Autre convergence judéo-chrétienne du Temps Sacré en mars 2026

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Maîtrise de Soi, Lumière Liturgique et méditations, des œuvres judéo-chrétiennes pour rendre l’Invisible, présent en nos vies.

Le calendrier liturgique du week-end du 14 et 15 mars 2026 présente à nouveau une synergie théologique remarquable entre les traditions juives, catholique et protestantes. Tandis que la communauté juive se rassemble autour de la parachat Vayakhel (וַיַּקְהֵל – et il assembla) pour clore le cycle de la construction du Tabernacle par une méditation sur l’interdiction du feu, les Églises catholiques célèbrent le quatrième dimanche de Carême, dit dimanche de Laetare (Réjouissez-vous), axé sur la guérison de l’aveugle-né et la lumière intérieure. Simultanément, le Carême protestant explore le thème de l’audace de vivre à travers des gestes de rupture et d’espérance. Ces trois expressions spirituelles convergent vers un axe central : le Shabbat et le Carême ne sont pas de simples interruptions d’activité, mais une discipline de la maîtrise des forces — extérieures et intérieures — que l’homme libère dans le monde et en lui-même, façonnant le monde et construisant ainsi sa façon d’être au Monde.


Le Shabbat Vayakhel : Une éducation à la maîtrise des forces.


La parachat Vayakhel (וַיַּקְהֵל – et il assembla) (Exode 35, 1-3) s’ouvre sur un moment de rassemblement communautaire solennel. Moïse convoque toute l’assemblée d’Israël pour lui transmettre les instructions finales concernant le Tabernacle (Mishkan, מִשְׁכָּן – demeure), mais il commence paradoxalement par réitérer l’interdiction du travail le jour du Shabbat. Cette structure narrative n’est pas fortuite : elle établit la primauté du temps sacré sur l’e lieu sacré lui-même. La construction du sanctuaire, bien qu’œuvre divine par excellence, doit s’effacer devant la sainteté du repos hebdomadaire. Il s’agit aussi de bien faire la différence entre ce qui est du religieux, œuvre humaine, et l’œuvre suprême qui est divine. L’Œuvre divine est le modèle supérieur, inégalable, de l’oeuvre humains aussi sainte soit-elle.

L’isolement du feu : Une singularité textuelle et de la Halakha ( הלכה : juridique/Voie)


L’énigme centrale de cette parachat réside dans le verset 3 : « Vous n’allumerez pas de feu dans toutes vos demeures le jour du Shabbat ». Cette précision soulève une question exégétique majeure : si toutes les formes de travail (Mélakha, מְלָאכָה – œuvre/travail) sont déjà interdites par le commandement général du verset 2, pourquoi la Torah éprouve-t-elle le besoin d’isoler spécifiquement l’allumage du feu?

La tradition rabbinique, notamment à travers le Talmud (traités Shabbat 70a et Sanhédrin 35b), propose deux interprétations juridiques qui fondent la discipline de la maîtrise :

InterprétationNom HébreuSignification Théologique
1) Le FractionnementLekhalek (לְחַלֵּק – pour diviser)En isolant le feu, la Torah enseigne que chaque catégorie de travail interdite le Shabbat constitue une infraction distincte. Cela exige une vigilance méticuleuse pour chaque acte individuel.
2) L’interdiction simpleLe-lav (לְלָאו – pour une interdiction)Le feu est mentionné séparément pour signifier qu’il s’agit d’une interdiction de statut particulier, visant à souligner que même un acte ne produisant pas de « matière nouvelle » est une rupture du repos.

Au-delà de ces deux aspects juridiques, l’interdiction du feu souligne que cette énergie est techniquement à la base du déploiement civilisationnel. Le feu permet la transformation de la matière brute en objets utilisables (conservation de la nourriture, fabrication de métaux…). En s’abstenant d’allumer un feu, l’homme renonce volontairement à sa maîtrise sur la nature. Il cesse d’être un « artisan du faire » pour redevenir un « être », reconnaissant qu’il n’est pas le maître absolu de l’univers.

La dimension intérieure : Maîtriser le feu de la colère

e Shabbat est défini comme une discipline de la maîtrise des forces que l’homme libère en lui-même. Le « feu » ne se limite pas à la combustion physique ; il est la métaphore biblique et rabbinique par excellence de la colère et des passions destructrices. La parachat Vayakhel (וַיַּקְהֵל – et il assembla) enseigne que le véritable repos ne peut être atteint que si l’on éteint également le « feu intérieur ».
L’analyse rabbinique établit un lien direct entre la colère et l’idolâtrie (Avoda Zara, עֲבוֹדָה זָרָה – service étranger). Celui qui se laisse consumer par la colère refuse en réalité la Providence divine (Hachgaha, הַשְגָּחָה – surveillance/providence), car il rejette la réalité telle qu’elle se présente à lui. Le Shabbat exige une Menou’hat ha-Nefech (מְנוּחַת הַנֶּפֶשׁ – repos de l’âme), une maîtrise de soi où l’individu apprend à relativiser ses propres désirs pour s’accorder à la volonté divine.

Le Dimanche de Laetare : De la cécité à l’illumination

Le 15 mars 2026, la liturgie catholique entre dans la quatrième semaine du Carême, marquée par le thème de la joie et de la lumière. Cette célébration fait écho à la discipline de la maîtrise juive en déplaçant le regard de l’apparence extérieure vers la vérité intérieure.


Le regard de Dieu et le discernement des cœurs

La première lecture (1 Samuel 16) relate l’onction de David par le prophète Samuel. Cet épisode illustre une discipline fondamentale du regard : l’apprentissage de la vision divine par opposition à la vision humaine. Samuel est rappelé à l’ordre par Dieu : « Les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur ». Cette maîtrise du regard est une forme de renoncement aux préjugés et aux impressions sensibles immédiates. Dans le contexte du Carême, elle invite le fidèle à une introspection profonde pour débusquer les « ténèbres » de ses propres certitudes.


L’aveugle de naissance et la maîtrise de la vérité


L’Évangile de Jean (Jn 9), lu lors de ce dimanche, met en scène la guérison d’un homme né aveugle. Ce récit constitue une étude de cas sur la maîtrise de la foi face aux pressions extérieures. Alors que les Pharisiens utilisent la loi du Sabbat comme une arme pour « empêcher » le miracle, l’aveugle guéri fait preuve d’une maîtrise remarquable de son propre témoignage.
La discipline de ce dimanche réside dans le passage des ténèbres à la lumière. Pour Saint Paul, cela se traduit par une conduite digne des « enfants de lumière », produisant des fruits de bonté, de justice et de vérité.

Le Carême Protestant 2026 : L’audace du geste libérateur

Le Carême protestant, notamment sous l’impulsion de la pasteure Nathalie Chaumet, propose en 2026 un parcours intitulé « L’audace de vivre : des gestes pour espérer » ( https://www.reforme.net/croire/fetes-religieuses/careme-protestant-2026-laudace-de-vivre-des-gestes-pour-esperer/ ). Le 15 mars, la méditation porte sur le geste de la femme souffrant d’hémorragies (Luc 8, 43-48), thématique qui complète la notion de maîtrise par celle de l’audace de la foi.

S’accrocher à la vie : Une discipline de la résistance

Dans le récit de Luc, la femme malade est une figure d’exclusion. Son geste — s’approcher par derrière et toucher la frange du vêtement de Jésus — est une transgression délibérée. Ici, la maîtrise de soi ne s’exprime pas par l’abstention, mais par une action courageuse qui refuse la fatalité.
Cette approche protestante souligne que la vie spirituelle est un « combat pour la clarté intérieure ». La maîtrise consiste à « ne pas tout croire », à ne pas se laisser enfermer par les diagnostics de mort.

La liberté spirituelle contre l’automatisme religieux

Le pasteur Marc Pernot rappelle que le Carême ne doit pas être vécu comme une contrainte imposée, mais comme un exercice de liberté. La maîtrise de soi est alors la capacité de s’affranchir des injonctions religieuses automatiques pour retrouver un sens personnel à la foi.

L’apport de la Kabbale : Alchimie du Temps et Extinction des Passions

L’approche kabbalistique (Kabbale, קַבָּלָה – réception) offre une lecture poétique et métaphysique qui unifie les trois traditions. Elle ne voit pas dans les interdits du Shabbat une simple règle, mais une pratique technique mystique pour que l’’âme permette de transformer le feu dévorant des passion, en lumière de vérité.

Une présence mystique à révéler dans Exode 35,3 : Shalom et Emet


Une analyse mystique des lettres qui compose le verset en Exode 35,3 permet de dégager une structure spirituelle d’une grande beauté..

Le verset hébreu se lit :« לֹא תְבַעֲרוּ אֵשׁ בְּכֹל מֹשְׁבֹתֵיכֶם בְּיוֹם הַשַּׁבָּת »
(Vous n’allumerez pas de feu dans toutes vos demeures le jour du Shabbat)

  • L’extinction du feu pour la Paix : Les lettres finales des mots « centraux » du verset (ו-שׁ-ל-ם) composent le mot Shalom (שָׁלוֹם – paix/complétude). En faisant taire le « feu » des passions qui nourrissent nos paradoxes et souvent les discordes, on accède à cette Paix qui est le fondement du monde.
  • La Paix source de Vérité : Les lettres finales des mots commençant et finissant le verset (א-ם-ת) forment Emet (אֱמֶת – vérité). Contrairement à une vision rigide que rien n’est produit lors du Shabbat, la mystique suggère ici que le Shabbat permet d’établir une Paix si profonde qu’elle devient la matrice de Vérité.
  • L’Alchimie du Feu : De manière poétique, les premières lettres de Emet (א) et de Shalom (ש) forment, elles même, le mot Esh (אֵשׁ – feu). Cette analogie suggère que le feu des passions humaines est une énergie brute qui, une fois maîtrisée/éteintes et « transmutées » durant le Shabbat, se décompose en ses deux composantes divines : la Paix et la Vérité. Éteindre le feu des passions matérielles, c’est donc libérer l’accès à la vérité par la porte de la paix.


Transposition aux temps chrétiens : Le feu transfiguré


Pour la tradition catholique : L’illumination de l’aveugle-né est la manifestation de cette Emet (Vérité) qui ne peut surgir que du Shalom (Paix) apporté par le Christ. La guérison est un miracle de la paix qui ouvre les yeux sur la réalité divine.
Pour la tradition protestante : L’audace de la femme hémorragique est un « feu saint » qui remplace le feu de la souffrance. En touchant le vêtement, elle accède à la vérité de sa guérison par la paix de sa foi.

Le feu et le Lo Tichbeh


Dans la pensée H’assidique, l’interdiction du feu est liée au verset : « un feu perpétuel brûlera sur l’autel, il ne s’éteindra pas (Lo Tichbeh, לֹא תִכְבֶּה – elle ne s’éteindra pas) ». Le Maggid de Mezeritch interprète cela comme : « le feu éteindra le non (Lo) », c’est-à-dire la négativité. Éteindre le feu matériel le Shabbat permet d’allumer le feu spirituel qui consume les doutes et les cécités intérieures.


Synthèse Interdisciplinaire : La Maîtrise comme Clé du Temps Sacré :

  • Maîtrise de l’action : Le Shabbat juif impose une limite à l’agir (le faire) humain. En éteignant le Esh (feu) des passions, l’homme laisse place au Shalom (paix) et à son action de transformation.
  • Maîtrise de la perception : Le dimanche de Laetare (Réjouissez-vous) montre que la Emet (vérité) jaillit par le cœur. C’est ainsi que l’on passe de la vision des apparences à l’illumination de l’âme.
  • Maîtrise de la réaction : La discipline du Carême et du Shabbat vise à éteindre le feu de l’ego pour devenir « enfants de lumière ».

Quelques implications Pratiques pour le Croyant (judéo-chrétien) en Mars 2026

  • Discipline du repos : Le corps est assujetti pour être transfiguré en serviteur de l’Esprit.
  • Maîtriser le temps pour sauver l’être : L’extinction momentanée du feu des passions permet l’accès à la paix, source fertile de toute vérité.


En conclusion, le week-end du 14-15 mars 2026 invite, une nouvelle fois à la convergence des disciplines. Le « silence » du feu (où le Feu s’efface devant la Paix et la Vérité), la lumière dans les yeux catholiques et l’audace protestante dessinent un même chemin : celui d’une pour le shabbat Humanité qui, par la maîtrise de ses forces intérieures, apprend enfin à regarder le cœur divin et à se tenir dans la lumière du Seigneur.

Mars, l’unicité dans la singularité

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Juifs et chrétiens, deux temps de vies spirituelles, un même désir.

Convergences Métaphysiques et Liturgiques : La Paracha Ki Tissa et le Carême chrétien, mis en dialogue par la Kabbale.


Le calendrier liturgique de l’année 2026 (Adar 5786) offre une analogie spirituelle remarquable entre les traditions juives et chrétiennes, révélant une symétrie profonde dans le traitement de la faute, du pardon et de la restauration de la présence divine. Le Chabbat du 7 mars 2026, qui ouvre la semaine, correspond à la lecture de la Paracha Ki Tissa (כִּי תִשָּׂא) (Exode 30,11 – 34,35), centrée sur l’épisode du Veau d’Or (עֵגֶל הַזָּהָב), tandis que les liturgies chrétiennes engagée dans le temps du Carême, propose des textes prophétiques et évangéliques qui font écho aux mêmes dynamiques de rupture et de réconciliation. De plus les Treize Attributs de Miséricorde, révélés à Moïse après l’apostasie du désert (suite de l’adoration du Veau d’Or), trouvent un prolongement dans les lectures du prophète Michée (première lecture de la messe catholique du 7 mars) et dans le parcours pénitentiel chrétien, le tout s’éclaire merveilleusement par les concepts de la Kabbale lurianique tels que la Shevirat HaKelim (שְׁבִירַת הַכֵּלִים) (le brisement des vases) et le Tikkun (תִּקּוּן) (la réparation).


