La kabbale et ses forces psychothérapeutiques

Share

Une proposition pour dialectique, de Bruno Jacopé-Fouchereau : bruno.fou32@gmail.com

Ce texte n’aurait pu voir le jour sans l’aide de mon épouse Florence Jacopé-Fouchereau (Psychologue, psychodramatiste…). Il est grandement le fruit de nos échanges et regards croisés qui ont mis nos pratiques en dialogues.

Herméneutique Sacrée et Clinique de l’Inconscient :

Éléments pour une épistémologie des convergences entre les pratiques mystiques de la kabbale et de la mystique chrétienne avec certaines psychothérapies. Analogies, transpositions et bases de réflexions pour l’expérimentation de modélisations thérapeutiques.

L’histoire de la psychothérapie moderne est sous-tendue par une tension permanente entre le désir d’émancipation vis-à-vis des dogmes religieux et la réutilisation non avouée de leurs structures fondatrices. En cherchant à fonder une clinique rationnelle, la psychiatrie et la psychanalyse se sont érigées en disciplines séculières. Toutefois, la réévaluation historique et conceptuelle des origines de l’approche psychodynamique révèle une « dette » profonde envers les traditions contemplatives, au premier rang desquelles figure la Kabbale (קַבָּלָה: « réception » ou « tradition »). Plusieurs chercheurs ont démontré que les modèles théoriques, notamment de Sigmund Freud et de Carl Gustav Jung transposent sous une forme laïcisée, des représentations mystiques de la psyché et du langage. Jung reconnaissait[1] lui-même que la théosophie juive avait anticipé l’architecture de sa psychologie analytique, notamment les concepts d’archétype, d’intégration de l’ombre[2] (ce qui n’est pas exploré) et les dynamiques de l’individuation.

Dans le champ contemporain de la psychologie clinique, de l’anthropologie et de la philosophie, les travaux du psychologue Sanford Drob (voir encadré à la fin de l’article) ont formalisé la « Nouvelle Kabbale » [3]. Drob démontre que les symboles de la mystique juive ne constituent pas seulement des objets d’études historiques, mais fournissent une matrice herméneutique capable d’éclairer et de structurer diverses pratiques psychothérapeutiques[4]. Loin d’être de simples spéculations ésotériques, les méthodes kabbalistiques proposent une sémiotique de l’inconscient, une ontologie de la souffrance et des dispositifs de transformation qui préfigurèrent la psychanalyse lacanienne, la psychogénéalogie, la musicothérapie ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales, notamment celles axées sur la pleine conscience[5].

La proposition de ce texte vise un début d’analyse comparative dans les milieux francophones, entre les pratiques kabbalistiques traditionnelles et les modalités thérapeutiques utilisées dans les institutions médicales et en milieu libéral. Il s’agit de dégager quelques mécanismes psychologiques sous-jacents à ces techniques afin d’ouvrir des perspectives pour la recherche empirique. Le projet est d’aboutir à des ateliers d’expérimentation pluridisciplinaire qui pourraient naître via des temps de conférences et d’études alimentées par diverses ressources (à définir). Il s’agirait aussi de concevoir et modéliser l’utilisation de l’hébreu biblique dans les processus thérapeutiques comme puissance d’activations d’archétypes et d’imaginaires de la sphère culturelle judéo-chrétienne. Sachant que l’apprentissage des rudiments d’hébreu pour pratiquer, peut être considéré comme une thérapeutique elle-même, du moins, si l’hébreu biblique est instruit par une pédagogie constituée des techniques mystiques de la kabbale : gestualisations, souffles, vocalisations et chants. Autant de techniques qui entrent dans la nomenclature de l’Anthropologie du Geste inventée par l’anthropologue et père Jesuite Marcel Jousse[6]. A ce sujet j’invite le lecteur à lire mon article : « Le chant des voyelles hébraïques… » : https://lun-deux.fr/le-chant-des-voyelles-hebraiques/

1. La déconstruction textuelle et la métaphorisation : Guematria, Tzérouf,… l’inconscient structuré comme un langage…

La tradition kabbalistique appréhende l’univers comme une réalité intrinsèquement linguistique, dont la matière première est constituée par les lettres de l’alphabet hébraïque de 22 consonnes, qui forment elles même un champ symbolique créatif qui s’anime par les voyelles. Le texte sacré n’est donc pas considéré comme un récit figé, mais comme un organisme vivant, plastique et doté d’une infinité de sens en cohérence avec ce qui est humainement incompréhensible « l’intelligence divine ». Pour accéder à ces dimensions cachées et s’en faire les réceptacles en un but prophétique, les kabbalistes ont élaboré des techniques exégétiques et extatiques d’une grande sophistication sémiotique, qui trouvent un écho puissant dans la théorie de l’inconscient et le post-structuralisme[7].

Sémiotique mystique et dé-automatisation cognitive

L’herméneutique kabbalistique s’appuie sur quatre méthodes principales de mise en pensées des lettres/consonnes (22), de leur vocalisation par les 5 principales voyelles, et des textes. La Guematria (גְמַטְרִיָּה, « calcul numérique ») associe une valeur chiffrée à chaque lettre, établissant des ponts sémantiques entre des termes de même somme numérique pour faire émerger des équivalences cachées. Le Tzérouf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») consiste à permuter la séquence des lettres d’un mot et de ses voyelles afin de démanteler sa coque formelle et d’en dégager de nouveaux signifiants. Le Notarikon (נוֹטָרִיקוֹן, « acronyme »/« scribe ») extrait les lettres initiales ou finales d’une série de mots pour former un terme synthétique, ou inversement, développe un mot unique en une phrase complexe (il existe d’autres pratiques). Enfin l’analyse des racines[8] (principalement trilitère) à partir desquelles sont construits tous les mots de l’hébreu biblique.

D’un point de vue clinique, ces pratiques semblent pouvoir agir comme des vecteurs de désautomatisation sémantique. Le sujet névrotique se caractérise fréquemment par un enfermement dans un récit rigide, un réseau de représentations pétrifiées qui alimentent la rumination et le symptôme. L’application des techniques kabbalistiques évoquées plus haut, forcent la pensée à se détacher du sens manifeste pour explorer la fluidité des signifiants. Cette décomposition textuelle semble pouvoir libérer la parole des automatismes conscients et permettre l’émergence d’associations libres, processus fondamental de la phase analytique d’une cure.

L’instance de la lettre chez Lacan et la métaphorisation freudienne

Cette conception de l’univers régie par les lois du langage rejoint la thèse de Jacques Lacan selon laquelle l’inconscient est structuré comme un langage. Dans son séminaire sur l’instance de la lettre dans l’inconscient[9], Lacan démontre que les formations de l’inconscient (rêves, lapsus, mots d’esprit, symptômes) opèrent selon deux glissements sémiotiques fondamentaux : la métaphore, qui relève de la substitution d’un signifiant à un autre, et la métonymie, qui s’appuie sur la connexion de signifiant à signifiant.

Ce processus de métaphorisation est la reprise directe des mécanismes conceptualisés par S. Freud du travail du rêve, à savoir la condensation (Verdichtung) et le déplacement (Verschiebung).

