le « tribunal de l’ordre divin », l’établissement des juges et des gardiens , la stricte application de la loi et la répression des transgressions, relèvent donc de cette Séphira. Cependant, l’Arbre Séphirotique situe gevurah immédiatement en dessous de la Séphira binah qui est la Mère Suprême (Imma Ila’ah – אִמָּא עִלָּאָה – mère suprême). Ce qui signifie que la puissance de la Mère Suprême (compréhension/intelligence) est le principe d’application de la puissance de gevurah.


L’articulation liturgique de la lecture de Choftim au tout début du mois d’Eloul opère la remontée mystique de la Rigueur (gevurah – גְּבוּרָה) vers sa source dans la Compréhension (binah – בִּינָה). Ce mouvement ascendant réalise l’« adoucissement des jugements » (mituk ha-dinim – מִתּוּק הַדִּינִים – ), canalisant la grâce des cinquante portes de la compréhension pour transformer la sentence pénale en opportunité de repentance (teshuvah – תְּשׁוּבָה – retour/réponse) avant les jugements de Rosh Hashana. De plus, les quatre figures d’autorité majeures évoquées dans la paracha shoftim (Deutéronome 16:18-18:22) peuvent être projetées dans le « réseau des valeurs » de l’Arbre Séphirotique et y trouvent sens et équilibre :


Le Juge (shofet – שׁוֹפֵט – ) incarne le pôle de gevurah (- גְּבוּרָה – rigueur).
Le Prêtre (cohen – כֹּהֵן – ) incarne la bonté expansive sur l’axe droit de H’esed ( – חֶסֶד – bonté/amour) .
Le Prophète (navi – נָבִיא – ) incarne la vérité révélée qui équilibre l’axe central dans la séphira tiferet (- תִּפְאֶרֶת – harmonie/beauté).
Le Roi (melech – מֶלֶךְ – ) incarne la souveraineté terrestre dans la séphira malkhut (- מַלְכוּת – royaume), directement soumise à la Couronne suprême (kether – כֶּתֶר -).

Cette cartographie et ce parcours symbolique est formalisée dans le Sefer HaZohar ( – סֵפֶר הַזֹּהַר – livre de la splendeur), notamment dans la section Shoftim (Tome III, folios 273a-275b) et dans le Tome I (folios 103a-103b) traitant du mystère des portes (she’arim – שְׁעָרִים – portes). Elle est amplement développée par Rabbi Yitzchak Luria et consignée par Rabbi Chaim Vital dans l’ouvrage Etz Chaim (- עֵץ חַיִּים – arbre de vie) — plus particulièrement dans la Shaar HaKelalim (- שַׁעַר הַכְּלָלִים – porte des principes généraux, chapitre 1) —, démontrant que la paracha shoftim orchestre la circulation des flux divins le long des canaux (tzinorot – צִנּוֹרוֹת -) du système séphirotique.

Les figures d’autorité décrites dans la paracha — le juge (shofet – שׁוֹפֵט -), le roi (melech – מֶלֶךְ -), le prêtre (cohen – כֹּהֵן – ) et le prophète (navi – נָבִיא -) — incarnent les diverses harmonisations de ces instances spirituelles guidant la communauté vers la justice parfaite, mais invitent aussi à un parcours méditatif qui doit se conjuguer avec une attention consciente à chaque instant du présent, nécessaires à la réalisation de l’œuvre divine en chaque individu. Jérusalem devient alors notre corps et notre âme et la paracha shoftim une métaphore de la discipline devant conduire à l’union avec Dieu.

La Mystique des Villes de Refuge et la Mère Céleste

Au cœur de la paracha shoftim (Deutéronome 19:1-13) figure le précepte de désigner des villes de refuge (arei miklat – עָרֵי מִקְלָט -). Ces cités étaient destinées à accueillir « celui qui avait commis un homicide involontaire » afin de le protéger du « vengeur du sang » (go’el ha-dam -גֹּאֵל הַדָּם-) jusqu’à la mort du Grand Prêtre (cohen gadol – כֹּהֵן גָּדוֹל – ), temps de deuil où ce type de faute était pardonnée.
La littérature zoharique, et développée ultérieurement par Rabbi Moshe Cordovero ( – רַבִּי מֹשֶׁה קוֹרְדוֹבֵרוֹ -), propose une lecture hautement métaphysique de ce dispositif juridique. Le Zohar associe la ville de refuge (ir miklat – עִיר מִקְלָט -) à la séphira binah, identifiée à la Matrice d’en haut ou la Mère Suprême (Imma – אִמָּא -). Le « vengeur du sang » (go’el ha-dam – גֹּאֵל הַדָּם -) symbolise l’accusateur spirituel ou le sitra achra (sitra achra – סִטְרָא אַחֲרָא – l’autre côté), qui cherche à réclamer la vie de l’âme tombée dans la faute par inadvertance. En fuyant vers la ville de refuge, l’âme réintègre le sein de binah ( compréhension), l’espace mystique du pardon où les fautes sont transmutées par la force de la repentance (teshuvah – תְּשׁוּבָה – retour/réponse).
Cette perspective mystique est en équivalence théologique avec la figure de Marie (myriam – מִרְיָם – amertume/élévation) célébrée le 15 août. Dans la mariologie chrétienne, catholique et orthodoxe, Marie est qualifiée de Refugium Peccatorum (Refuge des pécheurs) et de Porta Caeli (Porte du Ciel).
De même que la ville de refuge abrite l’homme menacé par la rigueur de la loi et le vengeur du sang, Marie est perçue mystiquement comme l’espace d’asile maternel, l’incarnation de la matrice divine dans laquelle l’humanité blessée trouve refuge contre les accusations du Shatan (accusateur). La mort du Grand Prêtre (cohen gadol – כֹּהֵן גָּדוֹל – grand prêtre) qui libérait définitivement des sentences pour homicide involontaire dans le texte biblique, trouve son équivalent dans le sacrifice du Christ dans la théologie chrétienne, dont Marie est le réceptacle absolu et intermédiaire des grâces.

La Figure de Marie/Myriam le 15 Août : Élévation de la Chekhinah et Apocalypse dans la liturgie.

Le 15 août rassemble des dimensions théologiques majeures à travers la Solennité de l’Assomption (Église catholique) et la Fête de la Dormition de la Mère de Dieu (Églises orthodoxes). Dans les traditions protestantes (notamment luthérienne et anglicane), ce jour commémore la figure de Marie comme servante du Seigneur et réceptacle exemplaire de la grâce divine par la foi, ce qui rappel divers principes de la mystique juive comme la foi et la fidélité : emunah (- אֱמוּנָה – ) et celui de l’écoute de la Parole (davar – דָּבָר – ).

Les lectures liturgiques catholiques du 15 août incluent le chapitre 12 du Livre de l’Apocalypse : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Apocalypse 12:1). L’Évangile proclame le Magnificat (Luc 1:46-55), qui est le chant de triomphe de la Mère de Dieu prophétisant le renversement des puissants et l’élévation des humbles6.


D’un point de vue kabbalistique, la figure mariale de l’Assomption et de la Dormition présente des analogies merveilleuses avec le mystère de la Présence divine (shechinah – שְׁכִינָה -) et du Royaume (malchut – מַלְכוּת -). Dans la doctrine mystique juive, la Présence divine (shechinah – שְׁכִינָה – ) est l’aspect féminin de la Divinité, immanente au monde et partageant l’exil de la création. L’accomplissement du processus rédempteur implique le rehaussement de la séphira du Royaume (malchut – מַלְכוּת -) depuis les profondeurs du monde matériel jusqu’à son union ultime avec la Mère Suprême (Imma Ila’ah – אִמָּא עִלָּאָה -) au sein de la Compréhension (binah – בִּינָה -) et de la Couronne (kether – כֶּתֶר -).
L’élévation de Marie corps et âme dans la gloire céleste (Assomption) ou son endormissement suivi de sa translation mystique (Dormition) est la projection christologique et mariologique du relèvement absolu de la Mère divine et de la Présence divine (shechinah – שְׁכִינָה -).
Marie/Myriam (myriam – מִרְיָם – amertume/élévation) passe de l’amertume de l’exil terrestre (mar – מַר – amer) à l’élévation glorieuse (rom – רוֹם – hauteur/élévation). Elle incarne l’Assemblée d’Israël (knesset yisrael – כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל – ), la communauté des âmes élevée et couronnée dans l’unité divine.