Le Recensement et la Constitution de l’Identité Spirituelle


La Paracha Ki Tissa s’ouvre sur le commandement du recensement des enfants d’Israël par le don d’un demi-sicle d’argent. Bien que le titre Ki Tissa (כִּי תִשָּׂא) se traduise couramment par « Quand tu prendras » (la somme du recensement) ou « Quand tu feras le compte », l’étymologie hébraïque du verbe suggère également l’idée d’une élévation, souvent interprétée par les Sages comme « Quand tu élèveras la tête » (ou la personne), soulignant que l’acte de compter doit élever l’individu plutôt que le réduire à un chiffre. Le don du demi-sicle souligne l’égalité fondamentale de chaque âme devant le divin et sert de protection contre le fléau, préfigurant le besoin universel d’expiation.

Concept de RecensementSignification LittéraleDimension Métaphysique
Ki Tissa (כִּי תִשָּׂא)Quand tu prendras / élèverasÉlévation de la conscience par la contribution
Machatsit HaShekel (מַחֲצִית הַשֶּׁקֶל)Demi-SicleNécessité de l’autre pour former une unité
Kopher Nafsho (כֹּפֶר נַפְשׁוֹ)Rachat de l’âmeL’acte de donner comme mécanisme de protection

L’analyse kabbalistique voit dans le demi-sicle la reconnaissance que l’homme est une entité incomplète sans sa connexion à la source divine. Le mot Machatsit (מַחֲצִית) (demi) contient la lettre Tsadik (צ) en son centre, entourée de Het (ח) et Yod (י) (formant Hai (חי), la vie) à l’intérieur, et de Mem (מ) et Tav (ת) (formant Met (מת), la mort) à l’extérieur. Cette structure suggère que le don transforme la mort potentielle en vie, principe qui résonne avec l’esprit du Carême chrétien cherchant à restaurer la vie de l’esprit par le partage, la prière et le jeune.

L’Idolâtrie : Entre « Fabrique d’Idoles » et Brisement des Vases.

L’épisode du Veau d’Or (עֵגֶL הַזָּהָב) est un point de rupture majeur de l’Alliance. La théologie protestante, notamment sous l’influence de Jean Calvin, y voit l’illustration parfaite du cœur humain comme une « fabrique d’idoles » : une tendance permanente à vouloir rendre Dieu visible et contrôlable. Le Veau d’Or n’est pas tant un rejet de Dieu qu’une tentative de le domestiquer et le renfermer dans la matière.
L’épisode central est la fabrication du Veau d’Or (עֵגֶל הַזָּהָב), commise alors que Moïse recevait les Tables de la Loi. Le peuple, craignant l’absence du médiateur, se façonne une idole matérielle. L’utilisation de l’or, métal associé à la Séfira (סְפִירָה) Guevoura (גְּבוּרָה) (Rigueur/Jugement), représente la volonté humaine de capturer la présence divine dans une forme fixe.
La tradition rapporte que le Erev Rav (עֵרֶב רַב) (la multitude mêlée) a incité cette dérive, réorientant l’énergie sacrée vers une forme stérile. Cet acte provoqua le brisement des premières tables, interprété comme une réitération historique de la Shevirat HaKelim (שְׁבִירַת הַכֵּלִים) primordiale lors de la création du monde et la dissimulation du divin dans la matière. Mécanisme vécue et revécue, dans les exils et les esclavages.

Le Parallèle Kabbalistique de la Shevirat HaKelim.

La Kabbale lurianique enseigne que les « vases » originels ne purent contenir l’intensité de la lumière et volèrent en éclats. De ces débris naquirent les étincelles emprisonnées dans les écorces du mal, les Kelipot (קְלִפּוֹת). Le brisement des premières tables reflète cette impossibilité pour un peuple souillé de recevoir la lumière pure, rendant nécessaire un processus de réparation par l’effort humain.

ÉvénementCause MétaphysiqueRésultat
Shevirat HaKelim (שְׁבִירַת הַכֵּלִים)Intensité de la lumièreCréation du monde matériel et du libre arbitre
Veau d’Or (עֵגֶL הַזָּהָב)Matérialisation/Limitation du divin en un objet de mortRupture de l’alliance et retour de la mort
Brisement des TablesImpureté incompatibleNécessité d’une loi médiatisée par l’effort

Les Treize Attributs de Miséricorde : Les Canaux de la Grâce.

Suite à la faute, Dieu proclame les Treize Attributs de Miséricorde (Exode 34, 6-7). La perspective protestante y lit la promesse à réaliser par le messie de la Sola Gratia (la grâce seule) : Dieu pardonne non par obligation légale, mais parce qu’Il est souverainement miséricordieux envers un peuple « à la nuque dure ». Selon le Zohar, les Treize Attributs de Miséricorde sont liés à l’arrangement mystique de la « Barbe » de Zeir Anpin (זְעֵיר אַנְפִּין) (la Petite Face), tempérant la justice par la bonté. Les représentations poétiques, parfois anthropomorphique de Dieu (ce qui est un paradoxe au sens de la théologie juive) et de ses actions, dévoilent une typologie subtile de concepts que l’on se doit de visiter pour constater leurs influences souterraines dans la théologie chrétienne et de ce fait d’une proposition d’ensemencement commune de nos représentations du divin.

Comparaison des Versions des attributs de Dieu en Exode et dans Michée éclairées par la kabbale.

La Kabbale et la mystique juive en générale, fait une distinction entre les attributs révélés à Moïse (Paracha du vendredi 6 mars) de ceux de Mi 7, 14-15 à 18-20 (Liturgie catholique du 7-8 mars 2026). L’un et l’autre sont considérés comme des reflets du Divin, mais l’un est une étape de l’autre. Ces attributs relèvent du même projet divin visant à l’accomplissement de la mission humaine, mais le premier ensemble relève des lois et le second des grâces. Le premier rendant possible le second. Les premières, les Treize Attributs de Miséricorde (Exode 34, 6-7), dans la terminologie « anthropomorphique » de la mystique juive et kabbalistique correspondent au Zeir Anpin (זְעֵיר אַנְפִּין) (le « Petit Visage »), où la miséricorde tempère le jugement, tandis que les secondes (Mi 7, 14-15 à 18-20) émanent de l’Arich Anpin (אַרִיךְ אַנְפִּין) (le « Grand Visage »), c’est une source de bonté absolue et infinie. Ces deux notions que nous ne développerons pas complètement ici, correspondent à des pratiques méditatives précises qui déploient avec une grande justesse des éléments qui sont aussi pensées dans la théologie chrétienne. Car le Zeir Anpin (זְעֵיר אַנְפִּין) (le « Petit Visage ») correspond formellement au concept de la coexistence en Dieu de la miséricorde et de la justice évoquée par Thomas d’Aquin. De même le concept de l’Arich Anpin (אַרִיךְ אַנְפִּין) (le « Grand Visage ») se retrouve dans celui de la théologie chrétienne dite de Longanimité de Dieu, dont l’étymologie du nom est en lien avec le nom hébreu.

La Hiérarchie de la Miséricorde et le Tomer Déborah.

La Kabbale distingue donc deux niveaux de miséricorde divine comme la théologie chrétienne. Les attributs d’Exode 34 (Paracha) sont donc liés au Zeir Anpin (זְעֵיר אַנְפִּין – Petit Visage), Dieu agissant avec justice. Ceux de Michée 7 (Liturgie de Carême) sont liés à l’ Arich Anpin (אַרִיךְ אַנְפִּין – Long Visage), la miséricorde pure de la Séfira Keter.

Le Tomer Déborah (תֹּמֶר דְּבוֹרָה – Le Palmier de Déborah), chef-d’œuvre de Rabbi Moché Cordovéro rédigé au XVIe siècle à Safed, constitue le manuel d’éthique et de techniques mystiques de référence pour l’imitation du divin (Imitatio Dei, bien connu des chrétiens). Dans son premier chapitre, cet ouvrage décompose précisément les versets de Michée 7, 18-20 pour en extraire treize mesures de tendresse correspondant à la Séfira suprême, Keter. Autre exemple, la phrase « Tu jetteras au fond de la mer tous nos péchés! » (Mi 7, 19) est interprétée comme symbolisant la dissolution du mal dans la Séfira Bina (בִּינָה), la « Mère Cosmique » ou l’océan de l’entendement… Le Ramak y enseigne que l’homme ne doit pas seulement contempler la miséricorde, mais l’incarner activement dans ses relations humaines pour devenir un réceptacle de la Lumière. Cette œuvre majeure établit ainsi le fondement théologique qui permet de relier la supplique de Moïse dans l’Exode à la proclamation de la victoire absolue de la Grâce chez Michée, en posant les bases d’une série de pratiques mystiques ouvrant à des méditations.

Voici un tableau qui résume cette matière mise en parallèle avec l’arbre Séphirotique :

1YHWH (יהוה – Avant la faute)Qui est un Dieu comme Toi (מִי־אֵ֣ל כָּמ֗וֹךָ)Keter (כֶּתֶר) – Le Roi qui tolère l’insulte.
2YHWH (יהוה – Après la faute)Qui pardonnes l’iniquité (נֹשֵׂ֤א עָוֹן֙)Hokhma (חָכְמָה) – Effacer la tache spirituelle.
3El (אֵל – Tout-Puissant)Qui passes sur le péché (וְעֹבֵ֣ר עַל־פֶּ֔שַׁع)Bina (בִּינָה) – Laver la racine de la révolte.
4Rakhum (רַחוּם – Clément)Au reste de son héritage (לִשְׁאֵרִ֖ית נַחֲלָת֑וֹ)Hesed (חֶסֶד) – L’amour viscéral (matrice).
5Ve-Khanun (וְחַנּוּן – Gracieux)Il ne garde pas sa colère (לֹא־הֶחֱזִ֤יק לָעַד֙ אַפּ֔וֹ)Guevoura (גְּבוּרָה) – Retenir le jugement strict.
6Erekh Apayim (אֶרֶךְ אַפַּיִם – Patient)Car il prend plaisir à la grâce (כִּֽי־חָפֵ֥ץ חֶ֖סֶד הֽוּא)Tiferet (תִּפְאֶרֶת) – Désir inconditionnel de donner.
7Rav Hesed (וְרַב־חֶסֶD – Bonté)Il aura encore pitié de nous (יָשׁ֣וּב יְרַחֲמֵ֔נוּ)Netzah (נֶצַח) – Victoire éternelle de la pitié.
8Ve-Emet (וֶאֱמֶת – Vérité)Il foulera nos iniquités (יִכְבֹּ֖שׁ עֲוֹנֹתֵ֑ינוּ)Hod (הוֹד) – Maîtriser les forces accusatrices.
9Notzer Hesed (נֹצֵר חֶסֶד – Préserve)Jetteras les péchés à la mer (וְתַשְׁלִ֛יךְ בִּמְצֻl֥וֹת יָ֖ם)Yesod (יְסוֹד) – Dissolution dans la « Mère » Bina.
10Noseh Avon (נֹשֵׂא עָוֹן – Supporte)Tu seras fidèle à Jacob (תִּתֵּ֤ן אֱמֶת֙ lְיַעֲקֹ֔ב)Malkhout (מַלְכוּת) – Réalité de la vérité accomplie.
11Va-fesha (וָפֶשַׁע – Transgression)Tu montreras ta bonté à Abraham (חֶ֖סֶד lְאַבְרָהָ֑ם)Racine du Hesed – Amour ancestral élevé.
12Ve-khata-ah (וְחַטָּאָה – Faute)Comme tu l’as juré (אֲשֶׁר־נִשְׁבַּ֥עְתָּ)Alliance – La force du serment divin.
13Ve-nakeh (וְנַקֵּה – Purifie)Depuis les jours d’autrefois (מִימֵ֥י קֶֽדֶם)Atik Yomin – Source pré-temporelle.

Quelques pistes pour de prochaines recherches : Massa, Mériba et le Rocher.

Le 8 mars 2026 (3ème dimanche de Carême), la lecture liturgique catholique relate l’épreuve de Massa (מַסָּה) (Épreuve) et Mériba (מְרִיבָה) (Querelle) (Exode 17, 3-7). Moïse frappe le rocher, Tsour (צוּר), pour en faire sortir de l’eau. « Kabbalistiquement », cela symbolise l’adoucissement de la rigueur par la libération des « eaux » de la sagesse, Hokhma (חָכְמָה). Dans l’Évangile (Jean 4), Jésus offre à la Samaritaine une « eau vive », forme de Tikkun (תִּקּוּן) où l’adoration devient intérieure. Le rayonnement du visage de Moïse, Karan Or (קָרַן עוֹר), après les secondes tables, prouve que la chair peut être transfigurée par la sainteté. Autre points de convergences majeurs celle du médiateur. Dans Ki Tissa, Moïse s’offre en sacrifice : « sinon, efface-moi de Ton livre ». La théologie chrétienne (catholique et protestante) y voit une préfiguration du Messie, médiateur parfait qui restaure l’Alliance. Le rocher frappé à Massa (מַסָּה) et Mériba (מְרִיבָה) (Exode 17, lecture du 8 mars 2026) devient, dans cette optique, le Messie lui-même, source d’eau vive purifiant les étincelles égarées, que seule Myriam/Marie recevant toutes les grâce peut mettre au monde (voir : Miriam/Marie promesse du Mashia’h/Messie ).