Le Notarikon opère, lui, comme une condensation linguistique où plusieurs termes sont réduits à une seule structure, tandis que le Tzérouf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») applique un déplacement le long de la chaîne alphabétique en faisant tourner dans un même mot ou phrases des consonnes et des voyelles. Le Notarikon (acronymes) permettent de faire émerger le sens profond d’une phrase. L’étude des racines déploie la sémiologie d’un mot… Ces techniques, si elles étaient utilisées en psychothérapie pourraient augmenter la flexibilité sémantique du patient pour l’amener à restructurer la métaphore de son symptôme et à produire de nouvelles significations existentielles.

La déconstruction derridienne et le Tzimtzum lurianique, un autre champ de réflexions des forces thérapeutiques de la kabbale.

Sur le plan philosophique, les techniques kabbalistique ont été mises au service du déconstructivisme théorisée par Jacques Derrida[10]. Derrida remet en cause le mythe d’un sens ultime ou d’une présence originelle figée, affirmant que le texte produit un jeu infini de renvois et de différences. La pensée derridienne entre en résonance étroite avec le concept kabbalistique de Tzimtzum (צִמְצוּם, « retrait » ou « contraction »), formulé par Isaac Louria au XVIe siècle. Selon ce mythe cosmogonique, l’Absolu divin, le Ein Sof (אֵין סוֹף, « sans fin » ou « l’Infini »), s’est retiré de lui-même pour créer un vide primordial, espace nécessaire à l’émergence de l’altérité et de l’univers temporel.

En transposant cette même dynamique du Tzimtzum[11] à la clinique, Sanford Drob souligne que le Ein Sof agit dans le cadre thérapeutique comme un conteneur infini. Le thérapeute, en pratiquant une forme de Tzimtzum—c’est-à-dire en réprimant son désir de maîtrise, d’interprétation dogmatique ou de clôture du sens—ouvre un espace vide au sein duquel le patient peut déployer la pluralité de son récit personnel. La psychothérapie devient alors un processus herméneutique indéfiniment ouvert où aucune interprétation ne vient sceller définitivement la vérité du sujet.

2. Ontologie nominale et psychogénéalogie : L’analyse kabbalistique du nom du sujet et la clinique transgénérationnelle

Au sein du système kabbalistique, le prénom (ou les prénoms) et les noms propres (Shem / שֵׁם, « nom » mot/racine de l’hébreu évoquant aussi l’écoute) d’un individu n’est en aucun cas une convention arbitraire ou une simple étiquette sociale. Ils constituent (une fois hébraïsé pour les personnes dont le nom n’est pas juif) la structure vibratoire, l’empreinte ontologique et le programme spirituel de l’individu; conditionnant, paradoxalement, son individuation. Le Sefer Yetzirah[12] (סֵפֶר יְצִירָה, « Livre de la Structuration ») enseigne que les Noms divins et les noms des créatures, sont les canaux par lesquels l’énergie créatrice s’incarne dans le monde matériel. L’analyse des lettres composant le nom d’une personne, les valeurs guimatriatiques qui en découlent et le souffle des voyelles qui l’animent, offrent ainsi une grille de lecture des tensions, des héritages et des potentiels qui traversent l’existence du sujet. Il est important de noter que l’analyse kabbalistique du nom d’une personne est une pratique traditionnelle rabbinique, visant à soigner une personne souffrante, et/ou à l’aider à s’harmoniser avec le « plan divin »…

La psychogénéalogie et le mandat inconscient du prénom et du nom

Cette conception d’une puissance régénératrice, souffle divin de cohérence et d’harmonie, logée dans le nom de chaque être vivant, trouve son pendant contemporain dans les travaux de psychogénéalogie développés notamment par Anne Ancelin Schützenberger[13]. À travers l’élaboration du génosociogramme—un arbre généalogique commenté intégrant les événements de vie, les traumatismes non dits, les maladies et les dates anniversaires—la clinique transgénérationnelle démontre que les individus sont souvent pris dans des réseaux de loyauté familiale invisible. Au cœur de ce dispositif figure l’étude minutieuse du prénom. Le choix d’un prénom par les parents n’est jamais le fruit du hasard ; il matérialise le « projet-sens », c’est-à-dire l’ensemble des désirs inconscients, des deuils non faits, des attentes ou des doutes transmis par le lignage… La psychogénéalogie met donc en évidence la présence dans les prénoms, de cryptogrammes, dont les sonorités ou les syllabes codent des drames familiaux sous-jacents.

Possibles convergences méthodologiques : Du décodage kabbalistique à la libération généalogique

L’intégration de la grille de lecture kabbalistique à la clinique transgénérationnelle pourrait permettre de croiser le décodage symbolique des lettres et l’investigation des secrets de famille en libérant des forces imaginatives et conceptuelles. En décomposant le nom et le prénom « hébraïsé » d’un patient à l’aide des racines sémantiques ou des équivalences numériques, le thérapeute formé aux techniques de la kabbale, pourrait aider le sujet à identifier la charge inconsciente qu’il transporte à son insu. La mise en lumière de ces réseaux de significations pourrait permettre aussi au patient de se dégager des répétitions névrotiques et de transformer un destin subi en un choix de vie conscient.

Dimension d’analyse Herméneutique nominale kabbalistique Psychogénéalogie (Ancelin Schützenberger)
Statut du Nom et Prénom Matrice ontologique et structure vibratoire de l’être (Shem / שֵׁם, « nom »/« écoute »). Réceptacle du « projet-sens » et du mandat inconscient.
Outils méthodologiques Guematria (גְמַטְרִיָּה, « calcul »), Tzerouf (צֵרוּף, « permutation »), décomposition en racines (hébraïque). Génosociogramme, analyse des syllabes, étude des homonymies.
Source du conflit Déconnexion entre le nom incarné et l’archétype spirituel. Loyauté familiale invisible, traumatismes non élaborés.
Objectif thérapeutique Tikkun (תִּקּוּן, « réparation ») du nom, réalignement spirituel. Chants de Noms divins (technique des Shem Hamephoresh,…) Désactivation des répétitions, réappropriation du destin.

3. Dimension sonore, musicothérapie et restructuration cognitive : Le Nigoun et la quête de la Nekoudat Ha-Tov

Le développement du mouvement hassidique[14] au XVIIIe siècle a opéré une démocratisation de la Kabbale en plaçant l’affect, la musique et l’enthousiasme émotionnel au centre de la vie spirituelle. Deux pratiques h’assidiques de cet ordre offrent des analogies particulièrement fécondes avec la musicothérapie et la 3ème vague des thérapies cognitivo-comportementales : le chant du Nigoun (נִגּוּן, « air » ou « mélodie ») et la recherche de la Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »).