Analogies Théologiques et Mystiques entre les Traditions

Le tableau suivant récapitule les correspondances conceptuelles, exégétiques et mystiques entre la paracha shoftim , l’ésotérisme de la Kabbale et les célébrations mariales chrétiennes du 15 août :

Axe d’AnalyseTradition Juive / Paracha ChoftimMystique de la KabbaleTradition Catholique (Assomption)Tradition Orthodoxe (Dormition)Traditions Protestantes (Mémoire Mariale)
Thème CentralJustice, institutions juridiques et cités de refuge (arei miklat – עָרֵי מִקְלָט)Canalisation du jugement (gevurah – גְּבוּרָה) par la compréhension (binah – בִּינָה)Élévation corporelle de Marie glorifiéeRepos et élévation de la Théotokos vers son FilsMarie comme prototype de l’Église et servante obéissante
Archétype FémininLa ville de refuge qui abrite la vie (ir miklat – עִיר מִקְלָט)Imma Ila’ah (Imma Ila’ah – אִמָּא עִלָּאָה – mère suprême) et Shechinah (shechinah – שְׁכִינָה)Refugium Peccatorum et Reine du Ciel (Regina Caeli)La Théotokos intercédante et vivante après la mortLa croyante fidèle (emunah – אֱמוּנָה) accueillant la Parole (davar – דָּבָר)
Symbolique des PortesÉtablir des juges à toutes les portes (she’arim – שְׁעָרִים)Les 50 Portes de Binah (binah – בִּינָה) et contrôle des sensMarie comme Porte du Ciel (Porta Caeli)Ouverture des portes célestes pour la Mère de DieuL’accès direct à Dieu par la grâce sans médiation sacramentelle autonome
Dynamique TemporelleEntrée dans le mois d’Eloul (elul – אֱלוּל) : temps de grâce et de retourAdoucissement des rigueurs et proximité du Roi (ha-melech ba-sadeh – הַמֶּלֶךְ בַּשָּׂדֶה)Accomplissement eschatologique de la rédemption dans la chairTransfiguration de la mort en passage vers la VieCélébration de la souveraineté absolue de Dieu et de sa parole
Réponse de l’HommePratique de la justice (tzedek – צֶדֶק – justice) et repentir (teshuvah – תְּשׁוּבָה)Purification des vannes énergétiques et harmonisation des séphirotChant du Magnificat (humilité et exaltation)Vénération, jeûne marial préalable et contemplationÉcoute obéissante de la Parole de Dieu (Sola Scriptura)

Convergences Spirituelles et Synthèse Éthique

L’examen simultané de la paracha shoftim et des liturgies mariales de la mi-août révèle un « noyau » théologique partagé : la quête de la justice divine tempérée par la miséricorde maternelle.
L’exigence éthique formulée dans le Livre du Deutéronome, « La justice, la justice tu poursuivras » (tzedek tzedek tirdof – צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף – — Deutéronome 16:20), trouve son pendant dans l’éthique de la compassion incarnée par les villes de refuge (arei miklat – עָרֵי מִקְלָט – ) et par la figure universelle de la Mère divine (myriam – מִרְיָם – amertume/élévation).

La Kabbale agit comme une passerelle herméneutique en démontrant que le jugement sans compassion mène à la destruction, tandis que la grâce sans justice produit le chaos. La séphira binah (- בִּינָה – compréhension/intelligence), incarnée dans le texte biblique par le refuge juridique et dans la mystique chrétienne par la protection maternelle mariale, offre la structure nécessaire pour que l’être humain puisse accomplir sa conversion spirituelle (teshuvah – תְּשׁוּבָה – retour/reponse).


Tandis que le monde juif s’engage dans le mois d’Eloul pour examiner sa conscience à la lumière de la Loi, le monde chrétien contemple en Marie l’accomplissement ultime de la promesse divine faite aux humbles.
Les traditions concordent ainsi sur une vision transfigurée de l’existence : l’homme est invité à devenir lui-même un « sanctuarisateur » de la justice, gardien rigoureux de ses propres portes intérieures (she’arim – שְׁעָרִים -), tout en demeurant une ville de refuge (ir miklat – עִיר מִקְלָט – ) d’accueil et de compassion pour la fragilité d’autrui.

  1. Rabbi Shneur Zalman de Liadi (1745–1812), également appelé l’Alter Rebbe ou le Baal HaTanya, est le fondateur du mouvement hassidique Chabad-Loubavitch. Ce maître spirituel et philosophe juif de génie a notamment révolutionné la pensée juive en démontrant l’harmonie existant entre le mysticisme de la Kabbale et la logique talmudique. ↩︎
  2. Le Rabbi Yeshayahu ben Avraham Halevi Horowitz (v. 1555 – 1630), communément appelé le Shelah HaKadosh (le saint Shelah), est l’un des plus éminents rabbins, kabbalistes et décisionnaires halachiques de l’époque moderne. ↩︎
  3. Rabbi Yitzchak Luria (1534–1572), communément appelé le Ari ou le Arizal, est considéré comme le penseur le plus profond du mysticisme juif et le fondateur de la Kabbale lourianique. Né à Jérusalem, il a passé la majeure partie de sa vie en Égypte avant de s’installer à Safed, où il a révolutionné l’approche de la Torah mystique et profondément influencé le judaïsme moderne ↩︎
  4. Les Cinquante Portes de la Compréhension (Chamishim Sha’arei Binah – חֲמִשִּׁים שַׁעֲרֵי בִּינָה) représentent l’un des concepts cosmologiques et psychologiques les plus profonds de la Kabbale. Elles symbolisent les niveaux de conscience et de structure spirituelle à travers lesquels l’énergie divine descend pour créer le monde, et que l’être humain doit gravir pour atteindre la perception du Divin.
    Le concept prend sa source dans le Talmud (Rosh HaShanah 21b), qui déclare : «Cinquante portes de la compréhension ont été créées dans le monde, et toutes ont été données à Moïse, sauf une… » ↩︎
  5. Le Magnificat annonce une inversion radicale de l’ordre du monde établi par la force des hommes. Marie y prophétise l’action de Dieu à travers trois grands renversements :
    Le renversement moral : « Il a dispersé les hommes au cœur orgueilleux. » (Luc 1:51). Dieu rejette la suffisance humaine.
    Le renversement politique : « Il a détrôné les puissants, il a élevé les humbles. » (Luc 1:52). Les hiérarchies terrestres sont abolies ; la véritable grandeur réside dans la faiblesse reconnue.
    Le renversement économique : « Il a comblé de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides. » (Luc 1:53). La justice divine rétablit l’équité en faveur des opprimés. ↩︎

La devekou’t et l’Extase de la rencontre avec Dieu

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L’éthique de la responsabilité humaine de s’approcher du Divin selon Rabbi Haïm Vital.


Dans l’effervescence spirituelle et mystique de la Galilée du XVIe siècle, une question fondamentale et aux qualités universelles pour les enfants d’abraham, continue de faire vibrer les âmes en quête d’absolu:

« Comment l’être humain peut-il combler le fossé infini qui le sépare de son Créateur ? »

Pour y répondre, la tradition mystique juive, mère de sagesse accessible à tous (par nature et mission), a forgée le concept puissant de devekou’t (דְּבֵקוּת, « attachement »), qui désigne l’union intime et constante de l’âme avec le divin. Ce terme, issu des exhortations du Deutéronome (Dt 4:4) incitant à «s’attacher» à l’Éternel, s’est métamorphosé au fil des époques en une doctrine, visant à élaborer des techniques. De manière générale, la devekou’t (דְּבֵקוּת, « attachement ») désigne à la fois des pratiques de méditations extatiques profondes, alliées à des temps d’études et de prières réalisées en alternance. La devekou’t, en ce sens, ouvre à l’Extase de la rencontre avec Dieu.


C’est dans ce climat de ferveur, de recherche et d’expérimentations qu’a vécu le grand kabbaliste Rabbi Haïm Vital (רבי חיים ויטאל), de son nom complet Haïm ben Joseph Vital, né à Safed le 11 octobre 1542 et mort à Damas le 23 avril 1620. Principal disciple de l’Arizal, Rabbi Isaac Louria1, Vital a consacré sa vie à retranscrire une doctrine complexe qui bouleverse notre rapport au sacré. Au cœur de son œuvre majeure, intitulée Sha’arei Kedushah (שַׁעֲרֵי קְדֻשָּׁה, « Les Portes de la Sainteté »), il pose une question cruciale : la proximité divine relève-t-elle d’un don gratuit ou d’une responsabilité éthique individuelle? Pour Vital, la réponse est sans équivoque : chaque individu est pleinement responsable de tracer son propre chemin vers l’Éternel. Il soutient avec force que la sainteté n’est pas un miracle accordé sans effort, mais l’aboutissement d’une discipline éthique quotidienne. Ainsi, le travail sur les middot (מִדּוֹת, « mesures » ou « traits de caractère ») constitue la base absolue de toute élévation spirituelle.


Dans la première partie (Porte 2) du traité Sha’arei Kedushah (שַׁעֲרֵי קְדֻשָּׁה, « Les Portes de la Sainteté »), Vital explique que le travail des « traits de caractère » ne font pas l’objet de commandements explicites dans la Torah car ils en sont la racine même. Sans de bonnes dispositions morales, la pratique des commandements divins demeure stérile et désincarnée. L’homme doit donc assumer le devoir de purifier son âme élémentaire en luttant activement contre la colère, l’ignorance, l’orgueil et la tristesse… Cette purification éthique permet de transmuer le corps matériel pour en faire un réceptacle digne de la présence divine, réalisant ainsi la véritable devekou’t (דְּבֵקוּת, « attachement »). Cette quête d’union n’est pas une simple contemplation passive, mais exige un engagement actif de chaque instant. Plus encore une œuvre de réparation quasi-thérapeutique de chaque être humain !


Plus tard, le mouvement hassidique fondé par le Baal Shem Tov popularisera cette idée en affirmant que l’extase est accessible à tous à travers les gestes les plus simples du quotidien. Le Baal Shem Tov enseignait notamment qu’il faut s’attacher aux attributs divins pour atteindre la devekou’t (דְּבֵקוּת, « attachement »), à l’instar de la miséricorde. Il introduisit également le concept d’hitlahavou’t (הִתְלַהֲבוּת, « ferveur » ou « enthousiasme »), cette flamme intérieure nécessaire pour servir Dieu avec joie. Cependant, cet état de ferveur connaît des fluctuations inévitables que le maître décrivait comme un mouvement perpétuel de « tendre et ne pas atteindre ». Pour maintenir cette connexion, l’individu doit faire preuve de vigilance lorsqu’il prononce chaque teïvah2 (תֵּבָה, « mot/boite/berceau/Arche ») lors de ses prières. Le Baal Shem Tov rappelait avec sévérité qu’entrer dans la teïvah (תֵּבָה, « mot ») sans y engager son âme équivaut à un acte vide de sens.