Je vous propose, en cet esprit de la Paracha Ki Tissa et de ce temps de carême, trente-Deux chemins de méditations pouvant être sources de sagesses communes :

  1. Le cycle de Ki Tissa (כִּי תִשָּׂא) s’ouvre sur un recensement dont le nom évoque littéralement le fait de « prendre » la somme, mais suggère symboliquement une « élévation » de l’âme. Le Carême catholique est un temps d’élévation similaire par la pratique de l’aumône.
  2. L’apostasie du Veau d’Or (עֵגֶל הַזָּהָב) révèle la fragilité humaine face au silence divin.
  3. L’idolâtrie est la projection d’une représentation matérielle sur l’infini de Dieu.
  4. Le brisement des tables sanctionne l’incompatibilité de l’impureté avec la lumière, mais la supériorité de l’amour inconditionnel.
  5. Ce brisement reflète la Shevirat HaKelim (שְׁבִירַת הַכֵּלִים) le paradoxe de la Création, le grand cataclysme amoureux.
  6. Moïse intercède en tant que médiateur d’une miséricorde qui transcende la faute.
  7. La révélation des Treize Attributs invite au le triomphe de la grâce par la loi.
  8. Ils sont les canaux (les 13 attributs) de la « Barbe » de Zeir Anpin (זְעֵיר אַנְפִּין) dans le monde.
  9. Michée 7 invoque ces attributs au niveau suprême de Arich Anpin (אַרִיךְ אַנְפִּין).
  10. Jeter les péchés en mer symbolise la dissolution de l’égo dans la source de Bina (בִּינָה).
  11. Le Carême invite à une plongée purificatrice dans les eaux du repentir.
  12. Le fils prodigue montre que le retour déclenche une fête dans le monde céleste.
  13. Le veau gras de la réconciliation répare symboliquement l’offense du veau d’or (עֵגֶל הַזָּהָב).
  14. Le beau vêtement offert restaure la dignité et le rayonnement originel de l’homme.
  15. La soif à Massa (מַסָּה) et Mériba (מְרִיבָה) trahit l’attachement aveugle aux besoins charnels.
  16. Frapper le rocher, Tsour (צוּר), adoucit la rigueur pour en faire jaillir la vie.
  17. Le Messie est le rocher spirituel qui accompagne le croyant dans son désert.
  18. La Samaritaine représente la conversion de l’âme qui dépasse les soifs éphémères.
  19. L’eau vive promise coule directement des profondeurs de la Sagesse divine.
  20. Adorer en esprit et en vérité signifie briser les idoles formelles de la religion.
  21. Le rayonnement du visage, Karan Or (קָרַן עוֹר), manifeste la présence intérieure.
  22. Le voile de Moïse protège ceux dont les yeux sont encore tournés vers l’ombre.
  23. Le Carême est le temps privilégié pour lever les voiles qui obscurcissent le cœur.
  24. Les secondes tables marquent la victoire du Tikkun (תִּקּוּן) sur le chaos.
  25. Le mois d’Adar est celui où la tristesse se change en joie par la force du pardon.
  26. La joie du pardon est le véritable moteur de la progression vers la Pâque.
  27. Les étincelles perdues du brisement sont recueillies par chaque acte de bonté.
  28. La Miséricorde est ancrée dans le nom sacré YHWH (יהוה), l’Essence même du Don.
  29. L’équilibre entre Hessed (חֶסֶד) et Guevoura (גְּבוּרָה) maintient l’harmonie du monde.
  30. La fin de la paracha voit Moïse transfiguré, annonçant la lumière de la résurrection.
  31. La Miséricorde demeure le fondement ultime de la réparation intégrale, le Tikkun Olam (תִּקּוּן עוֹלָם).

Une Synergie de Restauration


La convergence de Ki Tissa (כִּי תִשָּׂא) et du Carême chrétien souligne que le pardon n’est pas un simple effacement, mais une réunification mystique. Le mot Ahava (אַהֲבָה) (Amour) et Ehad (אֶחָד) (Un) ont tous deux la valeur 13, s’unissant dans le Nom divin (26) pour restaurer l’Unité. En 2026, cette synergie invite chaque fidèle, juifs et chrétiens à transformer sa soif en source vive et son cœur de pierre en un visage rayonnant.

+++ INFORMATION STAGE : « Pratiques méditatives de l’hébreu sacré » du vendredi 15 mai (fin d’après-midi) au dimanche 17 mai (fin de journée) à NOTRE-DAME-DE-PÉPIOLE 1106, Chemin de Pépiole, 83140 Six Fours les plages

+++ Pré-inscription et informations par tel : 06 48 55 54 79

+++ Ou par courriel : bruno.fou32@gmail.com

Miriam/Marie promesse du Mashia’h/Messie : le PodCast

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« …Pour appréhender la relation entre Mashiach et Miriam, il est impératif de comprendre que la Kabbale, particulièrement celle issue de l’école de Safed au XVIe siècle, traite les lettres comme les « chromosomes » de l’Homme Primordial (Adam Kadmon). La langue hébraïque est considérée comme le Lashon HaKodesh, la « Langue Sainte et Sacré », dont chaque graphie, chaque Chorégraphie pourrait-on dire, chaque valeur numérique et chaque positionnement dans un mot modifie, potentiellement la structure de la réalité… »

Pour écouter le PodCast cliquez sur le lien :

https://www.youtube.com/watch?v=K119dLfo2ho

Marie/Myriam porte du Messie

Miriam/Marie promesse du Mashia’h/Messie.

Marie/Myriam porte du Messie
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L’œuvre Messianique est en partie dévoilée par l’étude kabbalistique des mots hébreux Mashiac’h (מָשִׁיחַ) et Miriam (מִרְיָם). Une « vision » sémiologique qui invite Juifs et chrétiens à la conscience de la nécessite de l’équilibre du féminin et du masculin (en toute chose !). Un équilibre et un processus, clé de la réparation « finale » du monde, porte de la parousie1.


La science de la combinaison des lettres hébraïques, ou Hokhmat HaTsirouf2, postule que l’univers n’est pas composé de matière inerte, mais d’un agencement complexe de fréquences vibratoires représentées par les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu et leurs combinaisons vocalisées grâce aux voyelles (voir : Le chant des voyelles hébraïques…) Dans cette veritable architecture cosmogonique que forme l’hébreu sacré, les mots ne sont pas de simples vecteurs de communication, mais des « réservoirs » d’énergie divine, souvent comparés à des « boîtes à bijoux » qu’il convient d’ouvrir avec une précision chirurgicale pour en libérée en conscience la lumière. Cette petite étude, se propose d’examiner la corrélation sémiologique et ontologique entre deux piliers du salut dans la tradition mystique juive et chrétienne : le mot Messie (Mashiach – מָשִׁיחַ) et le nom Myriam/Marie (Myriam – מִרְיָם). À travers l’étude de la lettre Mem (מ), des racines étymologiques et des équations numériques de la Gematria, cette analyse invite à penser le féminin comme un réceptacle de la lumière rédemptrice et comment cela s’articulent pour œuvrer à la réparation du monde (Tikkun Olam). Une geste spirituelle et initiatique ou le « féminin » reprend sa fonction primordiale en altérité avec le masculin.


Le cadre théorique de la sémiologie kabbalistique


Pour appréhender la relation entre Mashiach et Miriam, il est impératif de comprendre que la Kabbale, particulièrement celle issue de l’école de Safed au XVIe siècle, traite les lettres comme les « chromosomes » de l’Homme Primordial (Adam Kadmon). La langue hébraïque est considérée comme le Lashon HaKodesh, la « Langue Sainte et Sacré », dont chaque graphie, chaque Chorégraphie pourrait-on dire, chaque valeur numérique et chaque positionnement dans un mot modifie, potentiellement la structure de la réalité.


L’école de Safed fut le théâtre d’un renouveau exceptionnel porté par des figures majeures telles que Moïse Cordovero (le Ramak), Salomon Alkabetz, Isaac Louria (le Ari Zal) et Haym Vital. Avant la révolution lourianique, Moïse Cordovero a magistralement synthétisée de manière encyclopédique la pensée kabbalistique, notamment à travers ses commentaires sur le Zohar, posant les jalons d’une compréhension élargie et structurelle des émanations divines. Dans ce système, le Messie n’est pas seulement une figure historique attendue, mais une fonction de la lumière divine qui doit être « accouchée et nommée en toutes éléments du réel » par un réceptacle adéquat. Myriam, dont le nom contient les clés de la matrice et de l’eau, incarne, au sens mystique, ce réceptacle crucial.

L’archétype de la lettre Mem : matrice et cœur du mystère de l’incarnation divine.


La lettre Mem (מ) occupe une place centrale dans notre petite étude, apparaissant au début du mot Mashiach (מָשִׁיחַ) et aux deux extrémités du nom Miriam (מִרְיָם). En tant que treizième lettre de l’alphabet, elle symbolise les « eaux », la fluidité, et parfois l’intelligence divine (Mayim) et possède une valeur numérique de 40.


La dualité graphique : ouverture et clôture.


La morphologie graphique de la lettre Mem présente une particularité dans l’alphabet hébreu en temps que lettre finale : elle possède donc deux formes distinctes. Le Mem ouvert (מ), utilisé au début ou au milieu des mots, et le Mem fermé ou final (ם), utilisé exclusivement à la fin. Cette dualité graphique est le support d’une distinction théologique profonde :

  • Le Mem ouvert représente la Torah révélée (Niglé), la connaissance accessible et le flux de la vie qui descend vers le monde.
  • Le Mem fermé symbolise la Torah cachée (Nistar), les enseignements ésotériques de la Kabbale et le mystère de la gestation messianique.


Dans le nom de Myriam (מִרְיָם), l’alternance entre le Mem ouvert initial et le Mem fermé final suggère un cycle complet. Elle est à la fois l’ouverture vers le processus de délivrance et le scellé qui protège la sainteté du germe messianique. Le Mem initial de Mashiach (מָשִׁיחַ) indique que le Messie est celui qui vient enseigner la Torah, mais sa mission ultime est de « briser » le sceau du Mem fermé pour révéler les secrets de la création à l’humanité entière.

La symbolique du chiffre 40 et la gestation du salut


La valeur numérique 40 associée au Mem n’est pas fortuite dans la théologie du salut. Elle marque les étapes de transition et de purification nécessaires à toute naissance spirituelle.

Myriam est sémiologiquement liée à cette dimension de « 40 ». Elle est la « Matrice » qui porte le processus de transformation. Le Talmud souligne que le Mem symbolise le ventre de la femme et sa capacité naturelle à donner la vie, mais aussi à opérer un retour vers l’intérieur pour se transformer et permettre la réparation du « monde ». Le Messie, en tant que fruit de cette transformation, est celui qui émerge après l’accomplissement de ces « quarante » cycles.


Miriam : l’alchimie de l’amertume et le puits de la vie.


Le nom Miriam dérive de la racine Mar (מַר), signifiant « amertume ». Cette amertume renvoie Théologiquement et mytho-historiquement à la dureté de l’esclavage en Égypte, Comme évoqué dans le Bible. Dans une perspective mystique, elle représente le Din (la Rigueur), l’état de contraction nécessaire avant l’expansion de la lumière.


Du Mar (Amer) au Maor (Luminaire).


La fonction de Myriam dans « la geste » messianique est d’opérer un « adoucissement des rigueurs » (Hamtakat HaDinim Beshorsham)3. L’amertume (Mar) n’est pas une fin en soi, mais le catalyseur de la soif spirituelle, par l’épreuve. En hébreu, la racine Mar peut être « transmutée ». Si l’on ajoute un Aleph (symbole de l’unité divine) au centre de Mar, on obtient Maor (מָאוֹר – Strong 03974), le luminaire… Cette transformation est aussi illustrée dans l’épisode biblique des eaux de Mara (Ex. 15; 23-25), où Moïse, sur l’ordre divin, jette un morceau de bois dans des eaux amères pour les rendre douces. Myriam préfigure cette capacité de conversion. Elle est, rappelons le, La prophétesse qui chante au bord de la Mer Rouge, transformant la terreur du jugement (La menace de l’extermination par l’armée de Pharaon) en chant de la victoire (une fois la traversée faite). Sans le chant de Myriam, poétiquement, nous pouvons penser que la manifestation du Messie, l’acte de traversée de la Mer des Joncs et l’émotion sidérante de terreur, serait restée bloquée dans la rigueur…Toute la question est de savoir comment faire monter ce chant !


Le Puits de Myriam réceptacle et catalyseur de l’œuvre sefirotique.


On retrouve dans le Zohar, le récit traditionnel associant Myriam à un puits miraculeux qui accompagnait les Israélites dans le désert. Ce puits est analysé comme le réceptacle de la Sefira Yesod (le Fondement) dans son aspect masculin, ou plus précisément comme la Sefira Malchut (le Royaume/Féminin) qui reçoit (accouplement) et redistribue les eaux de la sagesse du « fondement/masculin »(Yesod). Le texte précise que ce puits a été creusé par les patriarches (les Sefirot de Chesed, Gevurah, Tiferet), mais que c’est Myriam qui en ouvre et permet l’accès.
Ce puits est une « source scellée » qui remonte des profondeurs de la terre pour nourrir les âmes. Il représente la capacité de l’individu à puiser dans son inconscient et dans les textes sacrés pour en faire jaillir une « Eau Vivante ».

Le Messie, dont Myriam permet la manisfestation est aussi décrit comme celui qui fera à boire l’humanité à ce puits et qui en fera déborder les eaux pour irriguer le monde entier de la connaissance de Dieu.


Mashiach : la restauration de la lumière et la Gematria du salut.