Le Nigoun comme modalité musicothérapeutique

Le Nigoun est une forme de chant mystique sans paroles, fondé sur la répétition de syllabes répétitives et rythmiques (lettres vocalisées). Cette pratique, en son degré le plus abouti, associe la verbalisation de « noms divins » (Shem Hamephoresh[15]) et finalise le cheminement d’analyses kabbalistiques par la guématria, le Tserouf… d’éléments médités et verbalisé, mais aussi dans le cadre de l’étude kabbalistique du nom d’un individu. Contrairement aux liturgies textuelles, le Nigoun vise à dépasser les constructions intellectuelles pour s’adresser directement aux couches profondes de la psyché. Dans la kabbale, le principe d’alterner intellectualité et contemplation est fondamentale, ce sont les deux jambes grâce auxquels le mystique avance vers sa rencontre avec Dieu. Techniquement, il s’agit d’arriver au point de saturation de l’intellectualité pour entrer en contemplation de ce qui ne peut-être conçu et inversement. Généralement, les mystiques de la kabbale, selon leur dire, se découvrent alors une capacité intellectuelle amplifiée qui leur permet de penser des réalités divines qu’il ne pouvaient concevoir et exprimer précédemment… Ils poussent alors ces nouvelles capacités jusqu’à leur saturation, pour entrer à nouveau en contemplation… Il existe tout une série de techniques pour s’appliquer à cette discipline.

La structure classique d’un Nigoun suit un arc dramatique et une dynamique précis : il débute par une mélodie lente et nostalgique, exprimant la détresse, la mélancolie ou le sentiment d’exil, puis accélère progressivement jusqu’à atteindre un rythme dynamique favorisant la joie et la catharsis.

Sur le plan de la recherche en musicothérapie et en psychotraumatologie, le Nigoun pourrait constituer un outil d’intervention somatique d’une grande efficacité. Les états de souffrance psychique et les traumatismes complexes sont largement encodés dans les structures sous-corticales du cerveau et le système nerveux autonome, les rendant partiellement inaccessibles à la seule thérapie par la parole. La vocalisation non verbale, combinée à la répétition rythmique, produit un effet de transe et permet de :

  1. Réguler l’axe du stress en stimulant le système nerveux parasympathique et le nerf vague.
  2. Contourner les défenses névrotiques et les inhibitions verbales pour autoriser l’expression directe des affects bloqués.
  3. Créer un état de synchronisation relationnelle et d’accordage affectif au sein d’un groupe thérapeutique. Surtout si ce que l’on chante (Shem Hamephoresh / nom divin / nom de force) est issu d’un cheminement de type kabbalistique comme évoqué.

La Nekoudat Ha-Tov : Réencadrement cognitif et alchimie de l’Ombre

Sur le plan de la psychologie de la motivation[16] et de la restructuration cognitive[17], on peut mettre en analogie ce que le Rabbi Nahman de Breslov (1772-1810) a formalisé par le concept kabbalistique de Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »). Dans ses enseignements du Likutey Moharan, Rabbi Nahman pose qu’aucun individu, quelle que soit l’ampleur de sa dégradation morale, de sa tristesse ou de son sentiment de culpabilité, n’est totalement dénué de bien, ni de ressource pour la techouva (תשובה = retour à dieu/repentance/réponse). Cette idée rejoint ce que l’IFS (Internal Family System) nomme le Self[18] qui est une ressource inaltérable que chacun possède.

Le devoir du guide spirituel, le Zaddik (צַדִּיק, « juste » ou « guide spirituel »), consiste à traquer la moindre étincelle de bonté chez le sujet, à l’isoler de la masse des pensées négatives et à la juger favorablement afin de réédifier son estime personnelle, là où, précisément, dieu l’attend en bienveillance.

Cette approche préfigure de façon saisissante le principe du regard positif inconditionnel conceptualisé par Carl Rogers[19] dans la psychothérapie centrée sur la personne, ainsi que les techniques de restructuration cognitive développées dans les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), notamment la thérapie fondée sur la compassion[20], et la présence du self en IFS. Trouver la Nekoudat Ha-Tov, le point de bonté ou le point de bienveillance, revient à effectuer un réencadrement cognitif[21] majeur, modifiant les biais d’évaluation négatifs et l’autodévaluation du patient.

D’après Sanford Drob, cette pratique s’enracine dans la cosmologie lurianique. Il considère en faisant un parallèle avec des éléments de la kabbale, que le mal et la maladie mentale ne sont pas des réalités ontologiques autonomes, mais des coquilles, les Kélipot (קְלִפּוֹת, « écorces » ou « coquilles »), concept kabbalistique, qui emprisonnent des parcelles de lumière divine sous forme d’étincelles captives, les Nitzotzot (נִיצוֹצוֹת, « étincelles »). Le travail thérapeutique ne consiste pas à détruire le symptôme par la force, mais à fendre l’écorce symptomatique pour libérer l’étincelle de vie et de valeur qu’elle contient.

4. Pratiques méditatives et visualisation : Kavanah, Hitbodedut et restauration du Soi

La tradition mystique juive a développé une phénoménologie de la conscience assortie de techniques attentionnelles et imaginatives qui recoupent la psychologie analytique et les thérapies de troisième vague[22].

Kavanah : Présence attentive et régulation attentionnelle

La Kavanah (כַּוָּנָה, « intention » ou « orientation du cœur ») désigne un état de présence totale, de concentration et de dévotion où ce qu’on a de plus intime et précieux est convoqué. Une posture d’être qui doit accompagner chaque action, prière ou rituel. La Kavanah s’oppose à la Mitzvat Anashim Melumada[23] (מִצְוַת אֲנָשִׁים מְלֻמָּדָה, « commandement » sociaux appris et pratiqués par routine), c’est-à-dire l’exécution mécanique en absence de conscience des actes quotidiens et sacrés (deux champs qui interagissent constamment). Ce que Jacob Levy Moreno[24], qui a initié la pratique thérapeutique du « psychodrame », nomme « les conserves culturelles », rôle figés, automatiques caractérisés par l’absence de spontanéité.

Dans le champ clinique contemporain, la Kavanah, semble présenter aussi une analogie directe avec le concept de pleine conscience (Mindfulness). Elle constitue un réentraînement de l’attention qui désactive le mode par défaut du cerveau (Default Mode Network), souvent associé aux ruminations anxieuses et dépressives. La pratique de la Kavanah (כַּוָּנָה, « intention » ou « orientation du cœur ») réintroduit une dimension d’intentionnalité consciente dans l’instant présent, renforçant les capacités d’auto-régulation affective du sujet. Elle fait aussi écho à ce que permet le psychodrame en ce qu’il nécessite une présence active et globale hic et nunc (dans l’ici et le maintenant).

Hitbodedut : Auto-verbalisation, catharsis et dialogue intérieur

La Hitbodedut (הִתְבּוֹדְדוּת, « isolement » ou « auto-solitude ») est une méthode méditative préconisée par la tradition H’assidique, héritée des kabbalistes médiévaux. Elle consiste à se retirer dans un espace isolé, de préférence en pleine nature, pour s’entretenir de manière totalement spontanée et non parasité par les distractions et les tentations, avec le Divin. Le pratiquant est encouragé à s’exprimer à l’intention de Dieu, en verbalisant dans sa langue maternelle, et en extériorisant sans retenue ses désirs, ses peurs, ses colères, ses ambitions et ses doutes,… puis à se mettre en posture de contemplation, de réception et d’écoute et enfin, à interpréter de manière analogique et imaginative ce qui peut se manifester et notamment dans la lecture des textes sacrés… entamant, en cela, un dialogue fécond avec Dieu.