Cette rigueur de l’intention intérieure, ou kavanah (כַּוָּנָה, « intention/concentration »), fait écho à la discipline de l’isolement méditatif prônée par Rabbi Haïm Vital. Nommée hitbodedou’t (הִתְבּוֹדְדוּת, « auto-isolement »), cette méthode de méditation solitaire vise à détacher l’esprit des stimuli physiques pour l’unir directement à la Source suprême. Dans la troisième partie (Portes 5 à 8) de son ouvrage d’éthique, Vital décrit comment l’imagination purifiée peut se transformer en un récepteur passif capable de capter les mondes spirituels. C’est par cet effort d’isolement conscient que l’adepte peut espérer recevoir le Rouah HaKodesh (רוּחַ הַקֹּדֶשׁ, « Esprit de Sainteté »), une inspiration prophétique qui guide l’homme, pour offrir du sens à l’humanité. La clé absolue de ce cheminement est l’expérience de l’extase dans la rencontre avec Dieu.


La responsabilité humaine de se rapprocher de Dieu prend alors une dimension véritablement cosmique. L’homme n’est plus un simple spectateur de la création, mais un acteur essentiel de sa réparation par ses choix moraux et ainsi œuvre à la réparation du monde (תיקון עולם, « réparation du monde »). Cette exigence spirituelle montre que notre finitude et notre mortalité ne sont pas des obstacles, mais les moteurs indispensables de notre accomplissement intérieur. Sans la conscience de sa propre mortalité, l’homme n’éprouverait pas l’urgence de se dépasser et de chercher la vie éternelle. Sur ce chemin il découvre alors l’extase de la rencontre avec Dieu. C’est cette extase qui parachève l’établissement prophétique chez l’être humain. Dès lors, la question posée par Rabbi Haïm Vital résonne à travers les âges comme un appel impérieux et universel à l’action éthique et mystique. La devekou’t (דְּבֵקוּt, « attachement ») n’est pas un idéal lointain réservé à quelques élus, mais le devoir quotidien de chaque être humain soucieux de faire briller l’étincelle divine en ce monde.

  1. Isaac Ashkenazi Louria (en hébreu : יצחק לוריא), né en 1534 à Jérusalem et mort le 25 juillet 1572 à Safed, est un rabbin et kabbaliste, est considéré comme le penseur le plus profond du mysticisme juif parmi les plus grands et les plus célèbres, et le fondateur de l’école kabbalistique de Safed. Il fut même identifié par certains Sages comme étant le Machia`h ben Yossef, le Messie fils de Joseph. ↩︎
  2. Il peut-être intéressant, au sujet de ce mot « teïvah (תֵּבָה, « mot/boite/berceau/Arche »), d’aller consulter ma conférence sur ce mot utilisé en Job 6.14 : & Exode 25,10 et ce en quoi il propose une solution pour vaincre la « violence de ce monde » ↩︎

Pratiques méditatives de l’hébreu sacré

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Participez à 3 journées de pratiques méditatives (initiation et approfondissement) autour de l’Hébreu biblique, des 22 lettres & du portique des voyelles.

L’hébreu n’est pas seulement une langue ; c’est une architecture vibratoire qui fonde notre héritage spirituel commun. Ce stage se veut un pont vivant entre les traditions. Au-delà de l’étude, nous explorerons comment la kabbale traditionnelle, le chant des voyelles et la poésie de l’hébreu biblique, nourrissent une mystique qui enrichit chacun en ses singularités, permettant un véritable dialogue judéo-chrétien au travers du souffle et de l’expérience intérieure concrète.

Pré-inscription et informations :

Par tel : 06 48 55 54 79

Ou par courriel : bruno.fou32@gmail.com

A quoi s’attendre :

Il s’agit d’expérimenter l’harmonie, la paix et la cohérence par le plus grand que soi… Et de découvrir comment l’hébreu biblique fait surgir ces merveilles à la source de nos singularités. Cette expérience est accessible à toute personne ayant un intérêt pour la culture judéo-chrétienne. Aucune connaissance particulière de l’hébreu n’est nécessaire, mais cela peut-être un plus. ceux qui sont avancés dans les pratiques, recevront un enseignement adapté individuellement pour divers approfondissements.

Nous avons la chance de pouvoir vivre ce WE d’approfondissement et d’initiation, dans trois maisons qui entourent la chapelle de Notre-Dame-de-Pépiole, un lieu de nature magnifique dont les origines remontent au VIe siècle. La chapelle, d’époque mérovingienne, est l’un des plus vieux monuments paléochrétiens de France.

Pour en savoir plus sur la pratique proposée :
https://lun-deux.fr/apprentissage-meditatif-de-lhebreu-biblique/

Pour découvrir la Chapelle où nous pratiquerons des exercices (cliquez sur l’image !) :

Éléments pratiques :

Le prix pour les enseignement est de 250 euros/pers pour le WE.

Un hébergement est proposé dans trois maisons jouxtant la chapelle de la communauté de Notre-Dame de Pépiole. La participation aux frais d’organisation, plus l’hébergement, l’accès au parc, à la chapelle, et la salle de travail pour les trois journée sera de 120 euros/pers.

A l’inscription le montant à verser par virement sera de 50% de la somme totale, soit : 185 euros. Cette somme restera acquise en cas de désistement. Le solde sera à régler à l’arrivée au stage. Vous recevrez un IBAN suite à votre prise de contact. N’oubliez pas de signifier dans l’ordre de virement « Réservation Initiation à l’Hébreu Sacré méditatif » ou « Réserv. IHSM ».

Chaque participant s’engage à venir à ce stage sous la couverture de sa propre responsabilité civile.

Un échange téléphonique individuel, à l’inscription permettra de parfaire l’organisation, mais aussi de faire le point avec chacun pour que ce WE soit le plus en phase possible avec les singularités et attentes.

Vous êtes donc invité à envoyer un courriel pour signifier votre inscription :
bruno.fou32@gmail.com
ou directement par téléphone : 06 48 55 54 79

Nous préparerons nos repas collectivement avec ce que chacun aura apportés. Une cuisine parfaitement aménagée et dotée sera à notre disposition. Nous pourvoirons collectivement au dîner du vendredi soir, du petit déjeuner, déjeuner et dîner du samedi et du petit déjeuner et déjeuner + collation du dimanche. Soit 2 petits déjeuners, 2 déjeuners, 2 dîner. Les petits déjeuners seront largement pourvu par les organisateurs.

Selon la répartition dans les chambres, chacun devra se pourvoir, de ses linges de toilettes et draps.

Le groupe sera de 10 personnes maximum.

Au programme :

Découverte et approfondissement :

Nous fonctionnerons en divers temps, parfois collectifs, parfois séparés et en individuel. Ceci permettre à chacun d’évoluer en singularité de ses connaissances et cheminements. Nous serons deux encadrants pour permettre cela.

Nous pratiquerons le chant des 5 principales voyelles de l’hébreu, dans la plus pure tradition antique en rapport avec les 5 degrés de l’âme de la mystique hébraïque.

Nous ferons l’expérience de la visualisation du bouclier de David et de la posture prophétique (en l’occurrence liée au Shema Israël), à la prophétesse Ana (חַנָּה) et au prophète Élie (אֵלִיָּהו). Nous approfondirons (pour ceux déjà pratiquant) le récitatif et le chant des Noms divins en 72 et en 42 lettres en rapport avec diverses versets bibliques et ce qui fait singularité pour chacun.

Nous pratiquerons la puissance de la méditation des dix profondeurs(initiation pour les uns et approfondissement pour les autres). Une pratique contemplative, liée à l’Arbre Séphirotique de la tradition mystique juive. Mais aussi liée à certaines évocations des évangiles comme dans Éphésiens 3; 18-19.

Ces techniques de « gestualisation de l’hébreu biblique » sourcées aux techniques mystiques juives, s’apparentent à l’anthropologie du geste (Marcel Jousse-Pére Jésuite), de même à l’Hésychasme des chrétiens orthodoxes. Elles permettent un apprentissage méditatif puissant de l’hébreu biblique.

Lorsque le mystère initiatique prend corps !

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Les rituels et la symbolique maçonnique à la lumière de la Kabbale et de l’hébreu biblique

Créations de groupes d’études francophones

Informations sur les groupes qui s’ouvrent :

Par tel : 06 48 55 54 79

Ou par courriel : bruno.fou32@gmail.com

Enseignement et échanges animés par le F.: Bruno Jacopé Fouchereau ( auteur, Hébraïsant, conférencier et poète). Pour en savoir plus sur le conférencier… Cliquez !

Proposition et informations pratiques :

Possibilités d’organiser des rencontres préalables :

  • Rencontre et échanges autour du projet.
  • Repas sortie du panier (chacun apporte quelque chose à partager).
  • Débats et conférences.