Le mot Mashiach (מָשִׁיחַ) désigne celui qui est oint d’huile sacrée. Dans la symbolique kabbalistique, l’huile représente la Sefirah Chokhmah (Sagesse), car elle est l’essence qui imprègne tout, mais reste distincte, inaccessible en sa totalité. Le Messie est l’être dont la structure spirituelle est totalement alignée avec cette sagesse primordiale et ontologique à la création.


L’équation métaphysique : Miriam + Chayim = Mashiach


L’une des mises en cohérences les plus saisissante de la connexion entre Myriam et le Messie réside dans l’analyse numérique de leurs noms. La Guematria permet de révéler des parentés ontologiques entre des concepts apparemment distincts.


Calculons les valeurs respectives :

  • Miriam (מרים) = 40 (Mem) + 200 (Resh) + 10 (Yod) + 40 (Mem) = 290.
  • Mashiach (מָשִׁיחַ) = 40 (Mem) + 300 (Shin) + 10 (Yod) + 8 (Chet) = 358.
  • La différence entre ces deux valeurs est de : 358 – 290 = 68.
  • Le chiffre 68 est la valeur numérique exacte du mot Chayim (חיים), qui signifie « La Vie ».
  • Chayim (חַיִּים) = 8 (Chet) + 10 (Yod) + 10 (Yod) + 40 (Mem) = 68.

Cette relation mathématique Miriam + Chayim = Mashiach suggère que Miriam est la structure, le vase, qui attend de recevoir la « Vie Divine » pour manifester le Messie. Sans le réceptacle de Myriam (le féminin, l’âme humaine, la préparation), la Vie reste abstraite et non manifestée. À l’inverse, sans la Vie (Chayim), Myriam reste dans l’amertume du Mar. L’union des deux engendre la rédemption, le retour, l’engendrement de la pureté…

Le Messie et le Serpent : le secret de la rectification.

Une autre correspondance célèbre en Gematria lie Mashiach (358) au mot Nachash (נָחָשׁ), le serpent, qui totalise également 358. Cette égalité numérique indique que le Messie est la force spirituelle destinée à rectifier le péché originel induit par le serpent dans le jardin d’Éden. Là où le serpent a apporté la mort en séparant les mondes par le mensonge, le Messie apporte l’unité en reliant le haut et le bas et en rétablissant la vérité. Ce qui est, par ailleurs, à mettre en parallèle avec le fameux « 666 » de l’Apocalypse de saint Jean et les 42 générations d’Abraham au Messie évoquées dans Matthieu 1; 1-17.

Cette mission de rectification s’opère par la transformation du poison en remède. Le Messie « monte » sur le serpent, utilisant la même énergie (358) pour élever la matière vers l’esprit. Dans ce processus, Myriam joue le rôle de la « nouvelle Éve », la matrice purifiée qui ne succombe pas à la séduction du serpent, permettant ainsi à la lignée messianique de se déployer dans la sainteté.

Le paradoxe du Mem fermé dans Isaïe 9:6

Un mystère scriptural majeur lie le Messie au Mem fermé de manière explicite. Dans le livre d’Isaïe (9;6), le prophète annonce la naissance d’un enfant royal : « Pour l’accroissement (Le-marbeh) de l’empire et pour une paix sans fin ». En hébreu, le mot Le-marbehםרבה) est écrit de façon anormale : le Mem au milieu du mot est un Mem fermé (ם), alors qu’il devrait être ouvert.

L’explication du Talmud : le scellé de l’histoire

Le Talmud (Sanhédrin 94a) rapporte que Dieu voulait faire du roi Ézéchias le Messie de son temps. Cependant, parce qu’Ézéchias n’a pas chanté de louanges après la destruction de l’armée de Sennachérib, la « porte » de la rédemption s’est refermée. Le Mem fermé au milieu de Le-marbeh témoignerait de cette occasion manquée.

D’un point de vue kabbalistique, ce Mem scellé représente l’exil de la présence divine (Shekhinah). La rédemption est « enfermée » dans la matière. Le rôle de Myriam est précisément d’initier le mouvement inverse. Par son nom qui se termine par un Mem fermé, elle « contient » le secret. Par son chant et son action, elle travaille à la réouverture de ce Mem pour que le Messie puisse apparaître. D’une certaine manière pour libérer le messie en chacun de nous nous devons révéler la grandeur de Myriam.

La percée messianique : ouvrir le scellé ou les scellés.

Le Messie est appelé celui qui « brise les barrières » (Parats – פָּרַץ -Strong 06555). Sa fonction est de transformer le Mem fermé (ם) en un canal de lumière. Dans les textes de Safed, on explique que le Messie enseignera une « nouvelle Torah », non pas une loi différente, mais une compréhension si profonde qu’elle semblera nouvelle. Il s’agit de la Torah du Mem fermé, la connaissance des mondes supérieurs qui était jusqu’alors inaccessible à l’intellect humain. Cette même « idée » de réalisation pour la fin des temps peut-être mise en analogie avec ses sept sceaux évoqués dans l’Apocalypse 6.1-17, 8.1-5.

La Kabbale de Safed et les « pratiques » permettant la transformation.

L’essor de la Kabbale à Safed au XVIe siècle n’était pas seulement un renouveau académique, mais une réponse spirituelle à la souffrance de l’exil après l’expulsion d’Espagne. Les kabbalistes de cette époque ont développé des techniques précises pour hâter la venue du Messie et entrer en résilience, en s’appuyant sur la figure de Myriam/Marie. Ces techniques ont été l’objet d’études importantes sur le plan pratique, dans les milieux marranes…

Le Tikkun et l’élévation des étincelles.

Isaac Louria a enseigné que chaque acte humain, chaque mot prononcé avec intention (Kavanah) et dans un processus de « metaphorisation » précis, peut libérer une étincelle de sainteté prisonnière des « coquilles » (Kelippot). Ce processus est intrinsèquement lié à l’eau du puits de Myriam. De même que l’on lave un objet pour en retirer la souillure, l’étude de la Kabbale purifie l’âme et permet aux étincelles de remonter vers leur source divine. Moïse Cordovero soulignait déjà l’importance de cette purification éthique et mystique comme préalable indispensable à la réception de la Sagesse de Vérité.

La diffusion des secrets comme préparation messianique.


Contrairement aux époques antérieures où la Kabbale était gardée secrète, l’école de Safed a proclamé qu’il était désormais « obligatoire et urgent » de diffuser ces enseignements. L’idée est que la connaissance des mystères du Mem fermé est un vecteur fondamental de la rédemption. En étudiant les rapports entre Mashiach et Miriam, l’élève ne fait pas qu’apprendre une théorie ; il participe activement au retour de la Jérusalem céleste sur terre, qui est décrit par les mystiques comme un corps de chair et de souffle imprégné de divinité…


Synthèse sémiologique : une voie vers la maîtrise spirituelle.


L’analyse croisée des structures de Mashiach et Miriam nous offre une vision unifiée du processus spirituel :

  • Le Commencement (Mem ouvert) : Tout commence par une ouverture, une soif de comprendre, symbolisée par le premier Mem de Myriam et de Mashiach.
  • La Traversée (Resh, Yod, Shin) : Le chemin passe par l’épreuve du désert, le raffinement de l’intellect et le feu de la passion spirituelle (Shin).
  • L’Intériorisation (Mem fermé) : Le secret doit être protégé, médité et mûri dans le silence de l’âme réceptive.
  • L’Intégration de la Vie (Gematria 68) : L’union de la structure réceptrice et de l’énergie vitale pour enfanter la conscience libérée.
  • La Translucidité (Chet) : L’aboutissement est la transcendance (le chiffre 8 du Chet de Mashiach), où l’homme devient un canal pur pour l’infini.


Cette structure révèle que le Messie n’est pas une entité séparée de nous, mais l’état de complétude que nous atteignons lorsque notre « Miriam » intérieure est fécondée par la « Vie » divine.

L’appel à l’étude et la transmission vivante.


L’exploration sémiologique du rapport entre Mashiach et Miriam nous rappel que les textes sacrés sont des organismes vivants, dotés d’une profondeur inépuisable. La Kabbale nous enseigne que nous vivons dans un monde de voiles, et que chaque lettre hébraïque et ses vocalisation par le mystère des voyelles est une fenêtre ouverte sur l’éternité. Cependant, la manipulation de ces énergies et la compréhension de ces mystères ne peuvent se faire sans un guide expérimenté.


Comme l’indiquait Rabbi Haym Vital dans son Livre des « Visions », la transmission de la Kabbale repose sur une lignée ininterrompue de maîtres et d’élèves4. La complexité des permutations de lettres, les nuances des valeurs numériques et la profondeur des commentaires de maîtres de la kabbale, exigent une étude méthodique et accompagnée.


Les enseignements présentés ici ne sont qu’un aperçu de la richesse de la tradition ésotérique juive. Ils éclairent aussi la tradition chrétienne, en révélant certains aspects « opératifs ». Pour celui qui souhaite passer de la simple curiosité intellectuelle à une véritable transformation intérieure, l’engagement dans un parcours d’étude est l’étape suivante naturelle. C’est par la parole vivante, le dialogue et l’étude rigoureuse de la diversité des doctrines que les « eaux de Myriam » peuvent véritablement commencer à couler dans le cœur de l’étudiant.


La porte du Mem est ouverte. L’étude n’est pas une fin en soi, mais le moyen par lequel nous réparons nos propres vases brisés et cultivons ce qui nous est de singulier, ainsi nous participons à l’avènement d’un monde de paix et de clarté.

Information prochain stage sur les pratiques méditatives liées o l’hébreu sacré : (https://lun-deux.fr/pratiques-meditatives-de-lhebreu-sacre/)

Contacts :

Par tel : 06 48 55 54 79

Ou par courriel : bruno.fou32@gmail.com

  1. Le terme parousie désigne originellement la présence invisible du Messie dans le monde depuis la création et sa manifestation visisible/incarnée sur terre à la fin des temps ↩︎
  2. Cette « science des combinaisons » est le fondement de la pratique méditative consistant à permuter les lettres pour atteindre des états de conscience supérieure. Elle est considérée comme la « grammaire » de la Création, permettant de déchiffrer les structures énergétiques du monde. Le terme Hokhmat HaTsirouf n’est pas seulement générique ; il est le nom technique et spécifique de la méthode de Kabbale prophétique ou extatique développée, notamment, par Abraham Aboulafia au XIIIe siècle. On le retrouve aussi sous la forme Hokhmat ha-Nistar (Sagesse du caché) ou Hokhmat ha-Emet (Sagesse de vérité). Ces termes peuvent aussi désigner la Kabbale dans son ensemble. ↩︎
  3. Le concept de Hamtakat HaDinim Beshorsham, ou l’adoucissement des jugements à leur racine, est l’un des piliers de l’enseignement du Ba’al Shem Tov, fondateur du mouvement hassidique. Cette doctrine enseigne que la crise elle-même contient les germes de la rédemption. Au lieu de fuir le jugement ou de le combattre par des moyens purement matériels, le mystique cherche à élever sa conscience pour percevoir la racine divine de la difficulté. ↩︎
  4. La lignée à laquelle appartient l’auteur de ces lignes est celle d’une famille de marranes d’origine portugaise, installée en Bretagne au 18e siècle, en la personne d’A. Salömon créateur du groupe de Kabbaliste chrétiens et juifs : Ha-Cohen. ↩︎

Le cœur brisé et la réparation

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La théologie prophétique de la repentance et de la réparation, par l’analyse du mot ( brisée ) נִדְכֶּה et de sa racine (Psaume 51:19)

I. Introduction Contextuelle : Le Psaume 51 et la Nature du sacrifice spirituel

Le Psaume 51, traditionnellement intitulé Miserere (Aie pitié), constitue l’un des sommets de la littérature sapientiale et pénitentielle de la Bible hébraïque. Il est classiquement attribué au Roi David, exprimant sa profonde repentance à la suite de l’affaire impliquant Bath-Shéba et Urie, le Hittite. Ce psaume sert de modèle paradigmatique pour la confession individuelle et la supplique pour la purification spirituelle face à une transgression grave. Il met en en prières et pensées la souffrance existentielle qui est au cœur de chaque existence humaine.

L’objet de cette analyse est le verset 19 ( nous utilisons la traduction française Segond:17). Ce verset met en lumière la nature du sacrifice jugé véritablement agréable à Dieu. Le texte hébreu se lit comme suit :
זִבְחֵי אֱלֹהִים, רוּחַ נִשְׁבָּרָה:לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה, אֱלֹהִים, לֹא תִבְזֶה

La traduction littérale et exégétique courante est : « Les sacrifices [agréables] à Dieu, c’est un esprit contrit ; un cœur brisé et abattu, Ô Dieu, tu ne le dédaignes point ». L’unité lexicale spécifique sur laquelle nous allons nous attarder est וְנִדְכֶּה (wə-niḏ-keh), qui fait partie du syntagme לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה (lēḇ-nišbār wəniḏkeh), traduisant l’état de contrition la plus profonde.


Le verset 19 ne peut être compris sans référence au verset précédent (v. 18/16), où le psalmiste déclare que Dieu ne prend point plaisir aux sacrifices matériels : « Car tu ne souhaites pas de sacrifices, je les offrirais volontiers ; tu ne prends point plaisir aux holocaustes ». Ce constat prépare l’affirmation centrale du verset 19 : l’unique offrande valable est un état spirituel radicalement transformé. L’expression cruciale pour qualifier l’acceptation divine de cet état est lō’ ṯiḇzeh (ne pas dédaigner). L’usage de cette expression négative forte, signifiant que Dieu ne rejette absolument pas ce cœur brisé, positionne cet état d’humiliation interne non seulement comme une alternative aux sacrifices rituels, mais comme leur substitut théologiquement supérieur. Ce principe établit une inversion de la valeur rituelle : ce qui est foncièrement imparfait et abattu (וְנִדְכֶּה/niḏkeh) est élevé au rang de sainteté (קָדוֹשׁ/qadosh), devenant ainsi l’essence de la théologie prophétique de la repentance. La miséricorde divine ne réside pas dans la perfection de l’offrande extérieure, mais dans l’état de soumission et d’écrasement de l’ego par l’humilité qu’elle représente.