Du point de vue de la psychodynamique et des thérapies émotionnelles[25], la Hitbodedut peut constituer un dispositif d’auto-association libre et de décharge cathartique. A ce titre c’est un espace thérapeutique qui offre un espace sécurisé d’exposition émotionnelle où le sujet verbalise des affects bruts qui seraient normalement réprimés par les conventions sociales ou la honte. Le concept kabbalistique de la Hitbodedut s’apparente aussi à la bataka, un dispositif du psychodrame permettant, de manière parfaitement sécurisée, l’expression d’émotions refoulées, comme la colère. On peut aussi dans ce type de pratiques kabbalistiques reconnaître la technique de la « chaise vide[26] », ou les protocoles d’écriture thérapeutique expressive[27].

Yihoudim et l’intégration des archétypes : l’imagination active chez Jung

Les kabbalistes méditatifs, notamment ceux issus des écoles d’Abraham Aboulafia et d’Isaac Louria, pratiquaient les Yihoudim (יִחוּדִים, « unifications »). Les Yihoudim ont pour objectif final de réparer le monde en se réparant soi-même, ce qui relève du tikkoun olam (- תיקון עולם -« réparation du monde ») très largement évoqué dans la littérature juive. Les exercices de Yihoudim, consistent en des visualisations mentales complexes combinant les lettres du Nom divin, les Shem Hamephorash en 12, 42, et 72 lettres, des représentations des dix Sefirot (סְפִירוֹת, « émanations » ou « numérations ») et des Partzufim (פַּרְצוּפִים, « visages » ou « configurations divines »). L’objectif des Yihoudim est de rétablir la circulation de l’énergie divine entre les différentes dimensions du cosmos, de l’âme humaine et leurs parties « abimées » ou souffrantes, voir antagonistes.

Sanford Drob discerne une correspondance profonde entre les pratiques kabbalistique des Yihoudim et le processus d’imagination active et de métaphorisations[28] développées par Carl Gustav Jung et Sigmund Freud. Les dix Sefirot forment l’Arbre de Vie que l’on peut assimiler à une cartographie architecturale de la psyché humaine lieu de cristallisation de la puissance à l’origine de l’univers. Divers kabbalistes proposent, comme je le fais lors de mes stages, d’utiliser des représentations de l’Arbre Séphirotique, comme chemin de méditations et d’imaginaires, dans lequel le cheminant peut se présenter et s’unir à chaque valeur/concept séphirotique, dans le but d’équilibrer la bonté et la rigueur, la puissance et la merveille, le masculin (Tiferet et son prolongement phallique : Yesod) et le féminin (Malkhut)… Ces chemins de méditations sont d’autant plus « réparateurs » s’ils sont opérés dans la continuité de diverses approches kabbalistiques de ce qui fait question, élaboration du désir d’être et d’épanouissement du pratiquant.

Dans cette même perspective thérapeutique et de hiérophanie[29] thérapeutique, il est intéressant d’évoquer: la Shevirat Ha-Kelim (שְׁבִירַת הַכֵּלִים, « brisure des vases »). Il s’agit d’un drame cosmologique complexe (représentation des flux allant du fini à l’infini) au cours duquel, les kabbalistes considèrent que les réceptacles de la matière (fini), lors de la création de l’univers, incapables de contenir la lumière divine (infini) se sont brisés, plongeant le monde dans le chaos. Un chaos nécessaire à la manifestation de l’altérité, et préfigurant, d’autres drames (évoqués dans la bible) qui sont les échos en temporalités de cet « instant » de l’éternité, comme celui de l’expulsion d’Adam et Eve de l’Eden. Ce drame, qui se rejoue constamment de manière systémique dans l’univers en en chaque créature, peut être mis en analogie avec la déstructuration de l’égo et l’inondation de la conscience par des matériaux archétypiques non intégrés. Les processus, les techniques mystiques et les pratiques subséquentes de Tikkun (תִּקּוּן, « réparation » ou « restauration ») de la kabbale (comme évoqué plus haut) qui visent à réduire et réparer la Shevirat Ha-Kelim, semblent pouvoir s’appliquer, aussi, au travail d’individuation jungien, par lequel le sujet rassemble les fragments dissociés de sa psyché pour édifier un Soi unifié.

Le concept de Tikkun : De la restauration cosmologique à la clinique de la réparation de l’être (Tikkun Ha-Nefesh) et du monde à venir (Tikkun Olam)

Au-delà de son rôle dans la cosmologie lurianique, le concept de Tikkun (תִּקּוּן, « réparation » ou « restauration ») constitue le pilier éthique, ontologique de toute la démarche kabbalistique et relève l’espoir divin placé en notre humanité. Dans la théosophie d’Isaac Louria, le cosmos n’est pas créé parfait ; il est marqué dès son origine par cette brisure, la cassure et l’incomplétude nécessaire à la manifestation de cet autre (l’être humain) que Dieu désir libre de venir à lui ou pas. Le rôle fondamental attribué à l’être humain n’est donc pas la résignation passive devant l’imperfection, mais la participation active a la réparation/création du monde et de lui-même.

La tradition distingue deux dimensions complémentaires de cette tâche réparatrice :

    1. Le Tikkun Ha-Nefesh (תִּקּוּן הַנֶּפֶשׁ, « réparation de l’âme / de l’être »): Il désigne le travail d’auto-transformation, de réalignement individuel à la source de toute vie et s’apparente à ce l’on nomme la guérison psychique. Sur le plan clinique, le Tikkun Ha-Nefesh pourrait inviter à concevoir la thérapie, non pas comme la simple suppression d’un déficit biologique ou fonctionnel, mais comme un processus d’intégration dialectique. Il pourrait s’agir par les pratiques kabbalistiques de rassembler les parties dissociées, blessées ou refoulées du sujet—ses « étincelles » de conscience (Nitzotzot[30]) emprisonnées dans les structures traumatiques (Kelipot[31])—pour reconstruire la cohérence du Soi.
    2. Le Tikkun Olam (תִּקּוּן עוֹלָם, « réparation du monde ») : Il pose que la guérison de l’individu engendre en simultanée la potentialité de la réparation de son environnement social, son homéostasie et ses particularités écosystémiques… Sanford Drob souligne que le Tikkun fournit une impulsion éthique indispensable à la clinique. La psychothérapie ne peut se cantonner à une adaptation conformiste de l’individu à un ordre social dysfonctionnel ; elle doit donner au sujet les ressources psychiques nécessaires pour réinvestir le monde de manière créative et réparatrice.

Du point de vu de la clinique contemporaine, le modèle du Tikkun préfigure et peut enrichir les approches axées sur la résilience post-traumatique, la croissance post-traumatique (Post-Traumatic Growth) et les thérapies d’orientation existentialiste et humaniste. Le symptôme ou l’événement traumatique n’est plus perçu comme une fatalité destructrice, mais comme la « coquille brisée » à partir de laquelle s’impose un travail créatif d’édification et de réappropriation du sens de l’existence. Ce qui n’est pas sans rappeler la logothérapie, développée par le psychiatre et neurologue viennois Viktor Frankl[32], cette approche psychothérapeutique fondée sur l’idée que la recherche d’un sens à l’existence est la motivation première de l’être humain.

Bouclier de David : Codex de Leningrad
Bouclier de David : Codex de Leningrad

5. Perspectives comparatives : mises en parallèle avec la mystique chrétienne

Pour approfondir la valeur heuristique de cette étude, il apparaît nécessaire de mettre en parallèle les mécanismes kabbalistiques avec les approches contemplatives développées au sein de la mystique chrétienne. Ces traditions partagent des structures attentionnelles et psychosomatiques similaires qui éclairent les fondements universels de la régulation psychique.