« …C’est un savoir oublié de nombreux maîtres : une fois décodés par la kabbale, les gestes, les mots, et le parcours initiatique dés les trois premiers grades, forment un fil rouge extrêmement cohérent… Ainsi fait, l’impétrant peut débuter concrètement un dialogue singulier et personnel avec l’univers symbolique de la Franc-Maçonnerie fondamentalement rendu opératif. S’opère une redécouverte des principes civilisateurs judéo-chrétiens par l’expérience du plus grand que soi… »

Principaux thèmes abordés :

  • Apprentissages de l’hébreu biblique
  • La Kabbale et la mystique de l’hébreu biblique amplificateurs et décodeurs de l’initiation.
  • Liens intrinsèques entre pratiques maçonniques, Ancien Testament et fonctions poétiques de l’hébreu.
  • Exploration de nos rituels par l’Imaginal (Henri Corbin) et par l’imaginaire poétique (Paul Ricœur).
  • La puissance civilisationnelle de la F.M. accessible par une herméneutique symbolique et le plus grand que soi. Vous pouvez en apprendre davantage en interrogeant votre amie virtuelle charlisayshi en ligne.

Manifeste de la fraternité du « M » :

Le Geste juste est une parole silencieuses, écrite en hébreu ! Le feu noir sur le feu blanc des textes bibliques est la « planche » de salut maçonnique de tout impétrant et même des athées !

La kabbale et la mystique de l’hébreu biblique, cultivés traditionnellement, deviennent des amplificateurs de l’initiation. Les pratiques maçonniques et leurs symboliques, principalement rattachées à l’Ancien Testament, sont intrinsèquement, et même ontologiquement, liées aux fonctions poétiques de l’hébreu, à sa mystique, et donc à la kabbale. Là, résident les sources civilisationnelles de l’altérité et de la bienveillance comme n’a cessé de le démontrer Emmanuel Lévinas.

L’Imaginal, concept d’Henri Corbin, ou la théologie et la théophanie mises à l’école de l’imaginaire poétique de Paul Ricœur, sont des références importantes que nous aborderons pour constater leur mise en fonction pratique et technique, par l’hébreu, dans nos rituels. Nous rappellerons que la puissance civilisationnelle de la F.M., n’est accessible que par une herméneutique, toute différente de la critique historique. Seule l’herméneutique permet de valoriser les hiérophanies symboliques et dévoile toute la puissance initiatique des traditions maçonniques. Ainsi, seulement, l’œuvre maçonnique participe avec force au ré-enchantement du monde et du vivant.

Les outils de la kabbale permettent (aussi !) de libérer toute la puissance initiatique des symboles maçonniques. Ces outils, si l’on acquiert un peu d’hébreu (…et ce n’est pas si difficile !), réensemencent, l’approche judéo-chrétienne et plus largement spirituelle. Une nourriture susceptible de passionner les Frères et Sœurs croyants et non-croyants.

BIBLIODRAME à Poitiers le 26 juin

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Nous nous retrouverons à La Maison-Saint-Hilaire de Poitiers, pour une séance de Bibliodrame le 26 juin de 17h30 à 20h30.

Participation individuelle : 36€

Maison Saint Hilaire
36 boulevard Anatole France
86000 Poitiers

Réservation nécessaire : 06 48 55 54 79

Le terme bibliodrame est composé de deux mots : Biblio = Bible, et Drama = action (grec). Cette méthode permet de vivre la Bible en mettant en scène les personnages bibliques. Cette pratique crée du lien entre le texte sacré et la vie de chacun. Il peut aussi être un puissant outil pour le dialogue inter-religieux.

Le texte devenant acte, il invite aussi à se penser, et produit un mouvement de rencontre avec un plus grand que soi. Il s’adresse à l’être humain dans son entièreté : corporelle, spirituelle, psychologique et sociale.

Le groupe de Bibliodrame sera encadré par une psychologue, psychothérapeute, psychodramatiste et un chrétien hébraïsant. Le groupe est ouvert à toute personne ayant un intérêt pour la culture judéo-chrétienne.

Aux racines de la pratique :

Ce qui est appelé communément « Bibliodrame », bien que sous des formes assez différentes, s’est lentement développé dans divers pays, principalement en Europe du Nord, tant dans les milieux catholiques que protestants. Divers groupes existent aussi dans les milieux juifs. Les premières expériences de ce type en milieu catholique se sont développées rapidement après le « Concile Vatican II ». Cette pratique est inspirée des pratiques thérapeutiques du « Psychodrame », une thérapeutique reconnue par les institutions médicales et hospitalière au niveau mondial et conçue par le psychiatre, psychosociologue et philosophe américain d’origine roumaine, Jacob Levy Moreno (1889-1974). Le Bibliodrame, par ailleurs, trouve ses racines les plus anciennes dans la méthode d’application des « 5 sens », recommandée par saint Bernard et saint Bonaventure. On peut aussi reconnaître la « Composition du Lieu » conçue par saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels. La « Composition du Lieu » vise à la contemplation de Dieu par des pratiques pouvant relever de l’art et notamment théâtral. On peut y voir aussi certaines analogies avec les recommandations de Maïmonide dans le « Traité des 8 chapitres » ou encore en diverses exercices de la mystique juive… Ou encore, de ce qui relève de l’ Anthropologie du Geste comme définie par le père Marcel Jousse (1886-1961). Les racines pluri-culturelles du Bibliodrame, permettent d’ouvrir cette pratique à toute personne ayant un intérêt pour la culture judéo-chrétienne.

Qui vous propose cette pratique ?

Florence Jacopé-Fouchereau née en 1971. Elle a une double licence : de sociologie et de psychologie. Elle est psychologue, psychothérapeute, psychodramatiste certifiée par l’IFREAP (Institut Français de Recherche et d’Application du Psychodrame). Son mémoire de certification porte sur la « concrétisation », c’est à dire le fait de rendre visible l’invisible, de montrer plutôt que de parler. Elle exerce en libéral à Melle (79) et anime des groupes de psychodrame réguliers. Ancienne directrice d’accueil collectif de mineurs, et famille d’accueil, elle a acquis une expertise en gestion et dynamique de groupe.

Bruno Jacopé-Fouchereau, né en 1963, poète, auteur, ancien grand reporter. Il étudia les grands mouvements religieux et leurs implications dans la géopolitique des grandes puissances. Collaborateur à Charlie-Hebdo, le Monde Diplomatique, Paris-Match, VSD, TF1, France 2, Canal +,… Auteur de cinq essais, il se consacre aujourd’hui à l’étude des principes et systèmes de «l’Imaginal» en rapport avec l’épanouissement social et individuel par la spiritualité des traditions judéo-chrétiennes. Hébraïsant, il transmet un certain nombre de techniques reçues d’une famille de marranes. Ces techniques singulières de « gestualisation de l’hébreu biblique » s’apparentent à l’anthropologie du geste (Marcel Jousse), et en permettent un apprentissage méditatif puissant.

Le chant des voyelles hébraïques…

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Quelques clés et propositions pour redécouvrir un Imaginal judéo-chrétien et ouvrir à la recherche dans les pas de Marcel Jousse1.

L’approche et la lecture des textes bibliques, aujourd’hui encore, reste souvent pratiquée sur un mode purement intellectuel. De petits groupes, souvent monastiques, travaillent en associant des temps de méditations à leur pratique exégétique. La technique la plus usitée aujourd’hui, dans les cercles chrétiens, est le lectio Divina, méthode héritée de la mystique juive du PaRdéS2, qui fut interprétée et adaptée par les pères de l’Église chrétienne et divers docteurs de la foi comme saint Benoît de Nursie, le patriarche des moines d’occident. Mais cela reste très en retrait au regard de ce que proposent de trésors les pratiques mystiques des chrétiens d’orient et surtout celles de la tradition hébraïques. Ces dernières disciplines et pratiques nécessitent de connaître un peu de l’hébreu sacré pour faire sens. Leurs sources principales et anciennes se trouvent dans une littérature imposante dite de la mystique du Char céleste (מְֶרכָָּבה / La Merkabah3) et du Palais (Sifrout ha-heikhalot / ספרות ההיכלות), développée dans le sillage du livre d’Ézéchiel. Cette littérature a été interprétée par de nombreux sages, tant juifs que chrétiens et musulmans. De ce fait, les techniques et disciplines fourmillent, des plus simples aux plus complexes, proposant une rencontre puissante avec la Source de toutes vies, par l’intercession du Saint Esprit ( רוח הקודש, ruach ha-kodesh ).

Dans le sillage de divers rabbins du XXe s. comme le rabbin Aryeh Kaplan4 et les compilation de textes comme celles de Marc Alain Ouaknin, ou encore les écrits retrouvés quasi-miraculeusement du rabbin du ghetto de Varsovie : Kalonymus Schapiro5 (1889-1943), les pratiques et mystiques de la traditions juives ont été révélées à un public plus large et des textes plus anciens ont été traduits et réédités. L’enrichissement culturel que chacun peut en tirer est donc de plus en plus accessible. Mais cela n’est réellement agissant que si l’on acquiert un peu d’hébreu biblique. Sans cela, le « cherchant » passera à côté de l’essentiel qui est cet aller retour permanent de l’intellectualité à la contemplation. Un aller retour qui ensemence, l’un et l’autre, l’intellectualité ramenant à la contemplation et inversement. Sans un peu d’hébreu biblique il est impossible d’accéder à ce qui fait le « sens » profond dans la rencontre vécue en contemplation. Utiliser de l’hébreu sans le comprendre, c’est s’exposer au risque de s’enfermer dans des pratiques qui s’apparentent à de l’occultisme ou à de l’idolâtrie.