II. Analyse Morphologique de l’Unité Lexicale וְנִדְכֶּה

L’analyse de וְנִדְכֶּה (wə-niḏ-keh) nécessite une décomposition morphologique précise pour isoler la racine verbale et déterminer sa fonction grammaticale dans le contexte du Psaume 51:19.


L’aspect formelle et linguistique :
Le mot se divise en deux composantes distinctes. La première est la conjonction de coordination וְ (Wə-), signifiant « et ». Cette conjonction relie l’unité lexicale analysée à l’adjectif verbal nishbar (brisé), soulignant l’accumulation et l’intensité de l’état de contrition requis pour l’offrande spirituelle.
La seconde composante est le radical נִדְכֶּה (niḏ-keh). L’analyse de ce radical mène directement à l’identification de sa racine (Šoreš) et de son Binyan (conjugaison).


L’Identification de la Racine Šoreš et du Binyan
La structure consonantique fondamentale de נִדְכֶּה est ד.כ.ה (D-K-H). Cette séquence trilittère correspond à la racine verbale דָּכָה (dāḵâ), répertoriée sous le numéro Strong :1794. Le sens fondamental de cette racine est « écraser », « briser », ou « déprimer ».
Quant à la conjugaison, le préfixe נִ (Ni-) est le marqueur morphologique du Binyan Niphal. La forme niḏ-keh est identifiée comme un Participe Passif (ou un adjectif verbal) au Masculin Singulier, s’accordant avec le sujet lēḇ (לֵב/cœur).


La Fonction Sémantique du Niphal.
L’utilisation du Binyan (construction) Niphal dans ce contexte est d’une importance théologique majeure. Le Niphal exprime l’action subie par le sujet (passif) ou un état résultant de cette action. Par conséquent, niḏ-keh signifie « celui qui a été écrasé » ou « celui qui est abattu ». Le choix du participe passif est un choix linguistique lourd de conséquences théologiques. Si le terme avait été conjugué dans une forme active, il aurait pu suggérer que l’être humain est l’artisan volontaire de sa propre contrition. Le passif (Niphal) confirme, au contraire, que cet état de brisure spirituelle est le résultat subi d’une puissance supérieure, souvent interprétée comme la discipline et ce qu’elle provoque de transformation, de jugement, ou de mise à l’épreuve de Dieu. La contrition exprimée par niḏkeh n’est donc pas une initiative humaine d’auto-flagellation, mais une réponse et une reconnaissance de l’incapacité humaine à se relever de ses propres forces, signalant l’acceptation de la nécessité de la grâce divine. Le suppliant reconnaît qu’il est en état d’échec total (comme les os brisés mentionnés au verset 8 et 10 du même Psaume).

Tableau 1 : Analyse Morphologique Détaillée de Wə-niḏ-keh (וְנִדְכֶּה)

Composant HébreuTranslittérationRacineBinyan / FonctionSignification StructurelleRéférence Strong’s
וְWə-N/AConjonction (Waw)« Et »N/A
נִדְכֶּהNiḏ-kehד.כ.הNiphal (Participe M. Sg.)« Celui qui a été broyé » / « Abattu »1794

III. L’Identification Lexicographique : La Racine דָּכָה (Strong : 1794) et sa Variation דָּכָא (Strong : 1792)

L’étude lexicographique révèle que la racine דָּכָה (dāḵâ, H1794) est au centre de l’idée d’écrasement ou d’oppression dans l’hébreu biblique.

La Racine et son Champ Sémantique
La racine דָּכָה (H1794) possède un sens fondamental très physique : « écraser », « piler » ou « réduire en morceaux ». Il est important de noter l’existence d’une racine quasi-identique et interchangeablement utilisée en hébreu biblique : דָּכָא (Strong : 1792, verbe Lamed-Aleph). Les spécialistes confirment que la base דָּכָה est « liée et identique en signification à la base : דכא ». L’analyse complète du concept de contrition (l’état nidkeh) doit donc intégrer les occurrences et le champ sémantique des deux formes verbales pour saisir la pleine portée théologique du terme

L’analyse de la racine דָּכָה à travers ses conjugaisons (Binyanim) illustre la gamme sémantique de l’écrasement :


Qal : Décrit l’action simple ou l’état d’affaissement. Par exemple, Psaume 10:10 utilise une forme de la racine pour décrire celui qui « se brise, il s’affaisse » (yidkeh), indiquant un affaissement physique ou moral.
Pi’el (Intensif/Causatif) : Décrit l’action d’écraser de manière violente ou répétée. Dans Psaume 44:19, le psalmiste s’adresse à Dieu en disant : « Tu nous as brisés » (dikkîtānû), soulignant que l’agent de l’écrasement est souvent la discipline ou le jugement divin.
Niphal (Passif/Statique) : Décrit l’état résultant d’avoir été écrasé, c’est-à-dire l’état d’être brisé, abattu ou contrit, comme dans Psaume 51:19.


L’Intensité Physique de la Contrition :
Le choix d’une racine dont le sens littéral est « broyer » ou « piler » (comme on pilerait le grain, l’encens ou les os) est significatif. Il indique que la repentance décrite par niḏkeh n’est pas un sentiment superficiel de regret ou une simple affliction, mais une destruction intérieure radicale de l’orgueil et de l’illusion de l’autosuffisance. C’est l’acceptation d’être réduit à son plus simple état, d’être mortel et faillible. Cette force du mot assure que seul un état d’humilité extrême, où l’illusion de la volonté propre toute puissante est totalement réduite et pulvérisée, et cela est considéré comme le plus haut « sacrifice », supérieur a toutes offrandes matérielles et devoirs religieux.

IV. Étude Contextuelle et Parallélisme : לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה

Le terme וְנִדְכֶּה prend toute sa profondeur lorsqu’il est analysé en tandem avec le terme qui le précède, au sein du parallélisme poétique qui structure le verset.

Le Parallélisme Synonyme
Le verset utilise une forme de parallélisme synonyme, où les deux membres du syntagme לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה décrivent un état similaire mais intensifié :
נִשְׁבָּר (nišbār), de la racine šbr (casser, rompre), connote l’acte initial de la destruction du « mauvais/faux » cœur, lieu de la confusion émotionnelle, source de transgressions. Ainsi le vrai cœur se révèle, réceptacle du divin et de la clarté.


וְנִדְכֶּה (wəniḏkeh), de la racine dkh/dka (écraser, broyer), connote l’état durable et humble qui résulte de cette destruction, l’état d’être réduit en poudre.
Le cœur brisé (nišbār) peut être perçu comme la condition initiale; le cœur abattu/broyé (niḏkeh) est la reconnaissance de l’anéantissement total de l’ego soumis au péché et au jugement divin. Cette distinction implique deux degrés de repentance : l’acceptation que quelque chose est cassé (nišbār), et l’acceptation que ce qui est cassé doit être réduit en poudre (niḏkeh) par l’analyse et la mise en conscience, car sans possibilité de réparation par l’effort propre. La contrition totale prends alors tout son sens et devient la porte d’entrer à la miséricorde.


Tableau 2 : Distinction Sémantique dans le Parallélisme (Psaume 51:19)

Terme HébreuRacineSens FondamentalConnotation Exégétique
נִשְׁבָּר (Nišbār)ש.ב.ר (Šābar)Casser, rompre (un objet)Rupture initiale, reconnaissance de l’erreur de la croyance en l’autosuffisance.
וְנִדְכֶּה (Wəniḏkeh)ד.כ.ה (Dāḵā)Écraser, piler (en poudre)État durable d’abattement, humilité réelle et soumise au réel.

L’œuvre de l’ensemencement Divin
Le Psaume 51, lui-même, établit la séquence causale qui mène au cœur nidkeh. Au verset 10, David implore : « Puisses-tu me faire entendre des accents d’allégresse et de joie, afin que ces membres que tu as broyés [דִּכִּיתָ, Pi’el] retrouvent leur joyeux entrain! ». Le Pi’el actif (dikkîtā, « Tu as broyé ») décrit l’action de Dieu dévoilant la discipline. L’expérience de cet écrasement par la discipline et les épreuves mène à l’état recherché et nécessaire pour que soit libérer Dieu, là où nous sommes impuissant à le faire (Niphal participe passé dans le verset 19). Le wəniḏkeh n’est pas une simple émotion, mais l’acceptation de la Vérité après avoir été jugé et discipliné par Dieu, lui qui met à disposition des techniques et des pratiques, des lois, traduite en langage humains par les sages et savant de la bible… Traductions en langages humains dont chaque génération doit se saisir en sagesse et créativité.

L’Écho Prophétique de la Restauration
Le sens spirituel du cœur contrit et bisé (nidkeh) est confirmé par d’autres textes prophétiques utilisant la racine apparentée דָּכָא (H1792). Ésaïe 57:15, notamment, est particulièrement éclairant :
« Car ainsi parle le Très Haut, le Sublime, qui habite l’éternité et dont le nom est Saint: J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté; mais je suis avec celui qui est contrit et humble d’esprit, afin de vivifier l’esprit des humbles et de ranimer le cœur des contrits [נִדְכָּאִֽים]. ».


Cette occurrence démontre que l’état nidkeh ou nidka’im n’est pas une fin en soi, mais le lieu de la rencontre avec le divin. L’humilité radicale (être broyé en ses faiblesses et souffrance) est la condition nécessaire pour la vivification et la restauration. Le cœur contrit (nidkeh) est le cœur qui est devenu malléable et réceptif à la grâce régénératrice de Dieu.

V. La Portée Théologique de la Contrition (Cor Contritum)

L’importance de וְנִדְכֶּה dépasse l’analyse lexicale pour redéfinir la doctrine de la repentance/retour à Dieu et à l’éternel de soi-même dans la tradition hébraïque et chrétienne.


Le Sacrifice Intérieur et l’Anti-Ritualisme
Psaume 51:19 est l’une des déclarations les plus fortes des Écritures contre un ritualisme vide de sens, soulignant que la véritable piété est fondamentalement une condition de l’âme. La valeur de l’offrande est transférée de l’objet matériel et coûteux (taureau, holocauste) à l’état subjectif et moral de l’offrant (le lēḇ-nišbār wəniḏkeh). L’analyse du terme דָּכָה permet de distinguer l’humilité radicale d’une simple faiblesse ou d’un découragement passif. La repentance totale est l’humilité qui précède la vivification. L’état d’être broyé en son « ego » souffrant est l’absence totale d’orgueil qui rend l’individu totalement prêt pour la grâce.

Contraste Moral et Justice Divine
Il est essentiel de comparer l’usage de la racine דָּכָה/דָּכָא dans le contexte de la justice sociale. Cette racine est souvent employée pour décrire l’oppression injuste exercée par les puissants sur les faibles. Par exemple, en Ésaïe 3:15, le prophète demande : « Que faites-vous, de broyer [תְּדַכְּא֣וּ] mon peuple, et d’écraser la face des pauvres? ». Cette antithèse est porteuse de sens théologique. La justice divine exige que l’orgueil et la méchanceté qui poussent à l’oppression soient eux-mêmes écrasés (דִּכָּה, Pi’el). Le cœur וְנִדְכֶּה est celui qui a accepté cette justice sur lui-même, reconnaissant que son état d’humilité et de renoncement à l’autosuffisance est juste devant Dieu.
Un concept fondamental de la Loi Mosaïque est renversé par ce verset et sera dés lors le ferment judaïque du christianisme. Dans le culte lévitique, les animaux de sacrifice devaient être sans défaut. Toute brisure ou blessure les rendait impropres. Le psaume 51:19 introduit une doctrine de la grâce : le cœur spirituellement « brisé et broyé » (nišbār wəniḏkeh), qui serait l’offrande la plus imparfaite au sens rituel, devient l’offrande la plus pure et la plus agréable à Dieu. Le fait que l’impureté reconnue et l’humilité radicale deviennent le chemin spirituelle place la contrition au-dessus du formalisme rituel.

Héritage et Traduction
La traduction latine du syntagme לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה par cor contritum (cœur contrit) dans la Vulgate, a eu un impact durable sur la théologie occidentale. Le terme latin contritum dérive de conterere, signifiant « broyer, écraser ensemble », capturant de manière éloquente l’intensité physique et la signification de l’anéantissement spirituel inhérents à la racine hébraïque דָּכָה.

VI. Données Linguistiques et leur Portée Théologique

L’analyse morphologique et lexicographique confirme que le terme וְנִדְכֶּה (wə-niḏ-keh) du Psaume 51:19 est un élément clé de la théologie de la repentance.
La racine du mot est la trilittère דָּכָה (dāḵâ, Strong : 1794), synonyme de דָּכָא (Strong : 1792), dont le sens principal est « écraser » ou « broyer ». Morphologiquement, וְנִדְכֶּה est un Participe Passif au Binyan Niphal, signifiant « celui qui a été écrasé » ou « l’abattu ».
Dans le syntagme לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה, וְנִדְכֶּה représente le degré le plus profond d’humiliation spirituelle : l’état qui résulte de l’acceptation du jugement divin et la destruction totale de l’orgueil et de la croyance en l’autosuffisance. C’est la reconnaissance que le cœur porteur de confusion a été pulvérisé par la conscience de ce qui doit être vivifié : l’incomplet et le mortel.