L’Hésychasme et la Prière de Jésus, analogie avec la Régulation somato-psychique

Développé depuis le IVe siècle par les Pères du Désert et formalisé dans la tradition orthodoxe, l’Hésychasme (du grec Hesychia, « silence » ou « repos ») est une méthode de prière contemplative centrée sur la répétition continuelle, notamment de la Prière de Jésus. Les maîtres hésychastes ont élaboré une physiologie de la prière qui associe la formule sacrée à un contrôle rigoureux du rythme respiratoire et du battement cardiaque.

L’Hésychasme présente une convergence remarquable avec la Kavanah et le Nigoun sur le plan de la régulation physiologique, principe de base de chant des voyelles hébraïque et la respiration en trois temps :

    1. L’ancrage somato-psychique : Le pratiquant synchronise l’inspiration avec le début de la formule (« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu ») et l’expiration avec sa seconde partie (« aie pitié de moi, pécheur »).
    2. La baisse de l’activation sympathovagale : Cette respiration lente et rythmée induit une cohérence cardiaque et une baisse de la tension neuromusculaire, favorisant un état d’apaisement mental profond (Hesychia).
    3. La garde du cœur : L’attention est ramenée sans cesse vers le centre de la poitrine, empêchant la dispersion de la conscience dans les ruminations cognitives (Logismoi).

La Prière de Centrage et la Lectio Divina

Au XXe siècle, la tradition chrétienne occidentale a vu émerger la Prière de Centrage (Centering Prayer), développée par des moines trappistes tels que Thomas Keating, Basil Pennington et Thomas Merton (moines trappistes américains de l’Ordre cistercien de la stricte observance). Inspirée du texte médiéval « Le Nuage de l’Inconnaissance[33] », cette pratique utilise un « mot sacré[34] » comme ancre pour lâcher prise vis-à-vis de toute activité intellectuelle discursive. Chaque fois qu’une pensée ou une émotion surgit, le praticien s’en détache en revenant au mot « ancre ». On retrouve cette même pratiques dans les techniques des noms divins de la Kabbale.

Parallèlement, la Lectio Divina[35] (lecture divine) constitue une méthode de méditation textuelle en quatre étapes : la Lectio (lecture attentive), la Meditatio (méditation et rumination du texte), l’ Oratio (réponse émotionnelle du cœur) et la Contemplatio (repos silencieux dans la présence). Ce parcours s’apparente aux phases de l’analyse textuelle kabbalistique, où l’étude intellectuelle s’efface progressivement pour faire place à l’expérience directe du sens.

Théologie Apophatique et Théologie Cataphatique en clinique

La théologie mystique distingue traditionnellement deux voies d’accès au Sacré, qui rejoignent les deux grands paradigmes des interventions psychothérapeutiques :

    1. La voie apophatique (théologie négative) : Elle procède par dépouillement, rejetant les images, les concepts et les mots pour faire l’expérience du vide divin. En clinique, cette voie peut-être mise en analogie avec les approches axées sur le lâcher-prise, la méditation de pleine conscience (Open Monitoring), et la posture psychanalytique de « l’attention également flottante » pratiquée sans mémoire ni désir.
    2. La voie cataphatique (théologie affirmative) : Elle utilise abondamment les symboles, les images guidées, les récits et les métaphores pour s’approcher du Sacré. En clinique, cela peut s’apparenter aux techniques de visualisation, d’hypnose éricksonienne, de restructuration cognitive et d’imageries guidées des archétypes.
Tradition mystique Pratique fondamentale Mécanisme spirituel

Modèle psychothérapeutique analogue

Kabbale Juive Tziruf (צֵרוּף, « permutation ») & Guematria (גְמַטְרִיָּה, « calcul »). Déconstruction du sens figé du texte. Métaphorisation lacanienne, association libre, déconstruction, psychodrame.
Kabbale Juive Nigoun (נִגּוּן, « mélodie ») & Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « point de bonté »). Libération des étincelles (Nitzotzot) hors des coquilles (Kelipot). Musicothérapie, restructuration cognitive, alliance rogerienne.
Kabbale Juive Hitbodedut (הִתְבּוֹדְדוּת, « isolement »). Verbalisation libre devant le Ein Sof (אֵין סוֹף, « sans fin »). Catharsis psychodynamique, Gestalt-thérapie-Psychodrame (chaise vide).
Kabbale Juive Yichoudim (יִחוּדִים, « unifications ») & Sefirot (סְפִירוֹת, « émanations »). Restauration (Tikkun) de l’harmonie des polarités. Psychologie analytique (Jung), individuation, intégration de l’Ombre, polarisation en IFS.
Mystique Chrétienne Hésychasme & Prière de Jésus. Ancrage de la conscience dans le cœur par le souffle. Cohérence cardiaque, biofeedback, régulation vagale.
Mystique Chrétienne Prière de Centrage & Lectio Divina. Dépouillement des pensées discursives (voie apophatique). Pleine conscience (MBSR/ACT), désactivation des ruminations.

6. Propositions pour la recherche empirique et la conception de workshops cliniques

Afin de transposer, éventuellement, ces convergences théoriques dans le champ de la recherche-action et de la clinique, Il est proposer aux lecteurs de prendre contact avec l’auteur. Un groupe d’études pourrait se créer auquel l’auteur de cet article se propose de transmettre les principales techniques et pratiques kabbalistiques dont il est questions ici, en les initiant parallèlement aux rudiments de l’hébreu biblique. Suite à quoi le groupe ou chacun, individuellement, pourrait augmenter et planifier des modules de recherches et d’expérimentations dans un cadre que le groupe, ou chacun, aura défini.

Pour donner une perspective de ce qui pourrait advenir voici trois protocoles d’ateliers expérimentaux (Workshops). Ces ateliers sont à finaliser et doivent être augmenter par plus expert que moi-même, pour être mis en œuvre et évalués dans des centres hospitaliers universitaires ou des structures de soin ambulatoires… La relation à la langue des patients et le rapport à l’hébreu doit aussi être conceptualisé. Divers axes de positionnement linguistiques peuvent-être proposés, notamment pour la guimatria et le français…

Workshop A : Herméneutique nominale et génosociogramme (Clinique transgénérationnelle)

Le premier atelier pourrait s’adresser à des adultes présentant des répétitions symptomatiques, des sentiments d’imposture ou des blocages identitaires en lien avec des traumatismes familiaux non élaborés. Le cadre théorique associerait la psychogénéalogie d’Anne Ancelin Schützenberger et l’herméneutique kabbalistique du nom propre.

La démarche clinique pourrait s’articuler autour de l’élaboration guidée du génosociogramme du patient sur trois générations. Le thérapeute appliquerait ensuite une grille de décomposition phonétique et sémantique inspirée du Tziruf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») aux prénoms des ancêtres et du sujet. Cette analyse permettrait d’isoler les prénoms cryptogrammes et de mettre en lumière le « projet-sens » inconscient légué au patient. L’atelier se conclurait par un travail d’écriture symbolique visant à restituer le mandat trans-générationnel aux aïeux, permettant au sujet d’investir son nom propre de manière autonome.