Faut-il, aussi, que l’apprentissage de l’hébreu sacré ne soit pas seulement fait sur le « mode moderne » des enseignements universitaires, comme généralement pratiqué aujourd’hui. Ces derniers utilisent des méthodes pédagogiques sur le modèle des enseignements des autres langues vernaculaires. L’hébreu sacré n’est pas d’une nation. Il vise a édifier l’Israël mystique. C’est une langue vivante dédiée à la rencontre de Dieu… On ne doit pas pour autant opposer les méthodes (pédagogie traditionnelle mystique et pédagogie moderne), elles sont nécessairement complémentaires. Les sages d’Israël, et bien des docteurs de la foi chrétienne, ont mis l’accent sur le fait que les règles linguistiques de l’hébreu biblique sont les gardiennes de la bonne compréhension du message divin6. Néanmoins, l’enseignement moderne universitaire de l’hébreu biblique, ne déploie pas chez l’enseigné, outre la riche sémiologie du vocabulaire, cette relation à Dieu qui est intrinsèque à l’hébreu sacré et que met au travail les exercices des pratiques mystiques juives traditionnelles et notamment celles du PaRdéS évoquées plus haut. Pour découvrir ces exercices, le travail des voyelles hébraïques est un merveilleux portique, une merveilleuse première approche des puissantes techniques, ouvrant en cohérence à la théophanie judéo-chrétienne et tout particulièrement à la compréhension profonde des textes sacrés fondateurs de nos civilisations.

Il est à noter que la cabale a cristallisé les principales pratiques mystiques pour en proposer des techniques synthétiques, qui relèvent de disciplines particulièrement efficaces. Nous entrerons un peu plus dans le détail de cela plus loin. De même, notons que ces techniques cabalistiques influencèrent bon nombre de mystiques chrétiens catholiques dès la renaissance7. Ceci commence à être connu et accepté au-delà de quelques cercles de spécialistes. Les anathèmes lancés, sans discernement, contre ces techniques cabalistiques et pratiques traditionnelles juives furent trop longtemps l’œuvre d’ignorants ou de pseudo-savants, vrais fanatiques, soumis à cette peur irrationnelle de voir l’œuvre chrétienne délaissée au profit du judaïsme. En cette posture, ces censeurs démontrèrent surtout leur manque de foi et leurs lacunes. Par ailleurs, on ne peut que constater l’influence des techniques et des pratiques mystiques juives traditionnelles et antiques sur les pratiques du même ordre des « pères du désert » (IIIe et IVe siècles), sur la philocalie et l’hésychasme. Pour ne citer qu’un exemple, la technique du repliement sur le nombril, enseignée notamment par Syméon le nouveau théologien (né en 949, mort le 12 mars 1022), est directement en lien avec la « posture prophétique » (Tête entre les jambes) dite du prophète Élie pratiquée par les mystiques juifs et développée dans le Talmud8. N’oublions pas, enfin, que « l’appel du désert », œuvre de retrait du monde pour s’attacher à Dieu, mouvement d’être où l’on expérimente les pratiques et techniques mystiques en singularité et en partage avec ses pairs, est un thème absolument transversal et riche de partages millénaires pour les religions monothéistes.

De la vocalisation méditative à l’interprétation des textes :

La vocalisation des voyelles de l’hébreu biblique et les exercices qui peuvent en découler, font partie des disciplines traditionnelles de la mystique juive et de la cabale qui ouvrent, potentiellement, pour les hébraïsant, à une puissante compréhension des textes. Ces exercices peuvent être pratiqué avec bénéfice par les chrétiens. Par le chant des voyelles hébraïques, le corps est mis à contribution pour une juste invitation à recevoir les dons de ce que nos traditions judéo-chrétiennes nomment le Saint Esprit, en hébreu le ru’aḥ ha-qodesh (רוח הקודש). Ceci n’est pas sans rappeler, les neuf manières de la prière par le corps de saint Dominique9. La pratique de la vocalisation et le chant des voyelles hébraïques proposent diverses approches. La plus essentielle vise à faire résonner (vibrer) les voyelles (O, A, E/È/É, I, OU) en divers points du buste et de la tête. Sous l’influence d’Abraham ben Samuel Aboulafia (né en 1240 – mort probablement peu après 1291), le chant des voyelles fut associé à divers mouvements de tête10.

Exercice « simple » de vocalisation des 5 principales voyelles de l’hébreu

Pour comprendre la valeur mystagogique, philologique et traditionnelle des 5 principales voyelles de l’hébreu sacré, il est bon de retracer quelques éléments basiques de linguistique. Pour l’hébreu biblique, avant les massorètes11, les voyelles ne s’écrivait pas. Ce sont ces derniers qui instituèrent des signes pour que la prononciation hébraïque des textes bibliques puissent rester homogène dans l’ensemble de la diaspora. Les voyelles de l’hébreu, comme pour l’ensemble des langues dites sémitiques, pour la lecture devaient s’imaginer. Un exercice de décryptage du sens de chacun des mots, que l’on déduit du sens potentiel et plus général de la phrase. Il s’agit donc de penser l’invisible, par le visible. Les voyelles des langues sémitique, et plus particulièrement pour les textes sacrés des rouleaux de la Torah exposés dans les synagogues, ont toujours eu cette fonction imaginative du sens que l’on peut dire mystagogique, en lien avec l’invisible, le divin, qui réside au-delà de sa création. Avant les massorètes, l’apprentissage des voyelles passait principalement par un enseignement oral diffusé par les mères, pour leurs enfants. Les mères, souvent par des chants et des mélopées, visant à calmer leur enfant dès la vie intra-utérine, en étaient les premières initiatrices. Ces traditions12 qui ont longtemps survécus au Maghreb occidental restent, aujourd’hui encore, mal étudiées.

Les 22 consonnes de l’hébreu relèvent du visible et du temporel. Au regard de la cosmogonie hébraïque, si elles structurent notre univers, car étant à l’origine de la création, elles ne sont véritablement investies de sens et de puissance divine que par les voyelles qui, elles, relèvent du souffle divin (Esprit Saint) et donc de l’invisible. Le souffle divin donna naissance aux 22 lettres, par lesquelles l’univers fut créé. Le souffle divin qui s’exprime par les voyelles, met en ordre les 22 consonnes qui composent la création13. Les voyelles, invisibles, ineffables, éternelles, animent le visible dans le temporel, miroir dans lequel l’être humain peut percevoir son créateur. Les voyelles dans les langues sémitiques, ne s’écrivant pas, sont ce pont sonore, vibratoire et fluidique, révélant l’immatériel dans le matériel. Dans cette vision mystique, le son des voyelles est le structurant de la matière. Les voyelles sont les outils de la théophanie du langage. Elles ont la puissance de révéler le sens profond de chaque chose, rendant perceptible la présence divine qui y réside. Selon la cabale, ce sont les voyelles qui révèlent le nom de Dieu en chaque particule de la création. Pour ne prendre qu’un exemple, le verset 115 du Bahir14 dit : « Et le cercle15, que désigne-t-il ? Ce sont les points voyelles de la Torah de Moise qui ont tous une forme circulaire ; ils remplissent, dans les consonnes, une fonction semblable à celle de l’âme dans le corps humain, qui cesse de vivre aussitôt que l’âme le quitte et qui ne peut accomplir aucun acte, grand ou petit, sans que l’âme vibre en lui. Il en est de même en ce qui concerne la voyelle. On ne peut pas prononcer une parole quelconque, grande ou petite, sans avoir recours à la voyelle. » Cette théophanie et philologie des voyelles, inscrite aux racines de la linguistique de l’hébreu sacré, a été aussi fortement développée dans les textes du Zohar. Le premier à avoir transmis, par écrit, une pratique récitative mystique s’y rattachant est le Rabbi Abraham Aboulafia (déjà évoqué plus haut), principalement dans son texte : Lumière de l’intellect16, où, aux chapitres 27, 28 et 29, il propose diverses techniques pour faire « tourner » les voyelles sur les noms divins.

La science des voyelles et leur chant sur des gammes pentatonique, est aussi un bien commun du patrimoine universel des cultures du levant. Divers études anthropologiques modernes sur les théophanies des traditions monothéistes, ont mis en évidence des principes que l’on peut reconnaître dans la pratique mystiques du « chant » des voyelles sémitiques. Les pratiques vocaliques des anciens enseignements oraux des voyelles, à mon avis, relèvent de pratiques pédagogiques et initiatiques qui augmentent et complètent celles intégrées à la célèbre nomenclature de « l’Anthropologie du Geste » édifiée par le père jésuite et anthropologue, Marcel Jousse17. La récitation des voyelles, onomatopées non verbalisée, correspondant parfaitement aux pratiques du « mimisme18 » conceptualisées par l’anthropologue. L’inventaire précis de cela reste à faire.