Le Psaume 51:19 définit ce cœur abattu (champ émotionnel de la confusion menant à l’erreur) puis broyé par la discipline, comme le sacrifice suprême, que Dieu « ne dédaigne point » (lō’ ṯiḇzeh). Ce terme encapsule ainsi le passage du culte extérieur et matériel à une spiritualité réellement vivifiante, centrée sur la transformation intérieure et l’humilité radicale. Mouvement d’ÊTRE (façon d’être) constituant la seule offrande véritablement agréable au Divin. Ainsi seulement, nous pouvons libérer Dieu dans le présent et réaliser la réparation du monde et la nôtre de surcroît…

BIBLIODRAME à Poitiers le 26 juin

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Nous nous retrouverons à La Maison-Saint-Hilaire de Poitiers, pour une séance de Bibliodrame le 26 juin de 17h30 à 20h30.

Participation individuelle : 36€

Maison Saint Hilaire
36 boulevard Anatole France
86000 Poitiers

Réservation nécessaire : 06 48 55 54 79

Le terme bibliodrame est composé de deux mots : Biblio = Bible, et Drama = action (grec). Cette méthode permet de vivre la Bible en mettant en scène les personnages bibliques. Cette pratique crée du lien entre le texte sacré et la vie de chacun. Il peut aussi être un puissant outil pour le dialogue inter-religieux.

Le texte devenant acte, il invite aussi à se penser, et produit un mouvement de rencontre avec un plus grand que soi. Il s’adresse à l’être humain dans son entièreté : corporelle, spirituelle, psychologique et sociale.

Le groupe de Bibliodrame sera encadré par une psychologue, psychothérapeute, psychodramatiste et un chrétien hébraïsant. Le groupe est ouvert à toute personne ayant un intérêt pour la culture judéo-chrétienne.

Aux racines de la pratique :

Ce qui est appelé communément « Bibliodrame », bien que sous des formes assez différentes, s’est lentement développé dans divers pays, principalement en Europe du Nord, tant dans les milieux catholiques que protestants. Divers groupes existent aussi dans les milieux juifs. Les premières expériences de ce type en milieu catholique se sont développées rapidement après le « Concile Vatican II ». Cette pratique est inspirée des pratiques thérapeutiques du « Psychodrame », une thérapeutique reconnue par les institutions médicales et hospitalière au niveau mondial et conçue par le psychiatre, psychosociologue et philosophe américain d’origine roumaine, Jacob Levy Moreno (1889-1974). Le Bibliodrame, par ailleurs, trouve ses racines les plus anciennes dans la méthode d’application des « 5 sens », recommandée par saint Bernard et saint Bonaventure. On peut aussi reconnaître la « Composition du Lieu » conçue par saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels. La « Composition du Lieu » vise à la contemplation de Dieu par des pratiques pouvant relever de l’art et notamment théâtral. On peut y voir aussi certaines analogies avec les recommandations de Maïmonide dans le « Traité des 8 chapitres » ou encore en diverses exercices de la mystique juive… Ou encore, de ce qui relève de l’ Anthropologie du Geste comme définie par le père Marcel Jousse (1886-1961). Les racines pluri-culturelles du Bibliodrame, permettent d’ouvrir cette pratique à toute personne ayant un intérêt pour la culture judéo-chrétienne.

Qui vous propose cette pratique ?

Florence Jacopé-Fouchereau née en 1971. Elle a une double licence : de sociologie et de psychologie. Elle est psychologue, psychothérapeute, psychodramatiste certifiée par l’IFREAP (Institut Français de Recherche et d’Application du Psychodrame). Son mémoire de certification porte sur la « concrétisation », c’est à dire le fait de rendre visible l’invisible, de montrer plutôt que de parler. Elle exerce en libéral à Melle (79) et anime des groupes de psychodrame réguliers. Ancienne directrice d’accueil collectif de mineurs, et famille d’accueil, elle a acquis une expertise en gestion et dynamique de groupe.

Bruno Jacopé-Fouchereau, né en 1963, poète, auteur, ancien grand reporter. Il étudia les grands mouvements religieux et leurs implications dans la géopolitique des grandes puissances. Collaborateur à Charlie-Hebdo, le Monde Diplomatique, Paris-Match, VSD, TF1, France 2, Canal +,… Auteur de cinq essais, il se consacre aujourd’hui à l’étude des principes et systèmes de «l’Imaginal» en rapport avec l’épanouissement social et individuel par la spiritualité des traditions judéo-chrétiennes. Hébraïsant, il transmet un certain nombre de techniques reçues d’une famille de marranes. Ces techniques singulières de « gestualisation de l’hébreu biblique » s’apparentent à l’anthropologie du geste (Marcel Jousse), et en permettent un apprentissage méditatif puissant.

Le chant des voyelles hébraïques…

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Quelques clés et propositions pour redécouvrir un Imaginal judéo-chrétien et ouvrir à la recherche dans les pas de Marcel Jousse1.

L’approche et la lecture des textes bibliques, aujourd’hui encore, reste souvent pratiquée sur un mode purement intellectuel. De petits groupes, souvent monastiques, travaillent en associant des temps de méditations à leur pratique exégétique. La technique la plus usitée aujourd’hui, dans les cercles chrétiens, est le lectio Divina, méthode héritée de la mystique juive du PaRdéS2, qui fut interprétée et adaptée par les pères de l’Église chrétienne et divers docteurs de la foi comme saint Benoît de Nursie, le patriarche des moines d’occident. Mais cela reste très en retrait au regard de ce que proposent de trésors les pratiques mystiques des chrétiens d’orient et surtout celles de la tradition hébraïques. Ces dernières disciplines et pratiques nécessitent de connaître un peu de l’hébreu sacré pour faire sens. Leurs sources principales et anciennes se trouvent dans une littérature imposante dite de la mystique du Char céleste (מְֶרכָָּבה / La Merkabah3) et du Palais (Sifrout ha-heikhalot / ספרות ההיכלות), développée dans le sillage du livre d’Ézéchiel. Cette littérature a été interprétée par de nombreux sages, tant juifs que chrétiens et musulmans. De ce fait, les techniques et disciplines fourmillent, des plus simples aux plus complexes, proposant une rencontre puissante avec la Source de toutes vies, par l’intercession du Saint Esprit ( רוח הקודש, ruach ha-kodesh ).

Dans le sillage de divers rabbins du XXe s. comme le rabbin Aryeh Kaplan4 et les compilation de textes comme celles de Marc Alain Ouaknin, ou encore les écrits retrouvés quasi-miraculeusement du rabbin du ghetto de Varsovie : Kalonymus Schapiro5 (1889-1943), les pratiques et mystiques de la traditions juives ont été révélées à un public plus large et des textes plus anciens ont été traduits et réédités. L’enrichissement culturel que chacun peut en tirer est donc de plus en plus accessible. Mais cela n’est réellement agissant que si l’on acquiert un peu d’hébreu biblique. Sans cela, le « cherchant » passera à côté de l’essentiel qui est cet aller retour permanent de l’intellectualité à la contemplation. Un aller retour qui ensemence, l’un et l’autre, l’intellectualité ramenant à la contemplation et inversement. Sans un peu d’hébreu biblique il est impossible d’accéder à ce qui fait le « sens » profond dans la rencontre vécue en contemplation. Utiliser de l’hébreu sans le comprendre, c’est s’exposer au risque de s’enfermer dans des pratiques qui s’apparentent à de l’occultisme ou à de l’idolâtrie.

Faut-il, aussi, que l’apprentissage de l’hébreu sacré ne soit pas seulement fait sur le « mode moderne » des enseignements universitaires, comme généralement pratiqué aujourd’hui. Ces derniers utilisent des méthodes pédagogiques sur le modèle des enseignements des autres langues vernaculaires. L’hébreu sacré n’est pas d’une nation. Il vise a édifier l’Israël mystique. C’est une langue vivante dédiée à la rencontre de Dieu… On ne doit pas pour autant opposer les méthodes (pédagogie traditionnelle mystique et pédagogie moderne), elles sont nécessairement complémentaires. Les sages d’Israël, et bien des docteurs de la foi chrétienne, ont mis l’accent sur le fait que les règles linguistiques de l’hébreu biblique sont les gardiennes de la bonne compréhension du message divin6. Néanmoins, l’enseignement moderne universitaire de l’hébreu biblique, ne déploie pas chez l’enseigné, outre la riche sémiologie du vocabulaire, cette relation à Dieu qui est intrinsèque à l’hébreu sacré et que met au travail les exercices des pratiques mystiques juives traditionnelles et notamment celles du PaRdéS évoquées plus haut. Pour découvrir ces exercices, le travail des voyelles hébraïques est un merveilleux portique, une merveilleuse première approche des puissantes techniques, ouvrant en cohérence à la théophanie judéo-chrétienne et tout particulièrement à la compréhension profonde des textes sacrés fondateurs de nos civilisations.

Il est à noter que la cabale a cristallisé les principales pratiques mystiques pour en proposer des techniques synthétiques, qui relèvent de disciplines particulièrement efficaces. Nous entrerons un peu plus dans le détail de cela plus loin. De même, notons que ces techniques cabalistiques influencèrent bon nombre de mystiques chrétiens catholiques dès la renaissance7. Ceci commence à être connu et accepté au-delà de quelques cercles de spécialistes. Les anathèmes lancés, sans discernement, contre ces techniques cabalistiques et pratiques traditionnelles juives furent trop longtemps l’œuvre d’ignorants ou de pseudo-savants, vrais fanatiques, soumis à cette peur irrationnelle de voir l’œuvre chrétienne délaissée au profit du judaïsme. En cette posture, ces censeurs démontrèrent surtout leur manque de foi et leurs lacunes. Par ailleurs, on ne peut que constater l’influence des techniques et des pratiques mystiques juives traditionnelles et antiques sur les pratiques du même ordre des « pères du désert » (IIIe et IVe siècles), sur la philocalie et l’hésychasme. Pour ne citer qu’un exemple, la technique du repliement sur le nombril, enseignée notamment par Syméon le nouveau théologien (né en 949, mort le 12 mars 1022), est directement en lien avec la « posture prophétique » (Tête entre les jambes) dite du prophète Élie pratiquée par les mystiques juifs et développée dans le Talmud8. N’oublions pas, enfin, que « l’appel du désert », œuvre de retrait du monde pour s’attacher à Dieu, mouvement d’être où l’on expérimente les pratiques et techniques mystiques en singularité et en partage avec ses pairs, est un thème absolument transversal et riche de partages millénaires pour les religions monothéistes.

De la vocalisation méditative à l’interprétation des textes :

La vocalisation des voyelles de l’hébreu biblique et les exercices qui peuvent en découler, font partie des disciplines traditionnelles de la mystique juive et de la cabale qui ouvrent, potentiellement, pour les hébraïsant, à une puissante compréhension des textes. Ces exercices peuvent être pratiqué avec bénéfice par les chrétiens. Par le chant des voyelles hébraïques, le corps est mis à contribution pour une juste invitation à recevoir les dons de ce que nos traditions judéo-chrétiennes nomment le Saint Esprit, en hébreu le ru’aḥ ha-qodesh (רוח הקודש). Ceci n’est pas sans rappeler, les neuf manières de la prière par le corps de saint Dominique9. La pratique de la vocalisation et le chant des voyelles hébraïques proposent diverses approches. La plus essentielle vise à faire résonner (vibrer) les voyelles (O, A, E/È/É, I, OU) en divers points du buste et de la tête. Sous l’influence d’Abraham ben Samuel Aboulafia (né en 1240 – mort probablement peu après 1291), le chant des voyelles fut associé à divers mouvements de tête10.

Exercice « simple » de vocalisation des 5 principales voyelles de l’hébreu

Pour comprendre la valeur mystagogique, philologique et traditionnelle des 5 principales voyelles de l’hébreu sacré, il est bon de retracer quelques éléments basiques de linguistique. Pour l’hébreu biblique, avant les massorètes11, les voyelles ne s’écrivait pas. Ce sont ces derniers qui instituèrent des signes pour que la prononciation hébraïque des textes bibliques puissent rester homogène dans l’ensemble de la diaspora. Les voyelles de l’hébreu, comme pour l’ensemble des langues dites sémitiques, pour la lecture devaient s’imaginer. Un exercice de décryptage du sens de chacun des mots, que l’on déduit du sens potentiel et plus général de la phrase. Il s’agit donc de penser l’invisible, par le visible. Les voyelles des langues sémitique, et plus particulièrement pour les textes sacrés des rouleaux de la Torah exposés dans les synagogues, ont toujours eu cette fonction imaginative du sens que l’on peut dire mystagogique, en lien avec l’invisible, le divin, qui réside au-delà de sa création. Avant les massorètes, l’apprentissage des voyelles passait principalement par un enseignement oral diffusé par les mères, pour leurs enfants. Les mères, souvent par des chants et des mélopées, visant à calmer leur enfant dès la vie intra-utérine, en étaient les premières initiatrices. Ces traditions12 qui ont longtemps survécus au Maghreb occidental restent, aujourd’hui encore, mal étudiées.