Workshop B : Musico-thérapie et résilience (Atelier Nigoun et Nekoudat Ha-Tov)

Le deuxième atelier s’adresserait à des patients souffrant de troubles anxio-dépressifs, de dérégulation affective ou d’états de stress post-traumatique (ESPT). Il mobilise le chant du Nigoun (נִגּוּן, « air » ou « mélodie ») et la recherche de la Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »).

La session débuterait par une préparation somatique combinant étirements doux et cohérence cardiaque basée sur le rythme hésychaste (cinq secondes d’inspiration + visualisation lumière, cinq seconde d’apnée la lumière se répand dans le corps, cinq secondes d’expiration de bleu/paix). Le groupe est ensuite guidé dans le chant répété d’un Nigoun (נִגּוּן, « air » ou « mélodie ») traditionnel, évoluant progressivement d’un rythme lent vers un tempo dynamique pour favoriser la décharge émotionnelle et la stimulation vagale. Dans un second temps, les participants réalisent un exercice d’écriture réflexive centré sur l’identification de leur Nekoudat Ha-Tov (נְקֻדַּת הַטּוֹב, « le point de bonté » ou « le point de bienveillance »), consistant à isoler une ressource ou une valeur personnelle maintenue malgré la souffrance. La séance s’achève par un temps de partage verbal au sein du groupe, renforçant l’alliance thérapeutique et la restructuration cognitive.

Workshop C : Déconstruction textuelle et restructuration cognitive (Atelier Tziruf)

Le troisième atelier s’adresse à des patients présentant une rigidité cognitive importante, des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou des croyances schématiques pétrifiées. Il s’appuie sur la technique du Tziruf (צֵרוּף, « combinaison » ou « permutation ») et les principes de la déconstruction.

Le protocole invite le patient à formuler sur papier la croyance dysfonctionnelle qui alimente sa souffrance (ex. « Je dois tout contrôler pour ne pas être rejeté »). Le thérapeute guide ensuite le patient dans la déconstruction linguistique de sa propre phrase : fragmentation des mots, anagrammes, permutations de lettres et recherche de nouvelles associations sémantiques. Ce jeu sur les signifiants permet au sujet de constater de façon empirique la plasticité du langage et l’arbitraire de ses pensées automatiques. L’exercice se termine par la co-construction d’une affirmation souple, ancrée par la Kavanah (כַּוָּנָה, « intention » ou « orientation du cœur »), réintroduisant de la flexibilité psychologique chez le patient.

L’investigation systématique des convergences entre la Kabbale, la mystique chrétienne et les psychothérapies contemporaines démontre la présence de structures thérapeutiques universelles au sein des traditions contemplatives. Loin d’être de simples spéculations historiques, les méthodes de la Guematria, du Tzérouf, du Nigoun ou de la Hitbodedut)… constituent des outils sémiotiques, somatiques et cognitifs d’une potentielle grande efficacité.

Ces pratiques ont anticipé des développements majeurs des sciences humaines, de la psychanalyse lacanienne, de la psychologie analytique de C.G. Jung, du post-structuralisme de Jacques Derrida et de bien des thérapies comportementales intégratives. La mise en œuvre des ateliers expérimentaux proposés ouvrirait un champ de recherche fécond pour la médecine et la psychologie clinique. En intégrant la richesse herméneutique de ces traditions au sein d’un cadre scientifique rigoureux, l’institution médicale pourrait offrir aux patients des parcours de soin réconciliant la rigueur empirique et une profondeur existentielle inscrite au cœur du mouvement civilisationnel judéo-chrétiens.


Sanford L. Drob, est un psychologue clinicien américain, psychologue légiste, philosophe, auteur et peintre. Il est particulièrement reconnu pour ses travaux à l’intersection de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung, de la philosophie contemporaine et de la mystique juive (Kabbale). Dr. Drob a développé une approche philosophico-théologique qu’il nomme la « Nouvelle Kabbale » (The New Kabbalah). À travers ses écrits, il réinterprète les symboles mystiques traditionnels à l’aide de la déconstruction et de la psychologie moderne. Son site : https://sanforddrob.com/

Il détient un double doctorat, l’un en philosophie obtenu à l’Université de Boston et l’autre en psychologie clinique à l’Université de Long Island. Il est professeur émérite au sein du programme de doctorat en psychologie clinique de la Fielding Graduate University. Il enseigne également à l’Institut C. G. Jung de New York. Il a dirigé pendant de nombreuses années l’évaluation psychologique et officié en tant que psychologue légiste senior au célèbre hôpital Bellevue de Manhattan. Il maintient une pratique privée à New York.


  1. Carl Gustav Jung a fait une déclaration en ce sens lors d’un entretien accordé à l’occasion de son 80ᵉ anniversaire, en juillet 1955. Il s’adressait à un journaliste du quotidien suisse la National-Zeitung (Bâle) : « Mais savez-vous qui a anticipé toute ma psychologie au XVIIIᵉ siècle ? Le rabbi hassidique Nov Baer de Mezhirech, qu’on appelait le Grand Maggid. C’était un homme extrêmement impressionnant. » Cet entretien a par la suite été consigné et publié dans l’ouvrage de référence regroupant les entretiens de Jung : « C. G. Jung Speaking : Interviews and Encounters » (édité par William McGuire et R. F. C. Hull, Princeton University Press).

    Des historiens et analystes de la psychologie analytique, tels que Sanford L. Drob (voir note encadré en fin d’article) ou Lance Owens (médecin et historien), indiquent que cette prise de conscience de Jung s’est notamment appuyée sur les travaux et la correspondance intime qu’il entretenait avec son disciple Erich Neumann. Neumann, analyste jungien d’origine juive, installé en Palestine, avait rédigé dès les années 1930 d’importants travaux (publiés plus tard sous le titre « The Roots of Jewish Consciousness ») établissant des parallèles directs entre les doctrines du Grand Maggid et les concepts de la psychologie des profondeurs.