Par ailleurs, on peut voir dans ces pratiques pédagogiques relevant de « l’Anthropologie du Geste », augmentées de celles des mystiques juives liées aux voyelles, un ressourcement judéo-chrétien possible de l’Imago Templi, concept principalement pensé à partir des pratiques soufis du Chi’isme Iranien par Henry Corbin19. Tropisme de Corbin pour l’Islam, qui ne permet pas aux cherchants construits sur des structurants culturels judéo-chrétien, d’accéder aux pratiques de leur propre mouvement civilisationnel. L’omission, notamment, des sources cabalistiques, ou leur sous-dimensionnement, dans le concept de l’Imaginal20 dont procède l’Imago Templi d’Henri Corbin, a suscité un débat scientifique significatif sur l’exhaustivité des éléments mystiques pris en compte. Rappelons que ce brillant esprit du XXe siècle, développa le concept d’Imaginal alors que beaucoup des éléments des traditions mystiques juives étaient mal connues en Europe et que dans les milieux universitaires français, on mettait sous le boisseau bien des éléments de la mystique chrétienne. Boisseaux qui commencent à être soulevé aujourd’hui et bien des trésors sont mis à disposition du plus grand nombre21.

Hors donc, traditionnellement, pour l’hébreu biblique et comme il se pratique encore aujourd’hui avec les rouleaux de la Torah utilisés rituellement dans les synagogues, mais aussi pour la lecture de l’hébreu moderne, les voyelles doivent être « imaginées », par le lecteur pour la compréhension et à fortiori pour la prononciation à haute voix des textes. Ce qui oblige, l’hébraïsant, à une gymnastique mentale constante. Cette gymnastique est d’autant plus aisée qu’elle est apprise dans l’enfance. C’est là où, la technique du chant des voyelles qui consiste à faire résonner les voyelles dans le corps, se révèle un excellent palliatif pour aborder l’hébreu biblique à l’âge adulte.

En guise de conclusion, il me semble intéressant de s’arrêter sur un des enseignements talmudiques qui met tout particulièrement l’accent sur le chant des voyelles, comme outil d’exploration du sens profond des textes. En l’occurence en s’attachant au verset III du chapitre I du Cantique des cantiques :

Les parfums sont suaves à respirer; une huile aromatique
qui se répand, tel est ton nom.
C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.

Dont le texte originel en hébreu est :

לְרֵיחַ שְׁמָנֶיךָ טוֹבִים, שֶׁמֶן תּוּרַק שְׁמֶךָ; עַל-כֵּן, עֲלָמוֹת אֲהֵבוּךָ

Le Talmud de Babylonne, dans son traité Avödah Zarah à XXXV/b, propose un exercice pratique d’interprétation de ce verset par le « Tserouf22 » des voyelles. En voici une traduction (les éléments entre parenthèses sont de mon fait pour faciliter la compréhension) :

Rav Nahman, fils de Rav Ḥisda, a proposé une lecture homilétique d’un verset : « Quelle est la signification de ce qui est écrit (C. des C. : 1:3)  : Tes parfums sont suaves à respirer; une huile aromatique qui se répand, tel est ton nom. C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment. Il s’agit d’une métaphore qui évoque un érudit de la Torah. À quoi est comparable un érudit de la Torah ? À un flacon de pélatine (huile précieuse aux propriétés sacrées). Lorsqu’il transmet ses connaissances, son parfum se diffuse ; lorsqu’il se retire du monde, son parfum ne se diffuse pas.

La Guémara (Étude parfaite) remarque : En outre, quand l’érudit de la Torah diffuse ses connaissances, les secrets qu’il ignorait lui sont révélés, il est dit : «Les jeunes filles (alamot/עֲלָמוֹת) t’aiment» (Cantique des Cantiques 1:3), et l’on peut lire, dans le verset, le mot alamot autrement (avec d’autres voyelles) et c’est alors  : aloumoth (secrets). Ainsi le verset dit : Les secrets t’aiment. Et encore, on peut lire : (toi l’érudit de la Torah) l’ange de la mort t’aime. Car autrement lu (avec d’autres voyelles) le mot alamoth (Les jeunes filles), on peut lire al mavêt (עַל מָוֶת/ange de la mort23). Alors le verset dit : l’Ange de la mort t’aime. Et encore, on peut comprendre que l’érudit de la Torah hérite des deux mondes. L’un est le monde présent (temporel), et l’autre est le Monde à venir (éternel), car on peut prononcer : alamoth (Les jeunes filles) autrement (avec encore d’autres voyelles), ce qui donne olamoth (les Mondes) , on peut donc lire le verset ainsi : Les Mondes t’aiment.

Le Talmud en invitant à prononcer le mot Jeune filles (Hâlamoth / עֲלָמוֹת) avec d’autres voyelles que celles du textes massorétique, permet un approfondissement spirituel qui est objet d’un enseignement. Il est nécessaire que l’on s’y attarde pour prendre la mesure de la richesse de l’exercice du chant des voyelles qui est ici mis en action. La première déclinaison invite à lire Hâloumoth (עֲלוּמוֹת) en remplaçant le « a » de la consonne lamed (ל) par un « ou » en l’occurence écrit (וּ). On comprend donc que le savant des textes sacrés, lorsqu’il partage ses connaissances en découvre d’autres. Ceci est profondément exact, car lorsque l’on formule ce que l’on connait pour un autre que soi et que l’on fait donc l’effort de se faire comprendre de lui, on intègre ce que l’on perçoit de l’autre et inévitablement, plus que formuler, nous reformulons. Dans cet exercice de « reformulation » pour rendre les choses accessibles à l’autre, très souvent, quelque chose d’autre apparaît. Plus encore, ce qui est transmis, entendu profondément par l’autre, va produire chez ce dernier une compréhension à l’aune de sa propre singularité et donc ce qui est perçu, est encore plus que ce qui à été initialement dit. Dans cette perspective d’augmentation de compréhension des textes sacrés, par le partage, la permutation des voyelles suivantes trouve toute son explication. En augmentant notre compréhension de Dieu par le partage de la compréhension des textes sacrés, nous amplifions la présence de Dieu, nos âmes se dilatent d’immortalité. C’est ainsi que l’Ange de la mort24 nous aime, car s’amenuise en nous ce qui est mortel (l’ange de la mort = עַל מָוֶת/al môèt). Enfin dernière permutation, on met dans le mot Jeune filles soit Hâlamoth (עֲלָמוֹת), un « o » à la consonne Ayine (ע), à la place du « a » et l’on obtient : Holâmoth (עוֹלָמוֹת) ce qui permet de lire « les mondes t’aiment ». De fait, au sens biblique, en augmentant l’Immortel en notre être, notre gloire en Dieu augmente dans l’autre monde, celui de l’éternité. Par cela, nous réalisons notre mission terrestre. Réalisation de notre mission, en exerçant notre libre arbitre, ce qui est l’espoir placé en toute vie humaine terrestre par la miséricorde divine. Ainsi le monde temporel et le monde éternel nous aiment


