Le plan de sauvetage des banques espagnoles est un coup d’Etat !

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Par un coup de baguette magique de l’autocratie européenne, la dette privée des banques espagnoles vient d’être nationalisée et transférée au peuple.

«Ce ne sont pas les banques espagnoles qui ont été sauvées mais la zone euro.» Le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy n’est pas du genre à reconnaître ses torts. Même s’il critique publiquement depuis fin mai l’idée de recapitaliser au plus vite les banques espagnoles, il a finalement dû accepter ce colossal «rescate bancario» (sauvetage bancaire) de 100 milliards d’euros, l’équivalent de 10% du PIB national et de vingt fois le volume d’argent dont disposait jusqu’alors le FROB, le Fonds de garantie bancaire espagnol, par lequel transitera l’aide européenne. Objectif: rassurer les marchés quant au système financier, infesté d’actifs immobiliers toxiques, après l’annonce d’une injection de 23 milliards d’euros dans Bankia, quatrième entité nationale, particulièrement exposée à des «créances douteuses» issues de la bulle immobilière qui a explosé en 2007.

Volontiers triomphaliste – «Nous avons obtenu une ligne de crédit qui permettra d’assainir pleinement nos banques, sans contrepartie aucune» –, Mariano Rajoy n’a fait aucune mention des modalités de cette aide record, et de ce qu’elle suppose réellement pour l’économie espagnole. Or beaucoup se doutent bien que ce prêt comporte un prix à payer. «Le gouvernement veut nous faire avaler que nous avons touché le gros lot et que les Rois mages sont arrivés», a ironisé Perez Rubalcaba, le chef de l’opposition socialiste.

Le circuit que devra suivre cette aide de 100 milliards d’euros est semé d’embûches et d’ambiguïtés. L’argent, qui proviendra du Mécanisme européen de stabilité, en vigueur dès juillet, alimentera par tranches – le calendrier n’a pas été fixé – le FROB espagnol, lui-même chargé de le distribuer aux banques «malades». Il se présente sous la forme d’un prêt à 3% d’intérêt, remboursable dans un délai d’une dizaine d’années, par l’Etat espagnol. A l’heure actuelle, Madrid emprunte au taux prohibitif de 6,3%. C’est donc un ballon d’oxygène, même si son remboursement effectif suscite des doutes.

Mais le plus intolérable est le fait que la dette des banques espagnoles a été généré par un système privée dont les pratiques relèvent de l’escroquerie pure et simple. Exactement le même qui a produit la ruine des principales banques américaines et leur sauvetage illégitime par des crédit publics et l’endettement du peuple américains. Comme aux USA, les banques européennes ont le pouvoir d’organiser un holdup contre les nations. Pour que cela soit parfaitement irrévocable, du fait du mécanisme européen, l’Espagne est aujourd’hui sous le contrôle politique de la même troïka composée du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne (CE) et de la Banque centrale européenne (BCE) qui étrangle le peuple grec.

La question stratégique du renfouement des banques espagnoles tient à la répartition du pactole. Il semble que les principales banques du pays (BBVA, Santander, Caixa, soit la moitié du secteur), globalement assainies, n’en bénéficieront pas. Les entités réceptrices seront surtout les nombreuses caisses d’épargne et banques surendettées, qui avaient tout misé sur la spéculation immobilière. La clé sera le ­rapport des consultants Oliver Wyman et Roland Berger, commandité par Madrid et attendu d’ici au 21 juin. Celui-ci déterminera la liste des entités les plus fragiles et les besoins chiffrés pour chacune d’entre elles. Selon le FMI, le système financier espagnol a besoin de 40 à 60 milliards d’euros. D’autres sources indiquent que cette somme est insuffisante, au regard des quelque 300 milliards d’actifs immobiliers, forcément suspects, ayant affleuré ou en passe de l’être

Y aura-t-il des effets collatéraux ? Pour les banques certainement. Les bailleurs de fonds auront à cœur de hâter la «restructuration» du secteur, via la fusion d’entités, la mise aux enchères de certaines banques nationalisées (Banco de Valencia, Catalunya Caixa…), la fermeture d’au moins 8000 agences et le licenciement de 35 000 employés.

Quid de l’Espagnol de la rue qui depuis ce week-end se demande avec angoisse si le sauvetage bancaire aura un impact sur son portefeuille? Indirectement, il n’en sortira pas indemne: Bruxelles augmentera désormais son exigence de voir ramener le déficit public de 8,9% à 3% en 2014. Or, pour cela, le gouvernement Rajoy va devoir augmenter la TVA, accélérer la réforme des retraites, accroître les coupes budgétaires. «Dans le fond, dit l’analyste Emilio Ontiveros, cette aide est la conversion de dette privée en dette publique. Tous les Espagnols en paieront bien sûr le prix fort.»

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