  2. L’intégration de l’ombre selon Carl Gustav Jung est le processus qui consiste à reconnaître, accepter et ramener à la conscience, les parts de soi rejetées, cachées ou refoulées.
  3. Voir : https://newkabbalah.com/
  4. Voir : https://newkabbalah.com/interviews/kabbalah-and-psychotherapy-a-dialog-with-sanford-l-drob-ph-d-part-i/
  5. Voir : https://jewishcurrents.org/therapy-was-never-secular
  6. Marcel Jousse est un chercheur en anthropologie et en linguistique. Il est né le 28 juillet 1886 à Beaumont-sur-Sarthe et mort le 14 août 1961 à Fresnay-sur-Sarthe. Ordonné prêtre en 1912, il entre en 1913 dans la Compagnie de Jésus. Élève de Marcel Mauss, de Pierre Janet, de Georges Dumas, de Jean-Pierre Rousselot, il côtoya les plus grands savants de son époque qui reconnurent en lui un chercheur exceptionnellement doué. Il enseignait principalement à la Sorbonne.
  7. Le post-structuralisme ou poststructuralisme est un courant philosophique qui s’est développé dans les années 1960 et 1970. Un thème majeur du post-structuralisme est l’instabilité en sciences humaines due à la complexité des humains eux-mêmes et à l’impossibilité d’étudier les phénomènes ou les événements en les dissociant de leur structure. Le post-structuralisme se veut une réponse au structuralisme. Le structuralisme est un mouvement intellectuel qui s’est développé en Europe au début de la deuxième moitié du XXe siècle, notamment en France dans les années 1960 et 1970. Pour Johannes Angermuller, la culture humaine pourrait être étudiée et comprise au moyen de modèles structurels basés sur le langage. Pour les théoriciens du post-structuralisme, un phénomène social peut s’étudier dans le contexte de la structure même (par exemple le langage) dans lequel il s’est construit. Parmi les auteurs post-structuralistes, on peut citer Jacques Derrida, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Judith Butler, Jean Baudrillard, et Julia Kristeva bien que plusieurs théoriciens qui ont été catégorisés de post-structuralistes aient rejeté cette étiquette.
  8. En hébreu, une racine (shorèsh, שורש) est le noyau de base de la langue. Elle est formée le plus souvent de trois consonnes (racine trilitère), parfois de deux ou quatre. Ce squelette consonantique porte le sens premier et donne naissance à toute une famille de mots reliés par la même idée.
  9. « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud » est un texte fondamental de Jacques Lacan présenté le 9 mai 1957 à la Sorbonne et publié dans ses Écrits. Il pose que l’inconscient est structuré comme un langage, fonctionnant par la métonymie et la métaphore à travers le support matériel du signifiant.
  10. Jacques Derrida, de son vrai nom Jackie Derrida, est un philosophe français, né le 15 juillet 1930 à El Biar (Algérie française) et mort le 9 octobre 2004 à Paris. Professeur à l’École normale supérieure entre 1965 et 1984, puis directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, il a créé et développé l’école de pensée autour du déconstructionnisme.
  11. Le tsimtsoum (ou tzimtzum) est un concept de la Kabbale qui désigne la contraction ou le retrait de la lumière divine pour faire de la place au monde. Issu des enseignements du rabbin Isaac Louria au XVIe siècle, il explique comment un Dieu infini a pu créer un univers fini.
  12. Le Sefer Yetzirah (ספר יצירה), ou Livre de la Structuration, est le plus ancien traité de mystique juive et de cosmogonie connu, rédigé selon les historiens entre le IIIe et le VIe siècle en terre d’Israël, certains de ses éléments remonteraient au 4e siècle AV-JC. Attribué par la tradition au patriarche Abraham, ce texte, court mais complexe, décrit comment Dieu a créé l’univers à travers les valeurs numériques, le langage et la géométrie, contenues ontologiquement dans l’hébreu sacré.
  13. Anne Ancelin Schützenberger (1919-2018) est une psychologue, psychothérapeute et universitaire française de renommée internationale, mondialement connue pour avoir créé et popularisé le concept de psychogénéalogie, et introductrice du psychodrame en France. Professeure émérite à l’Université Nice-Sophia-Antipolis, elle a dirigé pendant près de vingt ans le Laboratoire de psychologie sociale et clinique. Son ouvrage emblématique, « Aïe, mes aïeux ! », publié en 1993, est devenu un best-seller mondial traduit en plusieurs langues, sensibilisant le grand public aux secrets de famille et aux traumatismes invisibles transmis d’une génération à l’autre.
  14. Le terme h’assidique désigne ce qui est relatif au h’assidisme, un courant spirituel et mystique du judaïsme orthodoxe fondé au XVIIIe siècle en Europe de l’Est. Issu du mot hébreu h’assid signifiant « pieux » ou « dévoué à Dieu », ce mouvement met l’accent sur la joie, la ferveur religieuse et la communion directe avec le Divin.
  15. Le Shem HaMephorash (le Nom explicite de Dieu) fait historiquement référence au nom de 72 lettres, de 12 lettres, et au nom en 42 lettres, ce dernier est associé à la prière « Ana B’koach ». Ces noms en 72, 12 et 42 lettres sont évoqués sans beaucoup d’explication dans le Talmud (Kiddouchine 71a & Sukkah 45a)

    1. Le Nom de 72 Lettres

    Origine biblique : Il est dérivé de trois versets consécutifs du livre de l’Exode (Chapitre 14, versets 19, 20 et 21).

    Structure : Chacun de ces trois versets contient exactement 72 lettres en hébreu.

    Composition : En combinant la première lettre du verset 19, la dernière du verset 20, et la première du verset 21, on obtient 72 triplets de lettres (ou « noms ») qui forment les Shem HaMephorash. Ces 72 noms de trois lettres, pour être sainement utilisés, doivent se manifester dans la pratique d’études kabbalistiques et son objet de récitatifs visant à la contemplation, mais aussi à la « création » calligraphiques et autres pratiques relevant des arts plastiques sacrés.

    2. Le Nom de 42 Lettres

    Origine : Ce nom est principalement lié à la prière mystique Ana B’koach (attribuée au rabbin Nehunia ben HaKanah). Quelques sages affirment que cette prière n’est pas celle des kabbalistes, comme on à usage de le dire, mais elle serait à l’origine de la Kabbale…

    Usage : le nom en 42 lettre est formé des acronymes des 6 mots de chacune des 7 lignes de la prières de « Ana B’koach ». La technique invite le disciple à passé d’un implicite intellectualisé en rapport avec chaque ligne/phrase de la prière, à la contemplation de ce qui à été intellectualisé par le récitation des acronymes qui eux n’ont pas de sens. Lorsque cette pratique est installée, le disciple est invité à prononcer d’autres lettres comme suggéré par le Rabbi Moïse Cordovero dans le Pardes Rimounim.