Les 22 consonnes de l’hébreu relèvent du visible et du temporel. Au regard de la cosmogonie hébraïque, si elles structurent notre univers, car étant à l’origine de la création, elles ne sont véritablement investies de sens et de puissance divine que par les voyelles qui, elles, relèvent du souffle divin (Esprit Saint) et donc de l’invisible. Le souffle divin donna naissance aux 22 lettres, par lesquelles l’univers fut créé. Le souffle divin qui s’exprime par les voyelles, met en ordre les 22 consonnes qui composent la création13. Les voyelles, invisibles, ineffables, éternelles, animent le visible dans le temporel, miroir dans lequel l’être humain peut percevoir son créateur. Les voyelles dans les langues sémitiques, ne s’écrivant pas, sont ce pont sonore, vibratoire et fluidique, révélant l’immatériel dans le matériel. Dans cette vision mystique, le son des voyelles est le structurant de la matière. Les voyelles sont les outils de la théophanie du langage. Elles ont la puissance de révéler le sens profond de chaque chose, rendant perceptible la présence divine qui y réside. Selon la cabale, ce sont les voyelles qui révèlent le nom de Dieu en chaque particule de la création. Pour ne prendre qu’un exemple, le verset 115 du Bahir14 dit : « Et le cercle15, que désigne-t-il ? Ce sont les points voyelles de la Torah de Moise qui ont tous une forme circulaire ; ils remplissent, dans les consonnes, une fonction semblable à celle de l’âme dans le corps humain, qui cesse de vivre aussitôt que l’âme le quitte et qui ne peut accomplir aucun acte, grand ou petit, sans que l’âme vibre en lui. Il en est de même en ce qui concerne la voyelle. On ne peut pas prononcer une parole quelconque, grande ou petite, sans avoir recours à la voyelle. » Cette théophanie et philologie des voyelles, inscrite aux racines de la linguistique de l’hébreu sacré, a été aussi fortement développée dans les textes du Zohar. Le premier à avoir transmis, par écrit, une pratique récitative mystique s’y rattachant est le Rabbi Abraham Aboulafia (déjà évoqué plus haut), principalement dans son texte : Lumière de l’intellect16, où, aux chapitres 27, 28 et 29, il propose diverses techniques pour faire « tourner » les voyelles sur les noms divins.

La science des voyelles et leur chant sur des gammes pentatonique, est aussi un bien commun du patrimoine universel des cultures du levant. Divers études anthropologiques modernes sur les théophanies des traditions monothéistes, ont mis en évidence des principes que l’on peut reconnaître dans la pratique mystiques du « chant » des voyelles sémitiques. Les pratiques vocaliques des anciens enseignements oraux des voyelles, à mon avis, relèvent de pratiques pédagogiques et initiatiques qui augmentent et complètent celles intégrées à la célèbre nomenclature de « l’Anthropologie du Geste » édifiée par le père jésuite et anthropologue, Marcel Jousse17. La récitation des voyelles, onomatopées non verbalisée, correspondant parfaitement aux pratiques du « mimisme18 » conceptualisées par l’anthropologue. L’inventaire précis de cela reste à faire.

Par ailleurs, on peut voir dans ces pratiques pédagogiques relevant de « l’Anthropologie du Geste », augmentées de celles des mystiques juives liées aux voyelles, un ressourcement judéo-chrétien possible de l’Imago Templi, concept principalement pensé à partir des pratiques soufis du Chi’isme Iranien par Henry Corbin19. Tropisme de Corbin pour l’Islam, qui ne permet pas aux cherchants construits sur des structurants culturels judéo-chrétien, d’accéder aux pratiques de leur propre mouvement civilisationnel. L’omission, notamment, des sources cabalistiques, ou leur sous-dimensionnement, dans le concept de l’Imaginal20 dont procède l’Imago Templi d’Henri Corbin, a suscité un débat scientifique significatif sur l’exhaustivité des éléments mystiques pris en compte. Rappelons que ce brillant esprit du XXe siècle, développa le concept d’Imaginal alors que beaucoup des éléments des traditions mystiques juives étaient mal connues en Europe et que dans les milieux universitaires français, on mettait sous le boisseau bien des éléments de la mystique chrétienne. Boisseaux qui commencent à être soulevé aujourd’hui et bien des trésors sont mis à disposition du plus grand nombre21.

Hors donc, traditionnellement, pour l’hébreu biblique et comme il se pratique encore aujourd’hui avec les rouleaux de la Torah utilisés rituellement dans les synagogues, mais aussi pour la lecture de l’hébreu moderne, les voyelles doivent être « imaginées », par le lecteur pour la compréhension et à fortiori pour la prononciation à haute voix des textes. Ce qui oblige, l’hébraïsant, à une gymnastique mentale constante. Cette gymnastique est d’autant plus aisée qu’elle est apprise dans l’enfance. C’est là où, la technique du chant des voyelles qui consiste à faire résonner les voyelles dans le corps, se révèle un excellent palliatif pour aborder l’hébreu biblique à l’âge adulte.

En guise de conclusion, il me semble intéressant de s’arrêter sur un des enseignements talmudiques qui met tout particulièrement l’accent sur le chant des voyelles, comme outil d’exploration du sens profond des textes. En l’occurence en s’attachant au verset III du chapitre I du Cantique des cantiques :

Les parfums sont suaves à respirer; une huile aromatique
qui se répand, tel est ton nom.
C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.

Dont le texte originel en hébreu est :

לְרֵיחַ שְׁמָנֶיךָ טוֹבִים, שֶׁמֶן תּוּרַק שְׁמֶךָ; עַל-כֵּן, עֲלָמוֹת אֲהֵבוּךָ

Le Talmud de Babylonne, dans son traité Avödah Zarah à XXXV/b, propose un exercice pratique d’interprétation de ce verset par le « Tserouf22 » des voyelles. En voici une traduction (les éléments entre parenthèses sont de mon fait pour faciliter la compréhension) :

Rav Nahman, fils de Rav Ḥisda, a proposé une lecture homilétique d’un verset : « Quelle est la signification de ce qui est écrit (C. des C. : 1:3)  : Tes parfums sont suaves à respirer; une huile aromatique qui se répand, tel est ton nom. C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment. Il s’agit d’une métaphore qui évoque un érudit de la Torah. À quoi est comparable un érudit de la Torah ? À un flacon de pélatine (huile précieuse aux propriétés sacrées). Lorsqu’il transmet ses connaissances, son parfum se diffuse ; lorsqu’il se retire du monde, son parfum ne se diffuse pas.

La Guémara (Étude parfaite) remarque : En outre, quand l’érudit de la Torah diffuse ses connaissances, les secrets qu’il ignorait lui sont révélés, il est dit : «Les jeunes filles (alamot/עֲלָמוֹת) t’aiment» (Cantique des Cantiques 1:3), et l’on peut lire, dans le verset, le mot alamot autrement (avec d’autres voyelles) et c’est alors  : aloumoth (secrets). Ainsi le verset dit : Les secrets t’aiment. Et encore, on peut lire : (toi l’érudit de la Torah) l’ange de la mort t’aime. Car autrement lu (avec d’autres voyelles) le mot alamoth (Les jeunes filles), on peut lire al mavêt (עַל מָוֶת/ange de la mort23). Alors le verset dit : l’Ange de la mort t’aime. Et encore, on peut comprendre que l’érudit de la Torah hérite des deux mondes. L’un est le monde présent (temporel), et l’autre est le Monde à venir (éternel), car on peut prononcer : alamoth (Les jeunes filles) autrement (avec encore d’autres voyelles), ce qui donne olamoth (les Mondes) , on peut donc lire le verset ainsi : Les Mondes t’aiment.

Le Talmud en invitant à prononcer le mot Jeune filles (Hâlamoth / עֲלָמוֹת) avec d’autres voyelles que celles du textes massorétique, permet un approfondissement spirituel qui est objet d’un enseignement. Il est nécessaire que l’on s’y attarde pour prendre la mesure de la richesse de l’exercice du chant des voyelles qui est ici mis en action. La première déclinaison invite à lire Hâloumoth (עֲלוּמוֹת) en remplaçant le « a » de la consonne lamed (ל) par un « ou » en l’occurence écrit (וּ). On comprend donc que le savant des textes sacrés, lorsqu’il partage ses connaissances en découvre d’autres. Ceci est profondément exact, car lorsque l’on formule ce que l’on connait pour un autre que soi et que l’on fait donc l’effort de se faire comprendre de lui, on intègre ce que l’on perçoit de l’autre et inévitablement, plus que formuler, nous reformulons. Dans cet exercice de « reformulation » pour rendre les choses accessibles à l’autre, très souvent, quelque chose d’autre apparaît. Plus encore, ce qui est transmis, entendu profondément par l’autre, va produire chez ce dernier une compréhension à l’aune de sa propre singularité et donc ce qui est perçu, est encore plus que ce qui à été initialement dit. Dans cette perspective d’augmentation de compréhension des textes sacrés, par le partage, la permutation des voyelles suivantes trouve toute son explication. En augmentant notre compréhension de Dieu par le partage de la compréhension des textes sacrés, nous amplifions la présence de Dieu, nos âmes se dilatent d’immortalité. C’est ainsi que l’Ange de la mort24 nous aime, car s’amenuise en nous ce qui est mortel (l’ange de la mort = עַל מָוֶת/al môèt). Enfin dernière permutation, on met dans le mot Jeune filles soit Hâlamoth (עֲלָמוֹת), un « o » à la consonne Ayine (ע), à la place du « a » et l’on obtient : Holâmoth (עוֹלָמוֹת) ce qui permet de lire « les mondes t’aiment ». De fait, au sens biblique, en augmentant l’Immortel en notre être, notre gloire en Dieu augmente dans l’autre monde, celui de l’éternité. Par cela, nous réalisons notre mission terrestre. Réalisation de notre mission, en exerçant notre libre arbitre, ce qui est l’espoir placé en toute vie humaine terrestre par la miséricorde divine. Ainsi le monde temporel et le monde éternel nous aiment