  1. Marcel Jousse est un chercheur en anthropologie et en linguistique. Il est né le 28 juillet 1886 à Beaumont-sur-Sarthe1 et mort le 14 août 1961 à Fresnay-sur-Sarthe. Ordonné prêtre en 1912, il entre en 1913 dans la Compagnie de Jésus. Élève de Marcel Mauss, de Pierre Janet, de Georges Dumas, de Jean-Pierre Rousselot, il côtoya les plus grands savants de son époque qui reconnurent en lui un chercheur exceptionnellement doué. ↩︎
  2. Le PaRDeS ou Pardès ou Pardes (פרדס) est un acrostiche de l’exégèse biblique judaïque. Il fait référence aux quatre approches exégétiques traditionnelles du judaïsme rabbinique, les 4 niveaux d’interprétations possibles dans l’étude de la Torah. Cet acrostiche est composé des lettres initiales de ces différentes approches :
    Pshat (פְּשָׁט), littérale
    Remez (רֶמֶז), allégorique
    Drash (דְּרַשׁ), homilétique
    Sod (סוֹד), mystique
    Dans la tradition de la Kabbale et du Talmud, Le PaRDS, s’apparente au mot « paradis », le « Pardès » désigne le jardin d’Eden, un lieu de la présence divine où l’étudiant de la Bible peut atteindre la béatitude parfaite et une presque complète compréhension de Dieu. ↩︎
  3. Les principaux textes traitant de la mystique de la Merkabah, soit la vision du trône céleste et du char divin, datent des Ve et VIe siècle . Cette littérature semble avoir ses sources dans des traditions orales hébraïques pouvant remonter à plusieurs siècles av. JC. Les textes de la littérature de la Merkabah ont été importés en Europe depuis les centres d’étude de Babylonie via la Grèce, l’Italie et l’Allemagne et ils ont été conservés dans des manuscrits datant du bas Moyen Âge. Ces textes ont fortement influencé la théologie chrétienne. La plupart portent le nom de « livre des Hekhalot » (livre des palais) et contiennent la description des palais et des épreuves que le mystique traverse dans son voyage vers le trône divin. Des mystiques chrétiens d’orient, comme saint Jean Climaque (né vers 579, mort vers 649) et d’occident comme sainte Thérèse d’Avila (née le 28 mars 1515 à Gotarrendura en Vieille-Castille et morte le 4 octobre 1582 à Alba de Tormes) y font référence. Les principaux acteurs juifs de cette littérature sont les tannaïm Yohanan ben Zakkaï, Rabbi Eliezer ben Hyrcanos, Rabbi Akiva, Ishmaël ben Elisha le grand prêtre (le grand-père du tanna Rabbi Ishmaël) et Nehuniah ben ha-Kanah (Talmud de Jérusalem Haguiga 2, Talmud de Babylone Shabbat 80b). Dans son Guide des Egarés, Maïmonide identifie le Ma’asé mercabâ avec ce qu’il tient pour la plus haute des sciences, la métaphysique, comme conduisant à la connaissance de Dieu. ↩︎
  4. Aryeh Kaplan, né le 23 octobre 1934 dans le Bronx à New York et mort le 28 janvier 1983 à Brooklyn dans la même ville, est un rabbin américain orthodoxe, ainsi qu’un penseur et auteur de plus de cinquante livres afférents au judaïsme. Depuis ses essais sur la Torah, le Talmud et la Kabbale jusqu’à ses publications sur la philosophie du judaïsme, il est l’une des figures importantes du mouvement baal teshuva. Sa formation scientifique lui avait valu d’être considéré comme « le jeune physicien le plus prometteur des États-Unis ». ↩︎
  5. Le Rabbi Kalonymus Shapiro (1889-1943), est une figure importante du hassidisme et de la résistance spirituelle au génocide perpétué par l’Allemagne Nazi. Kalonymus Shapiro fut rabbin au ghetto de Varsovie et l’on a retrouvé, conservés dans la terre, ses textes écrits pour essayer de trouver un sens face à cette inconcevable épreuve; mais aussi l’exposé de techniques de méditations et de contemplations inspirées de la cabale. Les éditions originales des textes de Rabbi Kalonymus Shapiro ont paru en hébreu, Ech Qodech (Le Feu saint) en 1960, à Bnéi Machavah Tova (Enfants d’une pensée bonne), en 1989. Plusieurs traductions ont paru en langue anglaise. Le rav Shapiro, aussi connu comme le Piaseczner Rebbe du ghetto de Varsovie, initia notamment la technique de méditation appelée Hashkata (le ‘calme’), en nous invitant à observer nos pensées, dans un processus intégrant la respiration en « trois temps ». Véritable anticipation de la Méditation Pleine Conscience, le rebbe invite à faire grandir en nous, à travers la répétition de mots choisis, les qualités que l’on souhaite incarner. Ses textes sont nourries d’implicites qui ouvrent sur diverses pratiques de prononciation des noms divins. ↩︎
  6. J’invite à lire sur mon site : https://lun-deux.fr/ , le texte que j’ai rédigé synthétisant cette même idée : La linguistique de l’hébreu biblique, un domaine crucial pour la bonne compréhension théologique des textes. ↩︎
  7. Pour baliser sur le plan historique cette affirmation, j’invite le lecteur à prendre connaissance, au moins, de deux choses. La première est l’imposant travail réalisé par le professeur Chaïm Wirszubski (1915-1977) et édité par les éditions de L’ÉCLAT, sous le titre : Pic de la Mirandole et la cabale. Ce livre contient aussi l’article du professeur Gershom Scholem (1897-1982) : Considérations sur l’histoire des début de la cabale chrétienne. La deuxième passe par l’étude de la vie d’un personnage qui est David Drach, beau-fils du Grand Rabbin de France (Emmanuel Deutz), devenu le chevalier Paul-Louis-Bernard Drach (né le 6 mars 1791 à Strasbourg et mort en janvier 1865 à Rome). Ancien rabbin français d’origine alsacienne, cabaliste, converti au catholicisme, il fut bibliothécaire de la Congrégation pour la propagation de la foi à Rome. ↩︎
  8. A ce sujet j’invite à lire « La tête entre les genoux ». Contribution à l’étude d’une posture méditative dans la mystique juive et islamique, du prof. Paul B. Fenton dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuse, Vol.72, 1992/4 p. 413 à 426. ↩︎
  9. J’invite à découvrir sur ce sujet, le livre de la sœur Catherine Aubin (dominicaine) : Priez avec son corps, à la manière de saint dominique, aux éditions CERF. ↩︎
  10. Pratiquant depuis de nombreuses années cette technique, j’invite ceux et celles qui souhaiteraient aborder cela de manière pratique à entrer en contact avec moi (bruno.fou32@gmail.com). ↩︎
  11. Les massorètes (hébreu בעלי המסורה ba’alei hamassora, « maîtres de la tradition ») deviennent les transmetteurs de la Massorah, la tradition de transmission qui se veut fidèle de la forme textuelle de la Bible hébraïque, ainsi que de ses nuances de prononciations et de vocalisations, pratiquées en diverses époques. Il s’est agit, pour les massorètes, de préserver à la fois le souvenir d’anciennes prononciations et significations et d’en unifier la pratique. ↩︎
  12. Pour découvrir les anciennes coutumes éducatives des mères juives, j’invite à découvrir le travail de David Rouach et notamment son livre édité par Maisonneuve & Larose : ‘imma, ou rites et coutumes et croyances chez la femme juive d’Afrique du Nord. De même celui de Haim Zafrani (historien franco-marocain, chargé de recherche au CNRS, né le 10 juin 1922 à Essaouira et mort le 31 mars 2004 à Paris) : Pédagogie Juive en terre d’Islam, aux éditions Adrien Maisonneuve. ↩︎
  13. On trouve des récits « précisant et augmentant » le processus divin de création de l’univers tel qu’on le lit dans la bible (genèse) dans de nombreux textes et notamment dans le Talmud. On retrouve dans les textes fondamentaux de la Kabbale, ce récit où Dieu créé l’univers entier avec les lettres telles qu’elles sont présentées dans la Torah. Divers ouvrages de la tradition juive enseignent que toutes les lettres de l’alphabet hébreu furent présentées à IHWH et qu’il choisit comme point de départ, la deuxième lettre, Beith (ב)qui est la première lettre du premier mot de la Torah –Bereshit – « Au début ». De plus, les diverses combinaisons des lettres (consonne et voyelles) dans toutes leurs permutations se sont manifestées pour participer à la Création de l’univers (Zohar II, 204a). Ainsi dit le Zohar: « Lorsque le Saint, Béni soit-Il, créa le monde, il le fit par le pouvoir secret des lettres » (Zohar IV, 151b). ↩︎
  14. Le Sefer HaBahir (Livre de la Clarté) date de la fin du XIIe siècle de l’ère courante et réinterprète un traité plus ancien, le Sefer Yetsirah (le Livre de la Création). Bahir peut se traduire par « dans la Lumière », mais aussi par « dans la Sérénité. » Ce livre développe un système de mystique juive appuyé sur la notion rabbinique fort ancienne de Shekhina, conçue comme l’Immanence Divine de l’Ineffable et Saint Nom dont la vie intérieure s’organiserait en dix puissances créatrices, les Sefirot énumérées dans le Sefer Yetsirah. ↩︎
  15. Les signes massorétiques (voir note 8) qui permettent de reconnaître les « bonnes » voyelles dans les textes bibliques se présentent sous forme de point, soit des cercles. ↩︎
  16. Lumière de l’intellect (’Or ha-Sekhel אוֹר הַשֶּׂכֶל) ouvrage d’Abraham Aboulafia, a fait l’objet d’une magnifique et prestigieuse publication (2021) par les éditions de l’Éclat, traduit et annoté par Michaël Saban en partenariat avec l’Institut Beit Ha-Zohar, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation du Judaïsme Français. ↩︎
  17. Marcel Jousse (voir aussi la note : 1) est le créateur d’une nomenclature d’études scientifiques du champ pédagogique : l’Anthropologie du Geste. Il s’agit d’étudier le rôle du geste et du rythme, dans les processus de la connaissance, de la mémoire et de l’expression humaine. Cette science vise à opérer une synthèse entre disciplines diverses: psychologie, linguistique, ethnologie, psychiatrie, sciences religieuses et exégétiques, pédagogie profane et sacrée… Les développements de l’Anthropologie du Geste par les neuro-sciences ont remis en exergue les théories de Marcel Jousse, validant des dynamiques cognitives propre aux enseignements mystiques. ↩︎
  18. Au premier rang de ces lois et mécanismes, Jousse place le mimisme , qui est à l’origine de tous les processus de formation de la parole, de la pensée, de l’action logique dans les divers milieux ethniques. Le mimisme est cette force spécifique de l’Anthropos, aussi mystérieuse mais aussi irrécusable et irrépressible que la faim ou la soif, qui fait que l’enfant rejoue spontanément les sons, les mouvements, les « gestes » (ce mot recouvre, chez Jousse, tout ce qui peut être enregistré par les sens) de son univers. ↩︎
  19. Henry Corbin, né le 14 avril 1903 à Paris et mort le 7 octobre 1978 dans cette même ville, est un philosophe, traducteur et orientaliste français. ↩︎
  20. Henry Corbin, né le 14 avril 1903 à Paris et mort le 7 octobre 1978 dans cette même ville, est un philosophe, traducteur et orientaliste français. ↩︎
  21. Dans les milieux catholiques, la difficulté majeure vient de ce qui est appréhendé dans la pensée gnostique au regard de l’hérésiologie. Et c’est un véritable marqueur de la difficulté grandissante qui sépare le sens des mots utilisées dans la catholicité d’une part et le monde universitaire d’autre part. Le mot « gnostique » qui vient souvent qualifier ce type de pratiques, est rattaché, pour les catholiques aux dérives manichéennes et à des systèmes de pensée que l’on pourrait taxer de totalitaire. La pensée gnostique juive historique, comme appréhendée dans les milieux universitaires qui en ont fait l’étude, rejette fondamentalement les dérives manichéennes et dualistes, même si celles-ci s’inspirèrent d’éléments gnostiques. L’amalgame de la vision « hérésiologique catholique » a encore été rappelé par le Pape François en avril 2018 avec beaucoup de virulence, affirmant que « …le gnosticisme ne laisse pas de place à l’incertitude et recherche une illumination intérieure qui fera dire au gnostique : je sais, et non pas : je crois. » Mais ce qu’évoque le Pape, à juste titre sur le fond de sa pensée, est une dérive des doctrines et pratiques regroupées de manière indifférenciées par les hérésiologues sous l’étiquette « gnostiques ». Des dérives comme peuvent en connaître bien d’autres mouvements spirituels et notamment dans la catholicité elle-même. Si l’on reste vigilant à la sagesse traditionnelle Judéo-chrétienne qui invite à border les pratiques par le questionnement permanent (esprit critique et recherche des sources), la références aux pairs (dialectique) et aux pères (par les textes), l’orgueil et les visions totalitaires, ne peuvent que difficilement prendre part au cheminement. ↩︎
  22. Le Tserouf est une méthode interprétative qui invite à permuter, voyelles et consonnes d’un mot ou d’une phrase pour en découvrir le sens profond. Pratiquée dans la culture hébraïque certainement plusieurs siècles avant JC, cette pratique est l’objet d’une imposante littérature et principalement produite par les sages de la cabale (juifs et chrétiens) de l’époque médiévale jusqu’à aujourd’hui. ↩︎
  23. La traduction de « Ange de la mort » du mot hébreu al mavêt (עַל מָוֶת) est généralement évoquée dans les commentaires, littéralement l’expression pourrait se traduire par : Celui qui est sur la mort/ celui qui a la mort en charge. ↩︎
  24. In Jewish tradition and Talmudic teachings, the Angel of Death doesn’t like to give death, in fact it’s a terrible sadness for him… ↩︎