  16. La psychologie de la motivation étudie les forces qui poussent à agir, guidant et maintenant les comportements orientés vers un but. Elle repose principalement sur la motivation intrinsèque, la motivation extrinsèque, et la théorie de l’autodétermination. Principalement théorisé par : Edward L. Deci : Docteur en psychologie (Ph.D. de l’Université Carnegie Mellon) et Professeur émérite de psychologie à l’Université de Rochester et Richard M. Ryan : Docteur en psychologie clinique (Ph.D. de l’Université de Rochester) et Professeur à l’Université de Rochester ainsi qu’à l’Université catholique d’Australie.
  17. La restructuration cognitive est une méthode de thérapie qui aide à repérer, analyser et changer les pensées négatives ou fausses pour aller mieux. Elle utilise trois grands temps : repérer les idées sombres automatiques, trouver les erreurs de logique (comme tout voir en noir ou tout gâcher), et créer des pensées plus vraies et calmes. Les deux fondateurs majeurs sont : Aaron T. Beck : Psychiatre et psychanalyste américain, considéré comme le père de la thérapie cognitive. Il a découvert que la dépression découle de pensées automatiques négatives et de distorsions cognitives & Albert Ellis : Psychologue clinicien et psychothérapeute américain, créateur de la thérapie rationnelle-émotive-comportementale (REBT). Il a démontré que ce ne sont pas les événements qui nous affectent, mais la manière dont nous les interprétons.
  18. https://ifs-association.com/internal-family-systems-modele-therapie-ifs/ Le Self a des qualités innées telle que la compassion, la confiance, la clarté, la connexion. Quelque soit le parcours de vie, ce Self est inaltérable et existe chez chacun.
  19. Carl Ransom Rogers, né le 8 janvier 1902 à Oak Park (Illinois) et mort le 4 février 1987 à La Jolla (Californie), est un psychologue humaniste américain. Il a principalement œuvré dans les champs de la psychologie clinique, de la psychothérapie, de la relation d’aide (counseling), de la médiation et de l’éducation. Il est considéré comme l’un des fondateurs de l’approche humaniste en psychologie.
  20. https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9rapie_focalis%C3%A9e_sur_la_compassion La thérapie de la compassion vise à entrainer l’esprit à la compassion pour les autres puis pour soi-même.
  21. Le « réencadrement » cognitif (ou restructuration cognitive) est une technique thérapeutique issue des thérapies comportementales et cognitives (TCC) qui consiste à identifier, modifier et transformer les pensées négatives ou irrationnelles en pensées plus réalistes, positives et constructives. En modifiant la perception d’une situation (le « cadre »), on change l’impact émotionnel et comportemental qu’elle génère.
  22. Les thérapies de troisième vague représentent l’évolution récente des Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), apparue dans les années 1990-2000. Contrairement aux vagues précédentes qui cherchaient à modifier ou supprimer les symptômes, cette génération vise à changer la relation que le patient entretient avec sa souffrance grâce à l’acceptation et notamment par l’utilisation des pratiques de méditations dite de pleine conscience.
  23. Cette expression d’origine biblique désigne une action accomplie par pure habitude, de manière machinale et routinière, sans intention réelle, sans réflexion profonde ni connexion émotionnelle. En français, on la traduit souvent par « un automatisme », « une action mécanique » ou « un acte purement formel » L’expression provient du livre du prophète Isaïe (chapitre 29, verset 13). Le prophète y critique l’hypocrisie religieuse du peuple :

    « Le Seigneur dit : Quand ce peuple s’approche de moi, il m’honore de la bouche et des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi ; la crainte qu’il a de moi n’est qu’un précepte d’hommes appris par routine [Mitzvat anashim melumada]. »

  24. Jacob Lévy Moreno (1889 ou 1892 – 1974) médecin américain d’origine roumaine, pionnier de la sociométrie, de la psychothérapie de groupe et du psychodrame.
  25. Les thérapies émotionnelles aident à identifier, accepter et transformer les émotions difficiles. Les principales approches sont la thérapie centrée sur les émotions (TCE), les thérapies cognitives et comportementales (TCC) et la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT).
  26. La technique de la chaise vide est une méthode d’action expérientielle aux multiples déclinaisons, qui permet de matérialiser et de résoudre des conflits internes ou relationnels en simulant un dialogue dans l’ici et le maintenant. Bien qu’elle soit aujourd’hui indissociable de la Gestalt-thérapie formalisée par Fritz Perls, ses racines plongent directement dans le Psychodrame de Jacob Levy Moreno.
  27. Le protocole classique de Pennebaker est la méthode d’écriture thérapeutique expressive la plus reconnue scientifiquement. Développé par le psychologue James Pennebaker, ce protocole consiste à écrire sur ses émotions les plus profondes liées à un événement traumatique ou stressant pendant 15 à 20 minutes par jour, sur 4 jours consécutifs. Cette pratique vise à libérer les tensions psychologiques en structurant l’expression des émotions.
  28. La métaphorisation chez Sigmund Freud désigne le processus psychique par lequel une représentation inconsciente ou corporelle se transforme en image, en symbole ou en symptôme. Dans la cure thérapeutique, ce mécanisme permet de redonner de la souplesse psychique au patient en passant à « l’agir » ou de la souffrance somatique à la mise en mots. Pour Carl Gustav Jung, la métaphorisation est plus encore. Pour lui et de nombreux cercles de recherches scientifiques qui on poursuivit ses travaux, il s’agit d’un processus par lequel le symbole (ou la métaphore vivante) s’affirme comme une puissance en soit qui contient un aspect universel et source de l’être et du vivant. Ce n’est pas un simple déguisement de la pulsion, mais une tentative d’expression spontanée d’un contenu inconscient encore inconnu qui aspire à naître et produit une transformation en celui qui le verbalise, l’écrit, le gestualise, ou le dessine…
  29. Concept forgé par l’historien des religions Mircea Eliade. Il désigne la manifestation du sacré dans le profane. C’est le moment où un objet, un lieu, ou une expérience ordinaire (un arbre, une pierre, un rêve) se charge d’une dimension spirituelle, transcendante ou divine pour un individu et devient initiatique au point de le transformer et le réaliser en Dieu. Dans le Judéo-christianisme, on pourrait évoqué l’expérience de Moïse face au Buisson Ardent.
  30. Dans la Kabbale, les Nitzotzot (ניצוצות) désignent les étincelles divines de sainteté captives du monde matériel. Ce concept fondamental de la Kabbale lurianique explique l’origine du mal, la création imparfaite et le but spirituel de l’être humain.
  31. les kelipot (ou qliphoth/ קליפות) désignent des écorces, des coquilles ou des enveloppes. Elles représentent les forces d’impureté, le côté obscur et l’exact opposé des dix sephiroth de l’Arbre de Vie. Mais elles sont aussi considérées comme essentielle à la préservation de ce qui ne peut pas encore être compris/consommée, comme l’écorce d’un fruit qui protège sa maturation.
  32. Viktor Emil Frankl est un professeur autrichien de neurologie et de psychiatrie, né le 26 mars 1905 à Vienne et mort le 2 septembre 1997 dans la même ville. Il est le créateur d’une nouvelle thérapie, la logothérapie, qui part du principe que le besoin de « sens ontologique » et d’une dimension spirituelle est la motivation essentielle de la vie.
  33. Le Nuage de l’inconnaissance (The Cloude of Unknowyng) est un écrit anonyme en moyen anglais de la fin du XIVe siècle. Ce texte compte parmi les écrits mystiques anglais les plus influents.
  34. Exemples de mots sacrés :

    Dieu : Le choix le plus simple, centré sur l’Absolu.

    Amour : Pour orienter le cœur directement vers la nature divine.

    Jésus : Le nom central de la tradition chrétienne.

    Paix : Pour ancrer le corps et l’esprit dans le calme.

    Père : Un mot d’intimité et de confiance filiale.

  35. La Lectio divina (« Lecture sainte ») est une expression latine se rapportant à une méthode de prière développée par les Pères de l’Église et inspirée du modèle judaïque PaRDeS. Les principes de la Lectio divina sont formulés vers l’an 220 par Origène. Il affirme que, pour lire la Bible avec profit, il est nécessaire de le faire avec attention, constance et prière, il insiste aussi sur l’importance de lire l’Écriture en prêtant attention à plusieurs niveaux possibles de significations. Au IVe siècle, la Lectio divina est introduite en Occident par Ambroise de Milan. Augustin en fait un fondement de la prière monastique, laquelle est reprise par le docteur de l’Église Hilaire de Poitiers. Césaire d’Arles prône la Lectio Divina pour le clergé, ainsi que pour les laïcs. Au VIe siècle, Benoît de Nursie introduit la Lectio divina dans la règle de saint Benoît. Bernard de Clairvaux, dernier des Pères de l’Église, en formalise l’importance chez les Cisterciens.