  1. Marcel Jousse est un chercheur en anthropologie et en linguistique. Il est né le 28 juillet 1886 à Beaumont-sur-Sarthe1 et mort le 14 août 1961 à Fresnay-sur-Sarthe. Ordonné prêtre en 1912, il entre en 1913 dans la Compagnie de Jésus. Élève de Marcel Mauss, de Pierre Janet, de Georges Dumas, de Jean-Pierre Rousselot, il côtoya les plus grands savants de son époque qui reconnurent en lui un chercheur exceptionnellement doué. ↩︎
  2. Le PaRDeS ou Pardès ou Pardes (פרדס) est un acrostiche de l’exégèse biblique judaïque. Il fait référence aux quatre approches exégétiques traditionnelles du judaïsme rabbinique, les 4 niveaux d’interprétations possibles dans l’étude de la Torah. Cet acrostiche est composé des lettres initiales de ces différentes approches :
    Pshat (פְּשָׁט), littérale
    Remez (רֶמֶז), allégorique
    Drash (דְּרַשׁ), homilétique
    Sod (סוֹד), mystique
    Dans la tradition de la Kabbale et du Talmud, Le PaRDS, s’apparente au mot « paradis », le « Pardès » désigne le jardin d’Eden, un lieu de la présence divine où l’étudiant de la Bible peut atteindre la béatitude parfaite et une presque complète compréhension de Dieu. ↩︎
  3. Les principaux textes traitant de la mystique de la Merkabah, soit la vision du trône céleste et du char divin, datent des Ve et VIe siècle . Cette littérature semble avoir ses sources dans des traditions orales hébraïques pouvant remonter à plusieurs siècles av. JC. Les textes de la littérature de la Merkabah ont été importés en Europe depuis les centres d’étude de Babylonie via la Grèce, l’Italie et l’Allemagne et ils ont été conservés dans des manuscrits datant du bas Moyen Âge. Ces textes ont fortement influencé la théologie chrétienne. La plupart portent le nom de « livre des Hekhalot » (livre des palais) et contiennent la description des palais et des épreuves que le mystique traverse dans son voyage vers le trône divin. Des mystiques chrétiens d’orient, comme saint Jean Climaque (né vers 579, mort vers 649) et d’occident comme sainte Thérèse d’Avila (née le 28 mars 1515 à Gotarrendura en Vieille-Castille et morte le 4 octobre 1582 à Alba de Tormes) y font référence. Les principaux acteurs juifs de cette littérature sont les tannaïm Yohanan ben Zakkaï, Rabbi Eliezer ben Hyrcanos, Rabbi Akiva, Ishmaël ben Elisha le grand prêtre (le grand-père du tanna Rabbi Ishmaël) et Nehuniah ben ha-Kanah (Talmud de Jérusalem Haguiga 2, Talmud de Babylone Shabbat 80b). Dans son Guide des Egarés, Maïmonide identifie le Ma’asé mercabâ avec ce qu’il tient pour la plus haute des sciences, la métaphysique, comme conduisant à la connaissance de Dieu. ↩︎
  4. Aryeh Kaplan, né le 23 octobre 1934 dans le Bronx à New York et mort le 28 janvier 1983 à Brooklyn dans la même ville, est un rabbin américain orthodoxe, ainsi qu’un penseur et auteur de plus de cinquante livres afférents au judaïsme. Depuis ses essais sur la Torah, le Talmud et la Kabbale jusqu’à ses publications sur la philosophie du judaïsme, il est l’une des figures importantes du mouvement baal teshuva. Sa formation scientifique lui avait valu d’être considéré comme « le jeune physicien le plus prometteur des États-Unis ». ↩︎
  5. Le Rabbi Kalonymus Shapiro (1889-1943), est une figure importante du hassidisme et de la résistance spirituelle au génocide perpétué par l’Allemagne Nazi. Kalonymus Shapiro fut rabbin au ghetto de Varsovie et l’on a retrouvé, conservés dans la terre, ses textes écrits pour essayer de trouver un sens face à cette inconcevable épreuve; mais aussi l’exposé de techniques de méditations et de contemplations inspirées de la cabale. Les éditions originales des textes de Rabbi Kalonymus Shapiro ont paru en hébreu, Ech Qodech (Le Feu saint) en 1960, à Bnéi Machavah Tova (Enfants d’une pensée bonne), en 1989. Plusieurs traductions ont paru en langue anglaise. Le rav Shapiro, aussi connu comme le Piaseczner Rebbe du ghetto de Varsovie, initia notamment la technique de méditation appelée Hashkata (le ‘calme’), en nous invitant à observer nos pensées, dans un processus intégrant la respiration en « trois temps ». Véritable anticipation de la Méditation Pleine Conscience, le rebbe invite à faire grandir en nous, à travers la répétition de mots choisis, les qualités que l’on souhaite incarner. Ses textes sont nourries d’implicites qui ouvrent sur diverses pratiques de prononciation des noms divins. ↩︎
  6. J’invite à lire sur mon site : https://lun-deux.fr/ , le texte que j’ai rédigé synthétisant cette même idée : La linguistique de l’hébreu biblique, un domaine crucial pour la bonne compréhension théologique des textes. ↩︎
  7. Pour baliser sur le plan historique cette affirmation, j’invite le lecteur à prendre connaissance, au moins, de deux choses. La première est l’imposant travail réalisé par le professeur Chaïm Wirszubski (1915-1977) et édité par les éditions de L’ÉCLAT, sous le titre : Pic de la Mirandole et la cabale. Ce livre contient aussi l’article du professeur Gershom Scholem (1897-1982) : Considérations sur l’histoire des début de la cabale chrétienne. La deuxième passe par l’étude de la vie d’un personnage qui est David Drach, beau-fils du Grand Rabbin de France (Emmanuel Deutz), devenu le chevalier Paul-Louis-Bernard Drach (né le 6 mars 1791 à Strasbourg et mort en janvier 1865 à Rome). Ancien rabbin français d’origine alsacienne, cabaliste, converti au catholicisme, il fut bibliothécaire de la Congrégation pour la propagation de la foi à Rome. ↩︎
  8. A ce sujet j’invite à lire « La tête entre les genoux ». Contribution à l’étude d’une posture méditative dans la mystique juive et islamique, du prof. Paul B. Fenton dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuse, Vol.72, 1992/4 p. 413 à 426. ↩︎
  9. J’invite à découvrir sur ce sujet, le livre de la sœur Catherine Aubin (dominicaine) : Priez avec son corps, à la manière de saint dominique, aux éditions CERF. ↩︎
  10. Pratiquant depuis de nombreuses années cette technique, j’invite ceux et celles qui souhaiteraient aborder cela de manière pratique à entrer en contact avec moi (bruno.fou32@gmail.com). ↩︎
  11. Les massorètes (hébreu בעלי המסורה ba’alei hamassora, « maîtres de la tradition ») deviennent les transmetteurs de la Massorah, la tradition de transmission qui se veut fidèle de la forme textuelle de la Bible hébraïque, ainsi que de ses nuances de prononciations et de vocalisations, pratiquées en diverses époques. Il s’est agit, pour les massorètes, de préserver à la fois le souvenir d’anciennes prononciations et significations et d’en unifier la pratique. ↩︎
  12. Pour découvrir les anciennes coutumes éducatives des mères juives, j’invite à découvrir le travail de David Rouach et notamment son livre édité par Maisonneuve & Larose : ‘imma, ou rites et coutumes et croyances chez la femme juive d’Afrique du Nord. De même celui de Haim Zafrani (historien franco-marocain, chargé de recherche au CNRS, né le 10 juin 1922 à Essaouira et mort le 31 mars 2004 à Paris) : Pédagogie Juive en terre d’Islam, aux éditions Adrien Maisonneuve. ↩︎
  13. On trouve des récits « précisant et augmentant » le processus divin de création de l’univers tel qu’on le lit dans la bible (genèse) dans de nombreux textes et notamment dans le Talmud. On retrouve dans les textes fondamentaux de la Kabbale, ce récit où Dieu créé l’univers entier avec les lettres telles qu’elles sont présentées dans la Torah. Divers ouvrages de la tradition juive enseignent que toutes les lettres de l’alphabet hébreu furent présentées à IHWH et qu’il choisit comme point de départ, la deuxième lettre, Beith (ב)qui est la première lettre du premier mot de la Torah –Bereshit – « Au début ». De plus, les diverses combinaisons des lettres (consonne et voyelles) dans toutes leurs permutations se sont manifestées pour participer à la Création de l’univers (Zohar II, 204a). Ainsi dit le Zohar: « Lorsque le Saint, Béni soit-Il, créa le monde, il le fit par le pouvoir secret des lettres » (Zohar IV, 151b). ↩︎
  14. Le Sefer HaBahir (Livre de la Clarté) date de la fin du XIIe siècle de l’ère courante et réinterprète un traité plus ancien, le Sefer Yetsirah (le Livre de la Création). Bahir peut se traduire par « dans la Lumière », mais aussi par « dans la Sérénité. » Ce livre développe un système de mystique juive appuyé sur la notion rabbinique fort ancienne de Shekhina, conçue comme l’Immanence Divine de l’Ineffable et Saint Nom dont la vie intérieure s’organiserait en dix puissances créatrices, les Sefirot énumérées dans le Sefer Yetsirah. ↩︎
  15. Les signes massorétiques (voir note 8) qui permettent de reconnaître les « bonnes » voyelles dans les textes bibliques se présentent sous forme de point, soit des cercles. ↩︎
  16. Lumière de l’intellect (’Or ha-Sekhel אוֹר הַשֶּׂכֶל) ouvrage d’Abraham Aboulafia, a fait l’objet d’une magnifique et prestigieuse publication (2021) par les éditions de l’Éclat, traduit et annoté par Michaël Saban en partenariat avec l’Institut Beit Ha-Zohar, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation du Judaïsme Français. ↩︎
  17. Marcel Jousse (voir aussi la note : 1) est le créateur d’une nomenclature d’études scientifiques du champ pédagogique : l’Anthropologie du Geste. Il s’agit d’étudier le rôle du geste et du rythme, dans les processus de la connaissance, de la mémoire et de l’expression humaine. Cette science vise à opérer une synthèse entre disciplines diverses: psychologie, linguistique, ethnologie, psychiatrie, sciences religieuses et exégétiques, pédagogie profane et sacrée… Les développements de l’Anthropologie du Geste par les neuro-sciences ont remis en exergue les théories de Marcel Jousse, validant des dynamiques cognitives propre aux enseignements mystiques. ↩︎
  18. Au premier rang de ces lois et mécanismes, Jousse place le mimisme , qui est à l’origine de tous les processus de formation de la parole, de la pensée, de l’action logique dans les divers milieux ethniques. Le mimisme est cette force spécifique de l’Anthropos, aussi mystérieuse mais aussi irrécusable et irrépressible que la faim ou la soif, qui fait que l’enfant rejoue spontanément les sons, les mouvements, les « gestes » (ce mot recouvre, chez Jousse, tout ce qui peut être enregistré par les sens) de son univers. ↩︎
  19. Henry Corbin, né le 14 avril 1903 à Paris et mort le 7 octobre 1978 dans cette même ville, est un philosophe, traducteur et orientaliste français. ↩︎
  20. Henry Corbin, né le 14 avril 1903 à Paris et mort le 7 octobre 1978 dans cette même ville, est un philosophe, traducteur et orientaliste français. ↩︎
  21. Dans les milieux catholiques, la difficulté majeure vient de ce qui est appréhendé dans la pensée gnostique au regard de l’hérésiologie. Et c’est un véritable marqueur de la difficulté grandissante qui sépare le sens des mots utilisées dans la catholicité d’une part et le monde universitaire d’autre part. Le mot « gnostique » qui vient souvent qualifier ce type de pratiques, est rattaché, pour les catholiques aux dérives manichéennes et à des systèmes de pensée que l’on pourrait taxer de totalitaire. La pensée gnostique juive historique, comme appréhendée dans les milieux universitaires qui en ont fait l’étude, rejette fondamentalement les dérives manichéennes et dualistes, même si celles-ci s’inspirèrent d’éléments gnostiques. L’amalgame de la vision « hérésiologique catholique » a encore été rappelé par le Pape François en avril 2018 avec beaucoup de virulence, affirmant que « …le gnosticisme ne laisse pas de place à l’incertitude et recherche une illumination intérieure qui fera dire au gnostique : je sais, et non pas : je crois. » Mais ce qu’évoque le Pape, à juste titre sur le fond de sa pensée, est une dérive des doctrines et pratiques regroupées de manière indifférenciées par les hérésiologues sous l’étiquette « gnostiques ». Des dérives comme peuvent en connaître bien d’autres mouvements spirituels et notamment dans la catholicité elle-même. Si l’on reste vigilant à la sagesse traditionnelle Judéo-chrétienne qui invite à border les pratiques par le questionnement permanent (esprit critique et recherche des sources), la références aux pairs (dialectique) et aux pères (par les textes), l’orgueil et les visions totalitaires, ne peuvent que difficilement prendre part au cheminement. ↩︎
  22. Le Tserouf est une méthode interprétative qui invite à permuter, voyelles et consonnes d’un mot ou d’une phrase pour en découvrir le sens profond. Pratiquée dans la culture hébraïque certainement plusieurs siècles avant JC, cette pratique est l’objet d’une imposante littérature et principalement produite par les sages de la cabale (juifs et chrétiens) de l’époque médiévale jusqu’à aujourd’hui. ↩︎
  23. La traduction de « Ange de la mort » du mot hébreu al mavêt (עַל מָוֶת) est généralement évoquée dans les commentaires, littéralement l’expression pourrait se traduire par : Celui qui est sur la mort/ celui qui a la mort en charge. ↩︎
  24. In Jewish tradition and Talmudic teachings, the Angel of Death doesn’t like to give death, in fact it’s a terrible sadness for him… ↩︎

Stage Niveau débutant

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Initiation à l’hébreu sacré méditatif

Participez à 3 journées de pratiques méditatives autour des 22 lettres & du portique des voyelles.

Pré-inscription et informations :

Par tel : 06 48 55 54 79

Ou par courriel : bruno.fou32@gmail.com

A quoi s’attendre :

Il s’agit d’expérimenter l’harmonie, la paix et la cohérence du plus grand que soi… Et de découvrir comment l’hébreu biblique fait surgir ces merveilles à la source de nos singularités. Cette expérience est accessible à toute personne ayant un intérêt pour la culture judéo-chrétienne. Aucune connaissance particulière de l’hébreu n’est nécessaire, mais cela peut-être un plus.

Nous avons la chance de pouvoir vivre ce WE d’initiation, dans trois maisons qui entourent la chapelle de Notre-Dame-de-Pépiole, un lieu de nature magnifique dont les origines remontent au VIe siècle. La chapelle, d’époque mérovingienne, est l’un des plus vieux monuments paléochrétiens de France.

Pour en savoir plus sur la pratique proposée :
https://lun-deux.fr/apprentissage-meditatif-de-lhebreu-biblique/

Pour découvrir la Chapelle où nous pratiquerons des exercices (cliquez sur l’image !) :

Éléments pratiques :

Le prix pour les enseignement est de 250 euros/pers pour le WE.

Un hébergement est proposé dans trois maisons jouxtant la chapelle de la communauté de Notre-Dame de Pépiole. La participation aux frais d’organisation, plus l’hébergement, l’accès au parc, à la chapelle, et la salle de travail pour les deux jours sera de 120 euros/pers.

A l’inscription le montant à verser par virement sera de 50% de la somme totale, soit : 185 euros. Cette somme restera acquise en cas de désistement. Le solde sera à régler à l’arrivée au stage. Vous recevrez un IBAN suite à votre prise de contact. N’oubliez pas de signifier dans l’ordre de virement « Réservation Initiation à l’Hébreu Sacré méditatif » ou « Réserv. IHSM »

Un échange téléphonique individuel, à l’inscription permettra de parfaire l’organisation, mais aussi de faire le point avec chacun pour que ce WE soit le plus en phase possible avec les singularités et attentes.

Vous êtes donc invité à envoyer un courriel pour signifier votre inscription :
bruno.fou32@gmail.com
ou directement par téléphone : 06 48 55 54 79

Nous préparerons nos repas collectivement avec ce que chacun aura apportés. Une cuisine parfaitement aménagée et dotée sera à notre disposition. Nous pourvoirons collectivement au dîner du vendredi soir, du petit déjeuner, déjeuner et dîner du samedi et du petit déjeuner et déjeuner + collation du dimanche. Soit 2 petits déjeuners, 2 déjeuners, 2 dîner. Les petits déjeuners seront largement pourvu par les organisateurs.

Selon la répartition dans les chambres, chacun devra se pourvoir, de ses linges de toilettes et draps.

Le groupe sera de 10 personnes maximum.

Au programme :

Nous pratiquerons le chant des 5 principales voyelles de l’hébreu, dans la plus pure tradition antique en rapport avec les 5 degrés de l’âme de la mystique hébraïque.

Nous ferons l’expérience de la visualisation du bouclier de David et de la posture prophétique (liée au Shema Israël et au prophète Élie).

Vous découvrirez aussi la puissance de la méditation des dix profondeurs. Une pratique contemplative, liée à l’Arbre Séphirotique de la tradition mystique juive. Mais aussi liée à certaines évocations des évangiles comme dans Éphésiens 3:18-19.

Ces techniques de « gestualisation de l’hébreu biblique » sourcées aux techniques mystiques juives, s’apparentent aussi à l’anthropologie du geste (Marcel Jousse-Pére Jésuite), de même à l’Hésychasme des chrétiens orthodoxes. Elles permettent un apprentissage méditatif puissant de l’hébreu biblique.