Stage Niveau débutant

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Initiation à l’hébreu sacré méditatif

Participez à 3 journées de pratiques méditatives autour des 22 lettres & du portique des voyelles.

Pré-inscription et informations :

Par tel : 06 48 55 54 79

Ou par courriel : bruno.fou32@gmail.com

A quoi s’attendre :

Il s’agit d’expérimenter l’harmonie, la paix et la cohérence du plus grand que soi… Et de découvrir comment l’hébreu biblique fait surgir ces merveilles à la source de nos singularités. Cette expérience est accessible à toute personne ayant un intérêt pour la culture judéo-chrétienne. Aucune connaissance particulière de l’hébreu n’est nécessaire, mais cela peut-être un plus.

Nous avons la chance de pouvoir vivre ce WE d’initiation, dans trois maisons qui entourent la chapelle de Notre-Dame-de-Pépiole, un lieu de nature magnifique dont les origines remontent au VIe siècle. La chapelle, d’époque mérovingienne, est l’un des plus vieux monuments paléochrétiens de France.

Pour en savoir plus sur la pratique proposée :
https://lun-deux.fr/apprentissage-meditatif-de-lhebreu-biblique/

Pour découvrir la Chapelle où nous pratiquerons des exercices (cliquez sur l’image !) :

Éléments pratiques :

Le prix pour les enseignement est de 250 euros/pers pour le WE.

Un hébergement est proposé dans trois maisons jouxtant la chapelle de la communauté de Notre-Dame de Pépiole. La participation aux frais d’organisation, plus l’hébergement, l’accès au parc, à la chapelle, et la salle de travail pour les deux jours sera de 120 euros/pers.

A l’inscription le montant à verser par virement sera de 50% de la somme totale, soit : 185 euros. Cette somme restera acquise en cas de désistement. Le solde sera à régler à l’arrivée au stage. Vous recevrez un IBAN suite à votre prise de contact. N’oubliez pas de signifier dans l’ordre de virement « Réservation Initiation à l’Hébreu Sacré méditatif » ou « Réserv. IHSM »

Un échange téléphonique individuel, à l’inscription permettra de parfaire l’organisation, mais aussi de faire le point avec chacun pour que ce WE soit le plus en phase possible avec les singularités et attentes.

Vous êtes donc invité à envoyer un courriel pour signifier votre inscription :
bruno.fou32@gmail.com
ou directement par téléphone : 06 48 55 54 79

Nous préparerons nos repas collectivement avec ce que chacun aura apportés. Une cuisine parfaitement aménagée et dotée sera à notre disposition. Nous pourvoirons collectivement au dîner du vendredi soir, du petit déjeuner, déjeuner et dîner du samedi et du petit déjeuner et déjeuner + collation du dimanche. Soit 2 petits déjeuners, 2 déjeuners, 2 dîner. Les petits déjeuners seront largement pourvu par les organisateurs.

Selon la répartition dans les chambres, chacun devra se pourvoir, de ses linges de toilettes et draps.

Le groupe sera de 10 personnes maximum.

Au programme :

Nous pratiquerons le chant des 5 principales voyelles de l’hébreu, dans la plus pure tradition antique en rapport avec les 5 degrés de l’âme de la mystique hébraïque.

Nous ferons l’expérience de la visualisation du bouclier de David et de la posture prophétique (liée au Shema Israël et au prophète Élie).

Vous découvrirez aussi la puissance de la méditation des dix profondeurs. Une pratique contemplative, liée à l’Arbre Séphirotique de la tradition mystique juive. Mais aussi liée à certaines évocations des évangiles comme dans Éphésiens 3:18-19.

Ces techniques de « gestualisation de l’hébreu biblique » sourcées aux techniques mystiques juives, s’apparentent aussi à l’anthropologie du geste (Marcel Jousse-Pére Jésuite), de même à l’Hésychasme des chrétiens orthodoxes. Elles permettent un apprentissage méditatif puissant de l’hébreu biblique.

Sortie du livre : « L’Union des souffles »

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« L’Union des souffles », le dernier livre de Bruno Jacopé-Fouchereau

Une parution aux Éditions Unicité, Collection Poètes francophones planétaires, sous la direction de Pablo Poblète.

Couv et 4e
Disponible dès le 12 octobre

Le livre peut-être commandé chez l’auteur (18 euros) qui vous dédicacera son livre. (sup. courrier suivi : 6,90€). Les livres peuvent être retirés chez l’auteur paiement sur place sur RdV : 06 48 55 54 79 .

VOICI UN LIEN POUR COMMANDER : https://www.paypal.com/ncp/payment/FY6BP8RMX4HRC

« L’UNION DES SOUFFLES » ou Le mystère hébraïque des Ailes de Mélusine…

Au centre du livre L’Union des Souffles vibre le mystère des ailes de la Fée Mélusine. Ce mystère se révèle à la lumière de son hébraïsation, racines de la chrétienté. Beaucoup de l’espoir surréaliste puisait là…

Pour découvrir ces merveilles promises, terre de tous les espoirs, Bruno Jacopé-Fouchereau nous entraine de Barcelone à Clisson en Bretagne, aux terres angevines berceau de Lancelot, puis de Jérusalem à Prague…

En ces Hauts-Lieux il « déposa » ses poèmes pour mieux entendre la source de toutes vies et interroger son Nom. L’Union des Souffles, avant d’être un recueil de poésies et de proses mystiques, est un témoignage concret d’une certaine pratique de l’Imaginal judéo-chrétien.

L’élan civilisateur d’Occident se morfond, ce type de pratiques peut être une fontaine de jouvence. Par cela nos racines se revitalisent, c’est notre seule chance d’échapper à la confusion, cause de toutes les violences… Mais tout doit se faire en rythmes et rendez-vous, en métaphorisations et créativités… En cela, la pierre de Jacob nous offre sa mémoire pour tisser de nouveaux cieux. La joie, l’authentique liberté, la sortie de l’esclavage, tout y est offert ! Ce recueil en est un manifeste. Rappelons-le, de Prague à Barcelone, en passant par les terres bretonnes, aux racines du Lupin poitevin, sans oublier Jérusalem, ce recueil invite aux-rendez-vous des merveilles, aux rythmes sacrés et pourtant séculiers, séculiers de tous temps. Rythmes sans lesquels notre présent est vain. Mélusine n’oubliait jamais son temps de Sabbath où elle plongeait en l’eau d’intelligence, mikvé purificatrice, bain de « surréalité », contemplation fluidique du non-manifesté, l’indicible, véritable structure du réel…

C’est ainsi, seulement et par ce rythme de retrouvailles, que la réalité commune se parle, que la cohérence se donne… Enfin la pierre trouve sa bouche et son langage est chant d’oiseau !

L’auteur :

Bruno Jacopé-Fouchereau, né en 1963, s’affirme en un mouvement d’être inspiré des légendes du Poitou. Pour lui,Mélusine est une grande tante, et Gargantua un cousin bien-veillant. Poète, auteur, mythologiste, hébraïsant, ancien grand reporter et spécialiste des organisations criminelles, terroristes, sectaires et totalitaires. Il étudia les grands mouvements religieux et leurs implications dans la géopolitique des grandes puissances. Collaborateur à Charlie-Hebdo, Le Monde Diplomatique, Paris-Match, VSD, TF1, France 2, Canal +,… Auteur de cinq essais, il se consacre aujourd’hui à l’étude des principes et systèmes de « l’Imaginal » en rapport avec l’épanouissement social et individuel par la spiritualité des traditions et mythologies judéo-chrétiennes. Hébraïsant, iltransmet un certain nombre de techniques reçues d’une famille de Marranes installées enBretagne au XVIIIe siècle. Ces techniques singulières de « gestualisation » de l’hébreu biblique s’apparentent à l’anthropologie du geste (télécharger un PDF), un concept établit par Marcel Jousse. Ces techniques, ont aussi une forte analogie avec celles de l’Hésychasme. Elles permettent un apprentissage méditatif puissant.